Affaire Benalla: tout savoir sur ce "scandale d'État" et ses conséquences sur Emmanuel Macron

La France est actuellement secouée par un "scandale d'Etat" qui met dans l'embarras Emmanuel Macron et tout son staff. Il concerne l'ancien chef de cabinet adjoint du président: Alexandre Benalla. Le 1er mai, celui-ci avait tabassé un manifestant alors qu'il portait un uniforme de la police. Les images vidéo ont fuité il y a moins d'une semaine et elles pourraient bien faire vaciller le trône d'Emmanuel Macron. 

Ce "scandale d'Etat" prend sa source le 1er mai dernier. Ce jour-là, Paris se transforme en une zone de non-droit: des débordements éclatent un peu partout et les policiers interviennent pour contenir les manifestants. Parmi les forces de police, un homme ne devrait pas être là. Il s'appelle Alexandre Benalla, et officiellement et il est l'ancien chef de cabinet adjoint du président.

Mais en ce jour de 1er mai, Benalla était officieusement un agent de police. Enfin pas vraiment, sur le papier il n'était présent dans les rues parisiennes qu'en tant qu'"observateur". Mais dans les faits, il a fait partie intégrante de la police sans insigne ni diplôme. L'homme a tout simplement revêtu un brassard de police pour faire régner l'ordre à sa façon.

Vidéo

Comme à la Coupe du monde, l'État français a eu recours à l'arbitrage vidéo. Car, avant la semaine dernière, la reconversion d'Alexandre Benalla en tant qu'agent de police était passée inaperçue. Depuis, les autorités ont mis la main sur une vidéo accablante, diffusée par le journal Le Monde. On y voit le "monsieur sécurité" d'Emmanuel Macron en train de tabasser un manifestant. Inutile de préciser qu'il n'avait aucun droit d'agir de la sorte et que ses gestes sont à proscrire dans une manifestation comme celle du 1er mai.

Depuis, c'est allé très vite pour Alexandre Benalla. Le lendemain de la publication de la vidéo par Le Monde, Benalla est reconnu par le chef de cabinet de Macron qui le signale au président et au ministre de l'Intérieur Gérard Collomb. Le 19 juillet, le porte-parole d'Emmanuel Macron confirme que Benalla a été démis de ses fonctions "en matière d'organisation de la sécurité des déplacements" du président. Mais c'est véritablement le 20 juillet qu'il sera licencié et mis en garde à vue pour "violences en réunion par personne chargée d'une mission de service public", "usurpation de fonctions", "port illégal d'insignes réservés à l'autorité publique" et "complicité de détournement d'images issues d'un système de vidéo-protection".

Des chefs d'accusation nombreux comme les réactions virulentes de l'opposition. Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) n'hésite pas à parler de "watergate français". Benoit Hamon (PS), lui, évoque un "mensonge d'État en bande organisée. Toute l'opposition attend donc des réponses aux nombreuses questions que soulève cette affaire, qui met dans l'embarras l'Elysée, soupçonné d'avoir tenté de dissimuler l'affaire. Et ça tombe bien car ce lundi avait lieu une commission d'enquête où Gérard Collomb a été longuement interrogé par les parlementaires.

Collomb se dédouane de toute responsabilité

Devant l'assemblée de parlementaires, Gérard Collomb a d'abord confirmé qu'il était au courant des faits depuis le 2 mai: "Ils [son directeur de cabinet et de son chef de cabinet, ndlr] m’informent de l’existence d’une vidéo montrant des faits de violence sur la place de la Contrescarpe, de l’implication de M. Benalla dans ces faits et de la qualité de celui-ci. Ils m’indiquent s’être entretenus avec le préfet de police et avoir porté cette information à la connaissance du cabinet du président de la République, ce qui est une démarche tout à fait appropriée, puisque c’est à l’autorité hiérarchique de prendre toutes les mesures qui s’imposent sur le plan administratif comme sur le plan judiciaire." De plus, le ministre affirme ne pas connaitre Alexandre Benalla. Pourtant, des dizaines de photos où l'on aperçoit les deux hommes ensembles fusent sur le net.

Le ministre de l'Intérieur a ensuite pointé du doigt la préfecture de police ainsi que l'Elysée pour ne pas avoir pris des mesures à l'encontre de Benalla: "Je vous rappelle que, comme je vous l’ai indiqué, je m’étais assuré le 2 mai que tant le cabinet du président de la République que la préfecture de police avaient été destinataires de l’information de la vidéo mettant en cause M. Benalla. Il leur appartenait donc d’agir. C’est la règle pour tous les manquements."

