Les militaires "héros" des attentats du 22 mars n'auront finalement pas droit à leur médaille honorifique

L'État-major en a décidé ainsi: les militaires ne recevront finalement aucune médaille pour les gratifier du rôle important qu'ils ont joué au moment des attentats du 22 mars 2016 qui ont durement touché Bruxelles. Une quarantaine de membres de la Défense en avaient fait la demande, mais elles ont toutes été refusées.

Le 22 mars 2016, on se souvient encore tous très clairement de ce que l'on était en train de faire au moment où l'on a appris que la Belgique avait été victime de deux attaques terroristes presque simultanées: deux attentats-suicides dans le hall des départs de l'aéroport de Zaventem, suivi d'une bombe placée à la station de métro Maelbeek, près de Schuman. Bilan: 32 morts (+ 3 kamikazes) et environ 340 blessés.

Mais le bilan aurait pu être bien pire, s'il n'y avait pas eu autant de policiers et militaires déployés sur les lieux, suite au relèvement du niveau de la sécurité à Bruxelles au lendemain des attentats de Paris (13 novembre 2015). Au moment des faits, ce matin du 22 mars, des militaires ont d'ailleurs dépassé leur fonction pour aller sauver des vies. En attestent les témoignages d'actes de bravoure qui se sont multipliés au lendemain des attentats.

Des actes de bravoure qui dépassaient largement leur fonction

L'opération qu'ils effectuaient à ce jour, baptisée Homeland, leur conférait seulement la tâche de sécuriser les rues de Bruxelles et différents lieux publics de la capitale, en appui de la police. En cas de bagarre, ils n'étaient pas autorisés à intervenir, sauf en cas de légitime défense, et devaient à la place appeler le 112. Pourtant, le 22 mars, beaucoup ont outrepassé leurs missions pour aller au plus près des victimes, évacuant les survivants, pansant des plaies et effectuant les gestes de premiers secours aux blessés. Qu'importe les scènes apocalyptiques qui se déroulaient sous leurs yeux.

Dans ce contexte, 29 militaires du bataillon présents à Zaventem au moment des faits ont donc fait la demande, auprès de la Défense, pour recevoir la décoration militaire pour services exceptionnels (une médaille décernée en interne pour acte de courage ou de dévouement) ainsi que la médaille du Carnegie Hero Fund (une médaille externe qui récompense des actes d’héroïsme posés pour sauver une vie humaine).

En outre, sept autres militaires ont déposé une demande pour se voir octroyer la médaille du mérite et également la médaille du Carnegie Hero Fund. Ceux-ci étaient intervenus à Maelbeek pour rechercher les survivants et avaient contribué à l’évacuation de la station Arts-Loi, malgré les risques et les suffocations causées par la fumée. Enfin, les trois militaires qui ont neutralisé le terroriste qui avait tenté de faire exploser la gare de Bruxelles-Central le 20 juin 2017, au moyen d'une bombe artisanale ratée, et les trois autres qui ont stoppé le terroriste qui a attaqué deux militaires au couteau à Bruxelles le 25 août 2017 ont également introduit une demande.

"Nous ne voulons pas favoriser ce culte de l’héroïsme à la Défense"

Mais toutes ces demandes de décoration, la Défense a décidé de les classer sans suite, rapporte ce jeudi matin la Dernière Heure. Aucun des militaires n'aura donc droit à une médaille en guise de récompense. “Le travail effectué par les militaires ce jour-là fut exceptionnel. Cependant, tous les militaires auraient fait la même chose. Nous ne voulons pas favoriser ce culte de l’héroïsme à la Défense. Tous les militaires ayant participé à la mission OVG ont reçu une médaille commémorative pour défense opérationnelle du territoire, mais nous ne voulons pas faire de différence entre eux. Ils ont tous fait un travail remarquable”, a ainsi commenté au quotidien Alex Claesen, officier de presse de la Défense.

Le syndicat SLFP-Défense, qui a accompagné les militaires dans leurs démarches, regrette profondément cette décision, surtout "dans ce climat de manque de reconnaissance des militaires". Même discours de la bouche d'un des militaires présents le 22 mars 2016 à Zaventem, qui ne cache pas sa "grande frustration". "Pour certains officiers, les médailles sont très vite distribuées mais pour les militaires d’en bas, on voit que c’est beaucoup plus long et difficile à obtenir alors que les circonstances sont exceptionnelles. À croire qu’il vaut mieux jouer au foot plutôt que sauver des vies pour recevoir une médaille du mérite…", a-t-il ainsi réagi au quotidien.

Il est vrai que Nacer Chadli a été fait citoyen d’honneur de la ville de Liège, sur demande du bourgmestre, après son brillant parcours avec les Diables rouges à la Coupe du monde de football. Roberto Martinez, quant à lui, a été invité par les autorités communales à être citoyen d’honneur de Waterloo, où il réside actuellement. Mais pour les militaires, c'est une tout autre histoire...

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