L'école obligatoire jusque 18 ans? Pierre-Yves Jeholet (MR) n'en veut plus

Le ministre de l'Emploi, Pierre-Yves Jeholet (MR), veut abaisser l'obligation scolaire à 16 ans. C'est l'une des pistes qu'il avance, dans un entretien à L'Écho publié ce mercredi, pour moderniser la formation des jeunes et atteindre le plein-emploi en Wallonie d'ici 2025. Mais à peine annoncée, sa proposition ne fait déjà pas l'unanimité.

Depuis la loi du 29 juin 1983, tous les enfants domiciliés ou résidant en Belgique sont obligés d'aller à l'école dès l'âge de 6 ans, et ce jusque 18 ans. Mais cette loi n'est plus, pour Pierre-Yves Jeholet (MR), adaptée à la société et au marché actuels.

Le ministre wallon de l'Économie et de l'Emploi propose donc de réduire cette obligation scolaire à 16 ans, au cours d'un entretien accordé au journal L'Écho. Parallèlement, il souhaite scolariser les enfants bien plus tôt.

"Si on veut lutter contre l’échec scolaire, et le décrochage scolaire"

"C’est interpellant de voir le nombre de personnes qui quittent le dispositif scolaire traditionnel, sans diplôme, avec peu de qualification et peu de prérequis", déplore le ministre libéral. Au passage, il tape sur le Pacte d'excellence: "On parle d’un Pacte d’excellence, et à aucun moment on ne parle de l’exigence par rapport au degré de formation. Je suis interpellé par rapport à cela, comme je suis interpellé par rapport à la prolongation du tronc commun". Pour rappel, le Pacte d'excellence prévoit d'instaurer un "tronc commun" aux filières générale et technique, obligatoire jusque 15 ans.

Au contraire, "si on veut lutter contre l’échec scolaire, et le décrochage scolaire, l’obligation scolaire doit commencer chez l’enfant beaucoup plus tôt", selon lui. Il s'explique: "Dans les milieux plus défavorisés, peu d’enfants vont à l’école dès trois ans. D’une certaine manière, on intensifie déjà le décrochage scolaire pour ce public plus défavorisé."

Mais s'il faut aller à l’école beaucoup plus tôt, il faut pouvoir aussi, selon lui, en sortir plus tôt. "Pourquoi maintenir dans un système scolaire jusqu’à 18 ans des jeunes qui ont peut-être envie de se former à un métier mais pas dans un dispositif scolaire?", s'interroge-t-il. Or, "pour toute une série de publics, c’est dans l’entreprise qu’on arrivera à les former". C'est pourquoi il convient également de revaloriser l'enseignement en alternance, au même titre que l’enseignement technique et professionnel.

Un accueil en demi-teinte

Dans le même temps, Jeholet reste convaincu que la régionalisation de l'enseignement résoudrait pas mal de problèmes. "Commençons par l’enseignement technique et professionnel. Il serait normal que la Région wallonne, qui a l’emploi et la formation dans ses compétences, ait l’enseignement technique et professionnel", affirme-t-il. "La Région est prête à prendre ses responsabilités, mais on veut aussi arrêter d’être la vache à lait de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB)", souligne-t-il sans mâcher ses mots.

Si Willy Borsus (MR), le ministre-président de la Wallonie, a défendu la proposition de son ministre ce matin sur les ondes de La Première, celle-ci ne fait toutefois pas l'unanimité. "3x non! La formation et les qualifications sont le meilleur airbag pour l'employabilité de nos jeunes!! À 16 ans, assurer une formation alternée école-entreprise oui! Mais pas les envoyer au casse pipe à la recherche d'un job en étant sous-qualifié!", s'est emportée sur Twitter la députée fédérale cdH et cheffe groupe à la Chambre, Catherine Fonck.

De son côté, Sébastien Dupanloup, secrétaire fédéral de la Fédération générale du Travail de Belgique (FGTB), estime carrément que la proposition de Jeholet signe "le retour du travail des enfants" et "l'instauration du dumping social entre jeunes et plus âgés". Bonjour l'ambiance!

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