En guerre avec Marcel Sel, Flibustier, rédac-chef de Nordpresse, se retire de la liste Ecolo à Bruxelles

Après avoir fait réagir Emmanuel Macron et passablement énervé le polémiste Marcel Sel, Vincent Flibustier se retire de la liste Ecolo à Bruxelles. Retour sur une histoire véridique autour de fausses informations.

La fake-news sur Alexandre Benalla qui détiendrait les codes nucléaires français a peut-être été la blague de trop. Cet article à visée humoristique, publié sur le site de Nordpresse, a été retweeté au premier degré par un député français du parti Les Républicains. L'affaire a pris de telles proportions que même le président français Emmanuel Macron a estimé important de préciser que Benalla ne détenait pas ces codes.

Que le président d'une nation forte se voit obligé de démentir cette information, cela témoigne de l'importance que peut prendre ce "petit" site parodique. Dangereux pour certains, fricotant avec l'extrême-droite pour d'autres, nécessaire voire contre-pouvoir salutaire pour d'autres encore, Nordpresse ne laisse personne indifférent. Et dernièrement, c'est l'entrée en politique de Vincent Flibustier, fondateur du site parodique, qui a remis le feu aux poudres. Feu qui n'aura pas duré longtemps: ce samedi, Flibustier annonce qu'il se retire de la liste d'Ecolo à Bruxelles.

Vu de France

Après l'affaire Benalla/Nordpresse, de nombreux médias français ont détaillé les activités de Nordpresse et de son propriétaire, expliquant que ce dernier faisait de l'éducation aux médias dans les écoles belges et établissant une comparaison avec le site d'informations parodiques français Le Gorafi. Le fondateur du Gorafi a tenu à préciser que son site faisait de la satire, là où Nordpresse ne ferait que de la "fake-news". Ce terme plutôt galvaudé porte aujourd'hui une connotation très négative et est souvent associé aux publications de l'extrême-droite.

Et c'est justement un autre aspect de la communication de Nordpresse qui a été pointé par de nombreux journalistes français, dont Vincent Glad et cet article fouillé: Nordpresse a publié plusieurs articles sur des pages Facebook de groupes d'extrême-droite, souvent en modifiant son URL afin de faire croire à un site véridique. Simple facétie d'un chevalier blanc qui cherche à créer du contenu moqueur pour ses prochains articles ou une méthode classique de générer du clic sans aucun scrupule? Difficile à dire. Pour beaucoup, ce jeu ambigu, oscillant entre la blague parodique et la dénonciation partisane, avait de gros relents nauséabonds. Et ils ne se sont pas privés de le faire savoir, notamment sur Twitter.

L'épisode de la "censure" de Facebook

Il y a ensuite eu l'épisode de l'hypothétique censure de Facebook. Plusieurs utilisateurs ayant partagé l'article de Nordpresse sur Benalla et les codes nucléaires ont vu leur publication supprimée. Ces suppressions sont survenues au même moment où Facebook a ajouté cette fonction de "désintox": le réseau signale à ses utilisateurs que l'article qu'ils ont partagé provient d'un site considéré comme émetteur de fausses nouvelles... par les journaux français Libération et Le Monde.

Il n'en a pas fallu plus pour que Flibustier crie à la censure de Facebook. "Dans la journée du 22 juillet, tous les liens renvoyant vers Nordpresse ont été mis sur liste noire par Facebook, en commençant par une suppression de masses des derniers contenus, portant fatalement sur l’affaire Benalla", écrit-il sur son site. Sauf que les articles ont réapparu par la suite et le géant californien a démenti toute forme de censure: ces disparitions momentanées seraient liées à un bug technique.

Marcel Sel vs Flibustier/Ecolo

Depuis le 14 juillet, la période électorale est ouverte en Belgique: les partis mettent en ligne les listes de candidats qu'ils vont présenter aux élections d'octobre et dans la liste Ecolo de Bruxelles, on trouvait ce cher Flibustier. Une présence, totalement assumée par le parti et le candidat, qui n'a toutefois pas échappé au regard de ses détracteurs.

En Belgique autant qu'en France, le fait qu'un homme considéré comme potentiellement néfaste se présente aux élections était inacceptable pour un grand nombre de gens. Le sujet commençait à monter en neige sur les réseaux sociaux lorsqu'est arrivée l'affaire de la fameuse censure le 22 juillet. Trois jours plus tard, le blogueur Marcel Sel publie un long article pour "faire le travail que la presse belge se refuse de faire". (Note: nous avons ici paraphrasé ses propos, le polémiste ayant depuis retiré cette phrase pour ajouter une mise-à-jour à son article.)

Dans son post de blog, Sel affirme que Nordpresse est "depuis deux jours un site complotiste" et il demande à ce que Flibustier ne puisse plus poursuivre son travail d'éducation aux médias. Parallèlement, il interroge avec une certaine insistance (acharnement, diront certains) le parti Ecolo sur la présence de Flibustier sur ses listes. N'obtenant aucune réponse, Sel va donc continuer de tweeter en taguant différents membres du parti (Zakia Katthabi, Patrick Dupriez, Jean-Marc Nollet...) jusqu'à ce que finalement Benoît Hellings décide de prendre la parole.

Dans un tweet, le député tête de liste Ecolo Groen à la Ville de Bruxelles déclare que Flibustier "apporte un indéniable plus dans le débat public local". Hellings ajoute qu'il ne souhaite pas "alimenter une quelconque polémique artificielle".

Flibustier porte plainte

Marcel Sel va alors redoubler d'énergie pour dénoncer cette attitude d'Ecolo qu'il estime "méprisante" et "insultante". Le lendemain de la publication de l'article de Sel, une interview du Moustique donne la parole à Flibustier. Le fondateur de Nordpresse y affirme qu'il essaie juste "de rendre les gens un peu moins cons".

Ensuite, les choses ont escaladé très rapidement. Sur Facebook, des fans de Nordpresse ont évoqué l'idée d'aller casser la gueule de Marcel Sel. Les vrais noms des deux polémistes ont rejailli (Flibustier et Sel sont des pseudonymes), la sphère privée de ces deux personnages publics a été piétinée, Sel a accusé Flibustier de menacer sa femme et Flibustier a répondu en portant plainte pour harcèlement.

Dans un poste Facebook, Flibustier explique ce samedi qu'il se retire de la liste Ecolo pour éviter de "bousiller sa vie" et de détruire la campagne d'Ecolo. "Je ne peux pas continuer comme ça et je pense que vous méritez une certaine transparence qui fait partie de mes valeurs et de celles d’Ecolo".

Benoit Hellings a pris acte du départ de Flibustier sur Twitter. Sa formulation a été mal accueillie par Marcel Sel qui y a vu une attaque personnelle. "Ecolo continue à m'attaquer de front", a-t-il tweeté ce samedi. "Aucune excuse pour le comportement insensé de son poulain". Et d'ajouter sur Facebook: "Les risques que Flibustier, Ecolo et Enseignons.be (qui continue à le faire tourner dans les écoles) me font courir sont financièrement, économiquement et familialement graves."

L'affaire est donc loin d'être finie. La guerre entre les deux hommes continue d'enfler et elle risque fort de finir au tribunal.

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