Voici comment un dîner entre Michel et De Wever a permis juste à temps de recoller les morceaux avec Francken

La tension entre le MR et la N-VA a été particulièrement élevée ces dernières semaines, ce n'est un secret pour personne. Le cas Theo Francken (N-VA) en particulier a cristallisé les divergences d'opinions, au point de remettre en cause une prochaine coalition. De Wever (N-VA) a pris l'initiative d'inviter Charles Michel (MR) pour un dîner. Les tensions semblent maintenant apaisées. 

Bien sûr, le Premier ministre parle régulièrement avec les trois présidents des partis flamands. C'est ensemble qu'ils sont parvenus à mettre en place le gouvernement Michel 1er. Mais un rendez-vous en tête à tête avec le Premier ministre n'est pas une habitude chez Bart De Wever.

C'était pourtant nécessaire. Parce que les deux protagonistes, le Premier ministre et le bourgmestre d'Anvers, qui est vu par beaucoup comme celui qui tire les ficelles, ont pas mal de choses à se dire, entre quatre yeux. On pourrait résumer cela en trois mots: restaurer la confiance. Car il faut avouer qu'elle n'était pas au beau fixe ces dernières semaines. Et le très populaire secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration Theo Francken n'y est pas étranger. Il a même joué un rôle crucial dans la détérioration de la relation entre libéraux francophones et la N-VA.

L'avis du parti nationaliste et du MR ne diverge pas tant que ça sur la question migratoire. La N-VA veut une approche stricte pour mettre fin à l'immigration illégale en renforçant le contrôle des frontières européennes. Un point de vue qui est partagé majoritairement par le MR. Il s'agit d'ailleurs du parti de la majorité qui se rapproche le plus de la position de la N-VA, comparé à un Open VLD plus "progressif" et un CD&V parfois carrément contre. Mais Theo Francken à l'art d'employer une communication forte, qui fait sa réputation, mais qui écorne l'image du gouvernement et éclipse le Premier ministre.

C'est allé trop loin

Sur deux dossiers importants, la situation s'est envenimée. D'abord lors d'une réunion entre les ministres européens en charge des questions migratoires début juin. Theo Francken y a fait une déclaration forte qui suggérait de "contourner" l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme et de rapatrier les bateaux de migrants de là où ils viennent. Les fameux "pushback" à l'Australienne. Pour rappel, l'article 3 de la CEDH interdit la torture et les traitements inhumains. Le refoulement en mer est proscrit par un arrêt de la Cour européenne des Droits de l'Homme et n'est plus pratiqué dans les faits depuis 1985. Tollé général dans l'opposition.

Plus grave encore pour le Premier ministre, Theo Francken a expliqué à la sortie de la réunion avec ses homologues européens que "la réforme du règlement de Dublin (était) morte". Pour rappel, le règlement de Dublin détermine l'État membre responsable d'une demande d'asile. Il s'agit en fait du premier pays par lequel un demandeur d'asile entre dans l'UE. Un règlement qui ne satisfait pas du tout l'Italie, l'Espagne ou encore la Grèce. Cette double sortie a eu le don d'énerver le commissaire européen en charge de la Migration, Dimitris Avramopoulos. C'est un problème pour Charles Michel dans la mesure où il n'a jamais caché ses ambitions en Europe, pour la Belgique et pour lui-même.

Theo Francken se sent incompris. Il s'entend pourtant bien avec les autres ministres européens qui font face aux mêmes problèmes migratoires. Mais lui dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas dans les corridors des institutions européennes. Theo Francken, remis en place, fulmine au micro de la VRT: "L'hypocrisie est la vaseline de la rue de la Loi et du rond-point Schuman".

Les sorties autour de l'affaire Mawda

L'autre dossier qui a exacerbé les tensions est la mort de la petite Mawda, jeune Kurde irakienne de 2 ans, fauchée par une balle policière sur l'E42 près de Mons. Si Charles Michel a pris l'initiative de rencontrer les parents Bart De Wever n'a pas eu cette délicatesse. Il a même réagi très durement, pointant la responsabilité des parents: "Dans ce cas, aussi tragique que soit la mort d'un enfant, et un enfant est par nature innocent, il est permis de souligner la responsabilité des parents. Ne parler de ces gens qu'en termes de victimes, je trouve que ce n'est pas correct".

Bart De Wever ne s'est pas arrêté là et à directement pointé du doigt la responsabilité du Premier ministre: "Le Premier a reçu les parents et a communiqué à ce propos. De cette manière, il a poussé les parents dans un rôle de victime pure et le gouvernement dans un rôle d'auteur". Le Premier ministre ressort "choqué" de telles déclarations.

La réconciliation

Il est donc maintenant l'heure de recoller les morceaux. Et c'est qui est arrivé lors d'un dîner. "C'était nécessaire, d'abord pour que le Premier ministre partage son mécontentement à propos de Francken au big boss", explique un haut placé à la N-VA. "Nous voyons un allié crucial dans le MR, nous ne voulons pas lui causer de dommages. C'est pourquoi s’asseoir ensemble est un signal important", poursuit-il.

Au 16 rue de la Loi, on préfère "ne pas commenter sur des conversations que le Premier ministre préfère garder confidentielles". Mais dans le giron du MR, on confirme que la réunion a bien eu lieu. Là aussi on parle de signal positif: "On essaye toujours de garder notre sang-froid, de rester calmes. Mais cela doit aussi être faisable. Et ce n'est pas toujours compatible avec la manière de (sur)communiquer de certains."

Cette "grande réconciliation" arrive en tout cas au bon moment: la majorité fédérale rêve nouvelle fois de trouver un grand accord pour l'été. Cela comprend bien sûr le budget, mais aussi sur le marché du travail. Et à la N-VA, on le promet: le vice-premier ministre Jan Jambon sera le premier supporter de Charles Michel pour qu'il réalise ses ambitions.

Mais une tout autre promesse entrera en considération dans quelques mois lors des prochaines élections fédérales: aura-t-on droit à un gouvernement Charles Michel II? Le sentiment de la N-VA est que le MR s'acoquine de plus en plus avec le PS. Mais un tel scénario n'est pas à l'ordre du jour a reprécisé le Premier ministre à Bart De Wever. Le plan de base reste le même: si un gouvernement Charles Michel II est possible, MR et N-VA repartiront ensemble pour cinq ans.

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