"Tu es un occupant! Tu es un terroriste!": quand Erdogan fait la leçon à Netanyahu...

Recep Tayyip Erdogan a sorti la tronçonneuse pour tailler un costume à Benyamin Netanyahu. Le président turc a qualifié le premier ministre israélien de "terroriste": ou quand un dirigeant controversé en tacle un autre, on pourrait presque en rire. Sauf qu'au moins 16 Palestiniens auraient été tués par des raids israéliens survenus vendredi dernier, avec près de 1.400 blessés. 

Le 30 mars est connu comme le Jour de la Terre en Palestine. Il "célèbre" les événements de 1976, date qui a vu le territoire palestinien être amputé d'une partie de ses terres par Israël. S'en était suivi une énorme grève des Arabes d'Israël, bientôt transformé en manifestation puis en révolte, les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza s'étant joints au mouvement.

Territoires occupés

Depuis cette date, chaque 30 mars peut faire l'objet de vives tensions. C'était à nouveau le cas vendredi dernier lors d'une grande manifestation palestinienne qui se voulait pacifique. Tout a dérapé lors de cette "marche du retour": 16 morts et 1.400 blessés, dont 758 par des tirs de balles réelles, selon le ministère de la Santé de la Gaza. Il s'agirait tout simplement du jour le plus meurtrier depuis 2014 dans l'enclave.

Tsahal a ouvert le feu sur des manifestants qui s’étaient approchés à quelques centaines de mètres de la clôture ultra-sécurisée qui sépare l’État hébreu de Gaza: "Ils font rouler des pneus enflammés et lancent des pierres vers la barrière de sécurité et les troupes israéliennes qui recourent à des moyens antiémeutes et tirent en direction des principaux meneurs", a admis un porte-parole de l'armée israélienne, sans préciser s'il s'agissait de balles réelles.

Et pour cause, Israël s'en défend. L'Etat hébreu n'a fait que répliquer. La communauté internationale, elle, s'interroge et demande une enquête indépendante. Rejet catégorique du ministre israélien de la Défense: "Il n’y aura rien de tel ici. Nous ne coopérerons avec aucune commission d’enquête."

Coup pour coup

Entre temps, on a eu droit à des échanges de bons mots entre deux des dirigeants les plus controversés de la planète. Dès le lendemain, Erdogan avait accusé Israël d'avoir commis "une attaque inhumaine". Ce à quoi Netanyahu a répondu: "L’armée la plus éthique du monde n’a pas de leçons à recevoir de la part de celui qui bombarde des civils sans discernement depuis des années."

Piqué au vif, le président réplique et frappe fort: "Hé, Nétanyahou! Tu es un occupant! Et c’est en tant qu’occupant que tu es sur ces terres. En même temps, tu es un terroriste".

La demande d'enquête indépendante rejetée par l'État hébreu, l'ONU devait se positionner. Mais un projet de déclaration du Conseil de sécurité a été bloqué par les États-Unis qui ont appelé "toutes les parties à la retenue et à prévenir toute escalade supplémentaire".

De son côté Amnesty a du mal à croire aux explications d'Israël: "Quand certains manifestants palestiniens jettent des pierres et d’autres objets vers la barrière, il est difficile de croire qu’il s’agit d’une menace imminente pour la vie de soldats bien équipés, protégés par des tireurs d’élite, des chars d’assaut et des drones", peut-on lire dans un communiqué.

Mêmes discours, mêmes lignes de défense, mêmes excuses. Rien ne changera tant que des territoires seront occupés.

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