Comment Maduro a-t-il pu gagner les présidentielles, alors que tout le pays a faim?

À l'image de cette urne en carton, le Venezuela se réveille fragile en ce lendemain d'élections présidentielles. Nicolas Maduro a gagné les élections, mais l'opposition rejette les résultats, comme les États-Unis, l'Union européenne, 14 pays d'Amérique et d'autres encore. Mais comment un peuple qui a faim, a pu élire un président qu'il désapprouve? 

Comme prévu, Nicolas Maduro, président depuis 2013, a gagné les élections anticipées. Les élections ont eu lieu dans un pays déchiré par une crise politique et humanitaire. Une grande partie de l'opposition a boycotté ces élections et rejette aujourd'hui ses résultats.

Lors du dernier scrutin, 80% de la population était allée aux urnes, mais selon le conseil électoral, seulement 46,1% des Vénézuéliens se sont exprimés cette fois. Parmi les 8 millions de votes enregistrés, 5,8 millions sont allés à Nicolas Maduro.

Henri Falcon, lui aussi ancien compagnon d'Hugo Chavez, le seul candidat de l'opposition qui faisait le poids face à Maduro (mais controversé lui aussi) n'a remporté que 21% des voix et a déclaré qu'il ne reconnaitrait pas les résultats avant même la fin du scrutin. "Nous ne reconnaissons pas le processus électoral, pour nous, il n'y a pas eu d'élection. Une nouvelle élection doit être organisée au Venezuela".

Le candidat de 56 ans accuse en effet Nicolas Maduro d'avoir fait pression sur les électeurs. Il dénonce notamment les "tentes rouges", installées à la sortie des urnes. "12.711 tentes rouges ont été installées à travers le pays (...)" dénonce Falcon. En-dessous de ces tentes rouges, "ils ont reçu un virement de 10 millions de bolivars (10 euros) après avoir voté. Ce qui représente 87,6% des 14.000 bureaux de vote" explique encore le candidat de l'opposition. Ce candidat même a également été le sujet des critiques, car annoncé comme créé pour courir aux côtés de Maduro pour éviter qu'il ne se présente seul. Car en effet, difficile de trouver un candidat d'opposition qui ne soit pas en prison ou en exil.

L'opposition dénonce d'autres irrégularités comme le fait que beaucoup d'hommes de Maduro étaient présents dans les bureaux de vote, ou la prolongation des horaires dans certains lieux de scrutin, ou encore l'expulsion de certains de ses observateurs.

L'opposition, si tant est qu'elle existe, est bien affaiblie et ce notamment à cause de l'anticipation des élections. Un jeu finement joué par Maduro pour cadenasser encore plus ses adversaires, divisés dans la course à la présidentielle.

Peur de la faim

Il y a quelques jours Nos, un média hollandais rapportait le témoignage parlant d'une maman vénézuélienne dans lequel elle expliquait que son fils de 3 ans ne pesait pas suffisamment pour son âge et qu'elle n'avait pas les moyens de le nourrir plus. Elle a également prononcé ces mots marquants: " Nous avons toujours été pauvres, mais jamais affamés". Car oui, la famine, la pénurie de médicaments sont des réalités au Vénézuela. Et selon l'opposition, le gouvernement Maduro a fait pression sur les électeurs en menaçant de couper leur accès aux colis alimentaires. Autre pression exercée par Maduro: une promesse de prix pour ceux qui voteraient avec leur "carte de patrie" avec laquelle les gens pourraient obtenir de la nourriture. Un système de chantage dénoncé par l'opposition, mais assumé par Maduro qui pendant sa campagne avait martelé "Je donne, vous donnez". En d'autres termes, vous votez, je vous donne à manger.

Nicolas Maduro rempile donc jusqu'en 2025, à la tête d'un pays en pleine crise. Mais une partie de la communauté internationale ne reconnait pas sa légitimité à l'issue de ces élections. Comme les États-Unis qui dans un tweet ont déclaré que ces "élections" étaient une insulte à la démocratie. "Il est temps que Maduro parte". L'Union européenne ne reconnait pas non plus cette victoire. En février dernier, le président français Emmanuel Macron avait déjà été très ferme par rapport à Nicolas Maduro: "La France se tient prête, aux côtés de ses partenaires européens, à adopter de nouvelles mesures si les autorités vénézuéliennes ne permettent pas la tenue d'élections démocratiques".

© Getty Images

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