Il enfonce également l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) qui avait pris possession des images dès le 3 mai dernier: "Le chef adjoint de l’IGPN a informé mon cabinet qu’un internaute avait signalé anonymement la vidéo à la plate-forme de l’IGPN. L’opérateur de l’IGPN n’avait pas estimé les conditions réunies pour l’ouverture d’une enquête."

Mais pourquoi n'a-t-il pas alerté l'autorité judiciaire comme le prévoit l'article 40 du code de procédure pénale? Selon lui, ce n'est pas son rôle de "saisir individuellement chaque procureur". Par ailleurs, Collomb a assuré qu'il n'était pas au courant du rôle que devait avoir Alexandre Benalla lors des manifestations du 1er mai. Il ne sait pas non plus qui avait invité Benalla le jour des faits. Selon lui, il faut demander au préfet de police.

Macron reconnait...

Emmanuel Macron n'a pas pu profiter longtemps du succès des Bleus en Russie et ce scandale l'a rapidement ramené à la réalité. Mis en cause par son ministre Gérard Collomb, l'Elysée, et en particulier le président, sont dans de sales draps. Le président est longtemps resté muet sur cette affaire. C'est seulement ce dimanche qu'il a décidé de sortir du silence en assurant qu'il n'y aurait pas d'impunité envers son ex-employé.

Le chef d'État a qualifié les actes de Benalla "d'extrêmement choquants" et "inacceptables". Confiant sur la qualité du travail de la commission d'enquête parlementaire, Emmanuel Macron a préféré mettre en avant les "dysfonctionnement évidents" de l'Elysée. Une réorganisation de l'équipe élyséenne va donc avoir lieu. Il pointe précisément du doigt divers avantages dont bénéficiait Alexandre Benalla, comme un badge d’accès privilégié à l’Assemblée nationale ou encore une voiture de fonction.

...Mais n'est pas tiré d'affaire pour autant

Même si Macron reconnait ses torts et celui de son équipe, ce n'est pas ça qui va le tirer d'affaire. Car pour beaucoup d'observateurs, le président français est l'un des principaux responsables. On l'accuse de n'avoir rien fait pour protéger son employé. Car si le sort d'Alexandre Benalla semble scellé, celui de Macron ne l'est pas. Les experts de RMC parlent désormais de "l'affaire Macron", et plus de "l'affaire Benalla".

En tout cas, le président affronte actuellement sa plus grosse crise politique depuis qu'il a pris le pouvoir en 2017. Et le problème c'est que ça le concerne directement et que ça va à l'encontre de toutes les promesses qu'il avait faites lors de sa campagne présidentielle ainsi qu'en début de mandat. À l'époque, Emmanuel Macron jouait beaucoup sur les erreurs de gestion de ses prédécesseurs et prônait "l'exemplarité" de l'Elysée. Tout cela tombe en miette, un an et quelques mois après son investiture. Cela aura évidemment des conséquences sur la suite de son mandat.

Surtout que, depuis quelques mois, l'actuel président n'est pas au top dans les sondages. Cette affaire ne va pas aider. On reproche, en effet, au président de garder le même mode opératoire que lors de sa campagne, c'est-à-dire solitaire et déconnecté. En effet, l'Amiénois a remporté les élections grâce à un cercle très fermé de fidèles, et il semble continuer sur cette voie en tant que président en s'entourant de personnes très proches de lui, comme Alexandre Benalla. On reproche alors sa "gouvernance solitaire".

Enfin, ce qui semble agacer au plus haut point l'opinion publique, c'est cet aspect "président des riches", qui colle à la peau d'Emmanuel Macron. Un aspect qui le déconnecte complètement de la réalité et de la majorité des Français. Alors, quand on a une telle réputation et qu'un proche du président s'en prend à un manifestant sans défense, cela a des répercussions dévastatrices.

En conclusion, l'avenir s'annonce sombre pour le président. Impossible de dire dans quel état il se sortira de ce scandale, mais il est certain que des changements auront lieu au sein de son cabinet... et au niveau de son comportement. Dans tous les cas, l'affaire Benalla s'affirme comme un évènement charnière du mandat d'Emmanuel Macron.

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