L'Europe veut repousser la question migratoire en dehors de ses frontières: vraie solution?

La question migratoire est partout, aussi bien en Europe qu'aux États-Unis. Les réponses à apporter diffèrent, mais il semble de plus en plus clair que l'Europe doit opérer un choix. Face à la montée des extrêmes un peu partout sur le continent, une ligne ferme commence à se dessiner: externaliser les camps en dehors de nos frontières. Cache sexe ou vraie solution?

Les jeudi 28 et vendredi 29 juin prochains, un sommet importantissime se tiendra à Bruxelles. Il devra régler la question migratoire qui est sur toutes les lèvres. Pour l'Europe, pour l'Allemagne, mais aussi pour les pays en première ligne, une solution doit être trouvée pour lutter contre l'immigration illégale.

D'abord, car les peuples grondent, les extrêmes montent au pouvoir, l'Europe se désuni. La question migratoire est latente depuis quelques années mais nous plonge pour l'heure dans une impasse. L'Italie, la Grèce mais aussi Malte ne veulent plus supporter seuls le règlement de Dublin. Il détermine l'État membre responsable d'une demande d'asile. Il s'agit en fait du premier pays par lequel un demandeur d'asile entre dans l'UE. Et ces trois pays sont les plus concernés avec l'Espagne.

Sauver Merkel

Le temps presse. Merkel est au plus mal dans sa coalition, poussé par son parti frère de la CSU bavaroise, dont le patron et nouveau ministre de l’Intérieur exige une politique plus stricte de la part de la Chancelière allemande sur la question migratoire. De plus en plus de pays européens optent pour une ligne dure, l'Autriche mais aussi la Belgique en font partie.

C'est pourquoi un mini-sommet sera organisé ce dimanche en préambule du sommet de fin juin. Le but? Sauver Merkel dans un premier temps et avancer sur un dossier qui s'annonce épineux. Car la réforme du règlement de Dublin est en situation de blocage complet. Les pays frontaliers s'opposent aux lignes strictes de leurs partenaires européens.

Centre de tri?

Mais avant la question migratoire intra-européenne, l'UE doit d'abord s'accorder sur une politique commune. Une ligne semble se dégager: gérer les flux de migrants à l'extérieur de nos frontières, avant de les dispatcher dans les différents États européens.

Pudiquement, le texte qui doit être présenté au sommet du 28 et 29 juin parle de "plateformes régionales de débarquement". On pourrait plutôt appeler cela des "centres de tri" qui auraient l'avantage, selon leurs défenseurs, de soulager les pays européens en première ligne, mais aussi d'éviter des drames en Méditerranée. Il s'agit néanmoins d'une idée défendue par le controversé Viktor Orban en 2016 déjà, soutenue ensuite par l'Autriche et le Danemark. Ce plan semble maintenant être approuvé par une majorité de pays membres, dont la Belgique.

Bart De Wever (N-VA) s'est réjoui hier de ce plan, comme "un pas important dans la bonne direction". Theo Francken (N-VA) soutient lui cette proposition depuis longtemps. Charles Michel devrait suivre. La ligne des libéraux est la même depuis le début: lutter contre l'immigration illégale, tout un proposant un accueil de qualité à ceux qui entrent en Belgique par la voie légale.

Un problème pour un autre

Pour les opposants, qu'ils soient belges ou européens, ce plan est une manière de repousser le problème là où on le voit moins: en dehors de nos frontières. Un cache-sexe, une manière de "sous-traiter nos responsabilités", titre La Libre. Ce qui était encore impensable il y a quelques années est ouvertement débattu aujourd'hui, voire même accepté.

Mais se pose ensuite la question de l'efficacité de tels centres d’accueil en dehors de nos frontières. Vont-ils limiter l'immigration clandestine? Rien n'est moins sûr. De nombreuses questions restent en suspens, notamment par rapport au respect des droits humains. Si l'Union européenne peine à proposer des conditions décentes sur son propre territoire, comment sera la situation en dehors de ses frontières? Il y a enfin les questions juridiques: la Convention européenne des droits de l'homme s'appliquera-t-elle sur ces territoires externes (Albanie, Serbie, Kosovo, Tunisie, Libye...)? À quel État la responsabilité en cas d'abus?

Restera ensuite à répartir les migrants depuis ces centres, ce qui ne sera pas chose aisée. En fait, l'UE a toutes les chances d'uniquement déplacer le problème. Un problème plus éloigné mais un problème quand même.

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