Le Royaume-Uni aurait identifié qui est derrière l'empoisonnement de l'ex-espion russe Skripal

Les enquêteurs britanniques auraient enfin identifié les auteurs de l'attaque au Novitchok (un poison mortel), qui a visé l'ex-espion russe Sergueï Skripal et sa fille Ioulia, dans la ville anglaise de Salisbury en mars dernier. Ce ne serait personne d'autre que... les Russes.

Cette histoire n'en finit pas de connaître rebondissement sur rebondissement. Tout a commencé le 4 mars dernier, lorsque Sergueï Skripal, un ancien agent secret russe de 66 ans, et sa fille Ioulia, 33 ans, ont été retrouvés inconscients sur un banc de Salisbury, une petite ville du sud de l'Angleterre. Ils ont depuis été tirés d'affaire, mais une enquête est toujours en cours pour faire toute la lumière sur cet incident. Car tous deux ont été empoisonnés au Novitchok, un puissant agent innervant développé par la Russie soviétique.

Après avoir émis de sérieux doutes sur la responsabilité de Moscou dans cette affaire, le Royaume-Uni aurait maintenant des preuves convaincantes. "Les enquêteurs pensent avoir identifié les auteurs présumés de l'attaque au Novitchok via des caméras de surveillance et ont recoupé les images avec les dossiers d'enregistrement des personnes qui sont entrées dans le pays à cette période", explique une source proche de l'enquête, citée par l'agence de presse britannique Press Association. "Ils [les enquêteurs] sont sûrs qu'ils [les suspects] sont russes", ajoute la même source. Plusieurs Russes seraient donc impliqués dans la tentative d'assassinat des Skripal, et les enquêteurs recherchent plus d'un suspect.

Pire crise diplomatique depuis la Guerre froide

De son côté, la Russie fait toujours la sourde oreille et nie en bloc une quelconque implication de sa part. Ce qui a plongé les deux pays dans la plus grave crise diplomatique qu'ils ont connue depuis la Guerre froide et la crise des missiles en 1970-1980. À la mi-mars, la Première ministre britannique Theresa May avait ainsi annoncé rompre les contacts bilatéraux avec Moscou et expulser 23 diplomates russes de son territoire.

D'autres pays, dont les États-Unis et la Belgique, avaient fait de même en ordonnant à certains diplomates russes de quitter leur territoire. À quoi la Russie a réagi à armes égales. En tout, vingt pays avaient marqué leur soutien au Royaume-Uni, en condamnant l'empoisonnement et en sanctionnant la Russie. Un boycott diplomatique de la Coupe du monde de football avait également été lancé par le Royaume-Uni. Mais il n'a pas vraiment été suivi par les pays occidentaux.

Pour n'en rajouter qu'une couche, une autre Britannique, Dawn Sturgess (44 ans), a été empoisonnée au Novitchok le 30 juin dernier. Mais, elle, n'a pas survécu. Le poison s'était retrouvé dans une bouteille au domicile de son compagnon, à Amesbury (à environ 10 km de Salisbury). Ce dernier, Charlie Rowley est, quant à lui, toujours à l'hôpital, dans un état critique.

Qu'est-ce que le Novitchok?

Le Novitchok signifie "nouveau venu" en russe et est un ensemble d'agents innervants très dangereux pour la santé. Il a été développé comme arme chimique par l'Union soviétique dans les années 1970-1980. Le poison peut pénétrer dans le corps par inhalation, ingestion ou contact avec la peau. Il provoque un dysfonctionnement neuromusculaire généralisé, qui conduit à une sudation excessive, des nausées et vomissements, la perte de contrôle des muscles, l'envahissement des poumons par des sécrétions anormalement abondantes, un arrêt respiratoire, voire un arrêt cardiaque qui peut entraîner la mort.

Il est souvent décrit comme un gaz neurotoxique, mais ce n'est pas tout à fait correct, car, à température ambiante, c'est un liquide, qui peut toutefois être transformé en une poudre ultrafine. Comme l'eau, le Novitchok peut également être atomisé, de manière à ce que des petites particules flottent dans l'air.

À cet état, il peut, en principe, se balader dans l'environnement pendant plusieurs mois. C'est pour cette raison que le parc et d'autres endroits à proximité de Salisbury et d'Amesbury ont été bouclés le mois dernier. Les recherches et le nettoyage des lieux se poursuivent, mais en attendant, l'agence britannique de la santé publique conseille fortement de ne pas ramasser des objets en métal, plastique ou verre abandonnés au sol.

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