La guerre commerciale entre les États-Unis et l'Europe reprend de plus belle. Quelles sont les conséquences?

Demain, la période d'exemption que Donald Trump a accordée à l'UE sur les droits d'importation pour l'acier et l'aluminium expirera. Au cours des derniers mois, l'UE a essayé de résoudre le problème mais sans succès. Nous voici donc à l'aube d'une guerre commerciale entre les États-Unis et l'Europe. Quelles seront les conséquences?

Depuis mars, les États-Unis ont imposé une taxe sur les importations d'acier (25%) et d'aluminium (10%). Cela a conduit, entre autres, à un différend commercial avec la Chine. Ses partenaires, le Canada, le Mexique, le Brésil, l'Australie, l'Argentine et l'UE, ont échappé temporairement aux sanctions. Mais cette exemption prendra fin demain.

Selon le Wall Street Journal, Trump va annoncer aujourd'hui la fin de l'exemption. L'UE a annoncé plus tôt la possibilité de riposter si les taxes devaient effectivement entrer en vigueur. Pour les importations d'acier et d'aluminium, l'UE appliquera aux États-Unis les mêmes taux que ces derniers leurs imposent. En outre, de nouveaux taux seront appliqués aux produits américains typiques tels que le bourbon, les jeans, les moteurs Harley Davidson et le beurre de cacahuète.

Ces produits ensemble représenteraient une valeur commerciale tout aussi élevée que les taxes américaines.

Pas surprenant

La décision du président n'était une surprise pour personne. Il applique simplement une promesse qu'il a faite durant sa campagne présidentielle: il veut s'attaquer au déficit commercial américain et ainsi relancer l'industrie dans son propre pays.

Il est peu probable que l'Organisation mondiale du commerce (OMC) autorise les plans de Trumps, mais il sera également difficile de lui imposer une interdiction. Pour les experts, la décision de Trump annonce une véritable guerre commerciale. Ils observent que cette guerre serait loin d'être positive. Au contraire, la plupart conviennent qu'une telle guerre commerciale ne ferait que des perdants.

Qu'est-il arrivé la dernière fois?

Par exemple, le président George W. Bush a pris une décision similaire en mars 2002: il a imposé des taxes sur une grande partie des importations d'acier des États-Unis. Selon l'American International Trade Commission, ces taxes ont coûté à l'économie américaine 30 millions de dollars (24 millions d'euros). Et cette mesure n'a pas produit les emplois que Bush avait espéré.

L'augmentation du nombre d'emplois dans les usines de production d'acier brut a ensuite été contrebalancée par une perte d'emplois dans d'autres secteurs. Et c'est surtout les entreprises qui transformaient de l'acier brut en pièces automobiles et en appareils ménagers qui ont été durement touchées. Quelque 200.000 emplois ont ainsi été perdus.

À l'époque de Bush, l'Union européenne avait adopté une stratégie qui pourrait s'avérer efficace: les taxes étaient prélevés aux industries des États politiquement importants.

"Nous pouvons aussi faire des bêtises"

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a déjà fait allusion à ce type de contre-mesures. S'il y a des taxes sur l'acier et l'aluminium, l'UE peut contre-attaquer avec des taxes sur les produits américains, tels que les moteurs Harley-Davidson, le bourbon du Kentucky et les jeans Levi's. "Nous pouvons aussi faire des bêtises", a déclaré M. Juncker à la télévision allemande.

Les marques qu'il a mentionnées n'ont pas été choisies au hasard. Elles ont une valeur symbolique en tant que produits d'exportation américains classiques et sont fabriqués dans les États d'origine des dirigeants républicains tels que Paul Ryan et le président du Sénat Mitch McConnell.

Le rôle de la Chine

Trump a répondu à la menace européenne en menaçant d'augmenter les droits d'importation sur les voitures européennes. La commissaire européenne du Commerce Cecilia Malmström a déclaré que l'UE introduirait également des droits compensateurs sur les produits agricoles, l'acier et les produits industriels américains.

L'annonce de Trump met non seulement l'économie sous pression, mais menace aussi l'ordre mondial d'après-guerre: occidental, libéral et basé sur la coopération transatlantique. L'année dernière, le président chinois Xi Jinping a annoncé au Sommet économique mondial de Davos qu'il aimerait assumer la direction de cet ordre mondial libéral.

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