La fusillade de Liège vire au cauchemar politique: Jambon et Geens pointés du doigt

Comment Benjamin Herman a pu donner la mort à trois personnes alors qu'il était fiché pour radicalisation? Qu'est-ce qui a dérapé durant ce 14ème congé pénitentiaire? Après le choc, viennent les questions. Le ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA) et le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) sont accusés d'avoir leur part de responsabilité.

Un récidiviste. Un homme avec un casier judiciaire gigantesque, mais que l'on souhaitait voir réintégrer la société. Avant de tuer trois personnes, Benjamin Herman avait reçu onze autorisations de sortie d'un jour et quatorze congés pénitentiaires de deux jours. Ce Rochefortois de 31 ans avait été condamné plusieurs fois entre 2006 et 2016 pour des histoires de coups, de drogues et de vols. Les autorités ont su que l'assassin était en contact avec des détenus radicalisés en prison mais elles n'ont pas accordé suffisamment d'attention à cette menace.

Et c'est ce qui est reproché à Koen Geens (CD &V) et Jan Jambon (N-VA), respectivement ministre de la Justice et ministre des Affaires intérieures. Les deux hommes ayant depuis 2016 défendu une politique très active en matière de lutte contre le terrorisme, comment se fait-il qu'un cas aussi dangereux ait pu échapper à leur attention? L'assassin aurait crié "Allah Akbar" mais est-ce suffisant pour qualifier son acte de terroriste, sachant qu'il n'y a jusqu'ici eu aucune revendication liée à son acte sauvage?

La police a également découvert que Benjamin Herman avait assassiné son ancien co-détenu Michael Wilmet à Marches-en-Famenne. Une information confirmée par Jan Jambon.

"Geens n'a pas tout dit"

Le journal La Meuse pointe un manquement dans le discours de Geens. Ce dernier a affirmé que les dernières sorties de Benjamin Herman s'étaient déroulées sans accroc. "Si quelque chose se passe bien treize fois, cela ne doit normalement pas mal se passer la quatorzième fois", a déclaré Geens.

Pourtant, durant la période 2015-2016, "lorsqu’il était incarcéré à Namur, Benjamin Herman n’a pas réintégré l’établissement pénitentiaire à l'heure et à temps", écrit le journal de Sudpresse. Herman aurait ainsi réintégré la prison avec plusieurs jours de retard.

"Je me sens avant tout responsable parce que j'ai la responsabilité des prisons. Est-ce que cet homme aurait du être libéré dans le cadre d'un congé pénitentiaire ? C'est une question interpellante et ça mérite un examen de conscience de ma part", a reconnu le ministre de la Justice ce matin au micro de Thomas Gadisseux dans Matin Première.

Rappelons que les relations de Herman en prison lui ont valu d'apparaître dans deux rapports de la Sûreté de l’État et un de la police, mais de manière indirecte, a déclaré le Premier ministre Charles Michel mardi soir, à l'issue d'une réunion du Conseil National de Sécurité. Pour le chef de corps de la zone de police de Liège, l’objectif de l’assassin était clairement "de s’en prendre à la police, c’est ce qu’il a fait d’emblée en se dissimulant derrière les deux agents de police, et après les avoir poignardées sauvagement dans le dos".

Les interrogations de De Croo

À peine quelques heures après l'attaque, le vice-Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) s'est demandé ouvertement sur le trottoir de la rue de la Loi s'il n'y avait pas une responsabilité politique en jeu dans ce dossier. "Pourquoi une personne qui a été reconnue coupable de faits graves a-t-elle eu la possibilité de quitter la prison et de commettre de nouveau des faits graves? Nous devons vraiment obtenir une réponse à cette question", a-t-il déclaré.

Une question a laquelle Jambon, interrogé par De Morgen, a indirectement répondu. "C'est encore très frais. D'abord et avant tout, attendons l'enquête. Ce n'est pas parce que quelqu'un prie tous les jours qu'il est soudainement un terroriste", a déclaré le patron des polices belges.

Une position que l'on retrouve chez Michael Dantinne, professeur de criminologie à l'Université de Liège. "Quelle était la dangerosité évaluée de cet individu? Et ce dans le cadre d’une décision qui doit prendre en compte notamment les risques potentiels. Donc oui, il était fiché, et on a dit qu’il avait peut-être eu des comportements radicaux, mais derrière, quelle était l’évaluation de sa dangerosité? Est-ce qu’on a considéré qu’il était juste tenté par ces idées? A quel niveau de radicalisation était-il?", détaille Dantinne à la RTBF.

De nombreuses questions que l'enquête devra éclaircir.

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