Les États-Unis allègent les sanctions sur l'aluminium russe mais un oligarque proche de Poutine doit partir

Les États-Unis vont-ils se rétracter sur les sanctions imposées à la Russie? Sur les exportations d'aluminium, ça pourrait être le cas. Mais à une seule condition: que la compagnie leader dans le marché, Rusal, se défasse de son directeur, l'oligarque et ami de Poutine Oleg Deripaska. Une annonce qui s'est ressentie en bourse et doit rassurer les milliers d'employés de la compagnie.

Rusal produit 7% de l'aluminium qui circule dans le monde et les États-Unis sont leur deuxième plus grand marché après la Russie. Cette entreprise russe emploie plus de 52.000 individus en Russie et alimente toute une économie qui se ressent très fort au niveau local. Sayanogorsk, par exemple, est une ville de Sibérie amplement dépendante de la santé financière de cette entreprise spécialisée dans le commerce de l'aluminium: elle produit 530.000 tonnes d'alu chaque année.

Depuis que les États-Unis ont imposé des sanctions sur les exportations de matières premières russes, Rusal n'a plus pu fournir une partie de sa clientèle. En chiffres, cela donne 2 millions de tonnes d'aluminium non revendues, estime CNBC. Les employés de Rusal sont exaspérés et ont appelé le gouvernement russe à prendre une décision pour ne pas les laisser dans une situation critique. Sinon, "les gens vont se révolter", rapporte Reuters.

Alléger les sanctions

Le Département du Trésor a décidé de faire un geste qui pourrait soulager ses ouvriers et les habitants qui dépendent de cette économie. Le ministère des Finances américain a décidé lundi d'alléger les sanctions contre Rusal et a déclaré qu'il envisagerait de les lever si la compagnie coupait les ponts avec Oleg Deripaska, un oligarque russe proche du président Vladimir Poutine.

Deripaska est accusé d'avoir mis son grain de sel dans les élections américaines: l'ancien directeur de campagne de Trump, Paul Manafort, lui aurait offert des "briefings privés" sur l'élection de 2016 moins de deux semaines après que Trump soit devenu le candidat des Républicains.

Voici ce qu'écrit le Trésor: "Conformément aux règlements de l'OFAC [l'organisme de contrôle financier du Trésor], les parties peuvent être retirées en démontrant un changement dans les circonstances qui ont mené à leur désignation. Dans le cas de RUSAL, en l'absence d'autres informations défavorables et conformément aux faits et circonstances de toute demande de radiation, la voie à suivre pour que les États-Unis accordent un allègement des sanctions est le désinvestissement et la renonciation au contrôle de RUSAL par Oleg Deripaska."

Bourse

Cette annonce du Trésor américain s'est directement ressentie sur les marchés boursiers. D'abord par une baisse significative du prix de l'action pour différentes compagnies spécialisées dans le commerce d'aluminium: Alcoa a perdu 13.5%, Century Aluminum 5.3% et Aluminum Corp. of China a perdu 9.6%. Même le prix général de l'aluminium a baissé de 5%, a calculé CNN.

Rusal par contre a vu le cours de ses actions remonter joliment. Depuis ce matin, la valeur boursière de Rusal a augmenté de 43,42%. Et Oleg Deripaska? Sa fortune a redoublé selon le classement des plus gros richards de la planète établi par Forbes. En 15 jours, il est passé de la 624ème place à la 248ème place.

Va-t-il répondre aux demandes du Trésor américain et faire un geste qui pourrait aider les milliers d'employés qui dépendent de lui? Rien n'est trop sûr. L'homme, qui pèse 3,8 milliards de dollars, a qualifié les sanctions de "très malheureuses mais pas inattendues", révèle le Moscow Times. Et il a conclu que son inscription sur la liste des sanctionnés était "sans fondement, ridicule et absurde".

Deripaska dans le classement de Forbes ce mardi:

© Forbes

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