Le policier qui a tiré sur Mawda affirme qu'il ignorait que la camionnette contenait des migrants

"Le Soir" et "La Libre" ont reçu un courrier de l'avocat du policier dont la balle a heurté la joue de la petite Mawda. Un policier apparemment sous le choc, loin de l'idée que l'on peut s'en faire. Lui et son coéquipier n'auraient reçu qu'une information partielle au moment de la poursuite. À aucun moment il n’a envisagé que la camionnette contenait des migrants. 28 au total.

Témoignage rare mais précieux de la part d'un policier, alors que l'instruction est toujours en cours. Mais le policier qui a tiré accidentellement sur Mawda ne pouvait plus garder le silence, surtout après la sortie de Bart de Wever qui pointait la responsabilité de la famille. Il a néanmoins voulu attendre l'enterrement pour témoigner. Ce qu'il a fait en adressant, via son avocat, un courrier au journal Le Soir et à La Libre.

Ce courrier le présente comme un homme effondré qui ne "dort plus et ne mange plus". X est policier depuis une dizaine d'années et ne souscrit pas aux clichés qui courent sur les migrants, ses parents ayant eux-mêmes immigré en Belgique dans les années 60. Et non, il n'aurait pas la gâchette facile.

Il n'a vu personne

Il l'affirme: a aucun moment il n'a envisagé que la camionnette contenait des migrants. Il y avait pourtant 28 personnes à bord selon la presse, dont deux familles. Comment est-ce possible?

Voici son récit: le véhicule de X et son coéquipier sont appelés en renfort, une camionnette serait en fuite sur l'E42. Rapidement, ils se retrouvent parmi les premiers véhicules, car leur voiture de police est puissante. Pour eux, le conducteur est considéré comme dangereux, à aucun moment ils ne voient d'autres personnes à l'intérieur, le siège passager est vide et ils ne voient personne par la fenêtre arrière brisée.

C'est une première contradiction avec la version de la famille de Mawda qui affirme que des enfants ont été montrés par la vitre arrière. La voiture de police parvient finalement à se mettre à hauteur de la camionnette. X montre son arme, mais rien n'y fait, le conducteur a un comportement dangereux sur la route et poursuit son chemin.

X décide de tirer, visant le pneu avant-gauche. Mais un coup de volant de son coéquipier fait dévier la balle qui finit dans la joue de la petite Mawda. Elle succombera à sa blessure plus tard dans l'ambulance. Là encore, cette version diffère de celle de la famille qui indiquait que l'arme était pointée en direction du conducteur.

Après le tir, la camionnette décide de sortir de l'autoroute sur le parking de Maisières. Le véhicule de police de X arrive par la sortie. Lui et son coéquipier se rendent compte de la gravité de la situation. X remet son arme et regagne son véhicule pendant que les autres services se dépêchent sur les lieux. Même si des questions restent en suspend au niveau du timing.

Zones d'ombre

Il y a plusieurs zones d'ombre dans ce témoignage. Notamment au niveau de la communication entre les véhicules de police. Le Parquet indique par exemple que les premiers véhicules de police qui ont pris en chasse la camionnette ont vu qu'il y avait des personnes à bord. Ne l'auraient-ils pas communiquer aux autres véhicules?

Il faut se demander ensuite si ce tir était légitime? Ne mettait-il pas encore plus en danger le conducteur et ses éventuels occupants? Ces policiers étaient-ils formés à identifier des passeurs et des migrants? Ce genre de trafics est pourtant de plus en plus courant sur nos routes. Et enfin, au niveau de l'enquête, qu'est devenu le passeur en question? Toutes les personnes à bord de la camionnette ont pourtant été libérées.

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