Amnesty International accuse la police belge de faire du profilage ethnique mais Jan Jambon conteste

La discrimination dans le cadre de contrôles d'identités existe bel et bien. C'est même une réalité auquel ont régulièrement recours les policiers de Belgique, selon un nouveau rapport publié par Amnesty International. 

Le profilage ethnique, c'est ce que font les autorités quand elles contrôlent un individu dans la rue en raison de sa couleur de peau ou de son origine, sans raison objective. En fait, selon la loi, procéder à un contrôle d'identité ne pourrait se faire qu'en cas de comportement suspect de la personne visée et avec des "motifs raisonnables".

Si cette pratique est discriminatoire et donc interdit par le droit belge et international, c'est une autre affaire en réalité. En effet, entre juin et janvier dernier, Amnesty International s'est penché sur la question et a interrogé 48 fonctionnaires de police de neuf zones différentes en Belgique. L'ONG a également interrogé 20 personnes issues d'une minorité ethnique.

Discrimination

Le constat est sans appel: entre la loi et la pratique, il y a un net fossé puisque la police a affirmé avoir régulièrement recours au profilage ethnique. "Je fais du profilage ethnique, c’est vrai, mais je ne vois pas comment je pourrais faire mon travail autrement", révèle d'ailleurs un inspecteur de police. Voilà comment résumer le pourquoi du comment.

En réalité, en Belgique, il n'existe pas d'enregistrement des contrôles d'identité. Résultat, pour les policiers, il est difficile de faire des contrôles d'identité dans la rue qui soient efficaces. Du coup, ils n'ont d'autres choix que de se fier à leurs intuitions. Mais ces intuitions sont souvent liées à des stéréotypes, que les agents contribuent consciemment ou non à perpétuer, regrettent les auteurs de l'étude.

Travail inefficace des policiers

Le problème, c'est qu'avoir recours au profilage ethnique est non seulement discriminatoire, mais ne permet pas aux policiers de faire correctement leur travail. "En arrêtant le profilage ethnique, non seulement on cesse de discriminer, mais on augmente en plus l’efficacité du travail policier", indique Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International.

Mais pour Jan Jambon, le ministre de l'Intérieur, le profilage ethnique ne fait pas partie de la politique de la police. "Jamais un ministre de l'Intérieur n'a fait autant d'effort pour lutter contre le profilage ethnique", estime le porte-parole de Jan Jambon, Olivier Van Raemdonck. Avoir recours à l'enregistrement des données sur les contrôles d'identités n'est pas non plus une option envisageable, étant donné qu'il considère qu'il faut maintenir une relation de confiance avec les policiers: "Un enregistrement des données pourrait avoir comme effet pervers d'entraver le travail des policiers parce qu'ils se méfieraient de l'administration", précise encore son porte-parole.

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