Donald Trump va-t-il encore un peu plus positionner les États-Unis face au reste du monde?

Trump doit annoncer ce mardi à 14h (20h, heure belge) si les États-Unis se retirent ou non de l'accord sur le nucléaire iranien. Mais le chemin semble déjà tout tracé, le républicain n'ayant jamais été fan de cet accord, et ce depuis sa campagne électorale. Ces dernières semaines, Emmanuel Macron, Angela Merkel et Boris Johnson l'ont pourtant tous priés à rester dedans. Mais peut-être que Trump fera encore une fois à sa mode, tout comme il l'a fait avec l'Accord de Paris sur le climat.

Après des années de négociation, les six plus grandes puissances mondiales ont conclu, en juillet 2015, un accord avec l'Iran sur le désarmement nucléaire de ce dernier. À table, se trouvaient les États-Unis, le Royaume-Uni, la Russie, la France, la Chine et l'Allemagne.

L'objectif principal de ce deal était d'empêcher l'Iran de développer des armes nucléaires. Le pays a donc dû remettre son stock d'uranium et démanteler toutes ses installations. En guise de contrôle, les inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (IAEA) ont été chargés de suivre en continu les activités de la république islamique.

En contrepartie du démantèlement nucléaire, les sanctions économiques qui frappaient l'Iran depuis de longues années ont été levées. Mais s'il s'avère que le pays viole les termes de l'accord, ces sanctions seraient à nouveau appliquées.

Les conséquences

Cet accord international a été signé pour prendre effet jusqu'en 2025 et ne contient aucune option permettant aux parties impliquées de se retirer de l'accord. Pourtant, Trump a prévu de se prononcer le 12 mai prochain sur la participation des États-Unis dans l'accord et la remise en place ou non des diverses sanctions américaines qui lui sont imposées depuis 2012.

Au cours de sa présidence, Trump a accepté par deux fois de prolonger la levée des sanctions contre Téhéran, mais à contre-coeur. La dernière fois, en octobre 2017, il a annoncé sa volonté de ne plus certifier l'accord, sous prétexte qu'il n'est pas dans l'intérêt des Américains. Au passage, il a taxé Téhéran de principal "soutien au terrorisme" et réclamé des sanctions plus dures à son égard. En janvier, il a assorti son annonce d'un ultimatum: si d'ici 120 jours, le texte n'est pas amendé pour remédier à ses "terribles lacunes", il retirera alors les États-Unis de l'accord. Et cette échéance tombe le 12 mai.

Le souci, c'est que ce retrait américain pourrait conduire l'Iran à ne plus remplir lui non plus sa part du contrat. La semaine dernière, le président iranien Hassan Rohani a d'ailleurs averti les Américains de "graves conséquences" et menacé de se retirer lui aussi de l'accord si les États-Unis le quittent. Dimanche, Rohani a remis le couvert en soulignant que les États-Unis le regretteront "comme jamais" s'ils prennent cette décision.

Le risque est grand, puisque Trump s'est toujours montré très critique face à cet accord international. Pendant sa campagne déjà, il a laissé entrevoir qu'en sortir les États-Unis serait l'un des objectifs de sa présidence. Et récemment, il a dénoncé cet accord comme "l'un des pires accords qu'il soit".

Hésitation?

Néanmoins, Trump serait en ce moment dans le doute: des sources à la Maison-Blanche ont, en effet, affirmé à l'agence de presse Reuters que Trump n'est pas certain de mettre fin à l'accord. Toujours selon ces sources, le président américain pourrait rester dans l'accord pour ne pas entraver les liens avec ses alliés.

L'accord avec l'Iran a d'ailleurs été le sujet central de la discussion entre Donald Trump et Emmanuel Macron, lors de la visite du président français à Washington fin avril. L'objectif de Macron était de parvenir à convaincre son homologue de l'importance de rester dans l'accord. Malgré la bromance naissante entre les deux chefs d'État, Macron est très préoccupé par le fait que Trump puisse ne pas changer d'avis.

Il prend d'ailleurs pour exemple un autre accord international que Trump n'aimait pas: l'Accord de Paris sur le climat. Pour rappel, Trump y a retiré les États-Unis le 1er juin 2017.

Israël en remet une couche

La méfiance de Trump envers l'Iran a été renforcée la semaine dernière par les propos du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. En direct du ministère de la Défense lundi soir dernier, il a accusé, face aux médias, l'Iran d'avoir menti et assuré que le pays était en train d'étendre son arsenal nucléaire en secret. Pour preuve, il a expliqué que les services de renseignement israéliens ont obtenu des archives iraniennes sur le programme nucléaire du pays au début des années 2000.

Toutefois, les experts le soulignent: Netanyahu n'a fourni aucune preuve tangible de ses allégations. La cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, qui était également impliquée dans les négociations avec l'Iran à l'époque, n'a d'ailleurs pas été convaincue par le speech de Netanyahu. "Je n'ai pas encore vu pour le moment des arguments de la part du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sur une violation par l'Iran de ses engagements nucléaires en vertu de l'accord passé", a-t-elle réagi. Or, l'accord sur le nucléaire "n'est pas basé sur des suppositions de bonne foi, il est basé sur des engagements concrets, des mécanismes de vérification et un contrôle très strict des faits", a-t-elle souligné.

En outre, les informations présentées par Netanyahu ne datent pas de la veille. Elles viennent en réalité des services de renseignement américains et ont été publiées il y a plusieurs années par l'IAEA elle-même.

Poutine et la Chine sont pour le maintien de l'accord

À l'instar de Macron, la chancelière allemande Angela Merkel a, elle aussi, tenté de persuader Trump de rester dans l'accord, lors de sa visite expresse à la Maison-Blanche fin avril. Mais s'il joint les actes à la parole, Trump positionnera finalement encore un peu plus les États-Unis face au reste du monde. Car même le président russe Vladimir Poutine veut maintenir cet accord. Et la Chine, qui était en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU impliquée aussi dans les négociations avec l'Iran, le veut également.

Les Chinois affirment que l'IAEA est le seul organisme international capable de vérifier le respect de l'accord et de le juger. Or, jusqu'ici, l'IAEA a toujours conclu que l'Iran respecte les termes du contrat.

Enfin, il faut noter une dernière chose: Trump dispose de plusieurs options. Il peut soit décider de rétablir les sanctions américaines envers l'Iran, soit prolonger leur levée pour une nouvelle période maximale de 120 jours, soit encore utiliser un décret présidentiel pour introduire lui-même de nouvelles sanctions. En attendant, les pays concernés sont dans l'expectative.

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