Avec UberEats ou Deliveroo, "on rentre dans une forme d'esclavage" pour Rudi Vervoort (PS)

Le bras de fer continue entre le PS et Pascal Smet (SP.A) concernant les taxis. Rudi Vervoort, ténor de la gauche et Ministre-Président de la région bruxelloise, est monté au créneau pour tancer le ministre de la Mobilité. Pour lui, Smet veut tout simplement tuer les taxis en acceptant le modèle économique d'Uber tel qui l'est aujourd'hui.

"La balle est dans le camp de Pascal Smet": c'est ce qui s'appelle renvoyer la patate chaude. Dans une longue interview accordée au Soir, Rudi Vervoort s'en prend au ministre de la Mobilité, le vrai coupable selon lui de la grogne des taxis.

"On ne peut pas être de gauche et défendre Uber"

"L'accord que l'on doit trouver à Bruxelles vise à réforme le secteur des taxis. Je crois que le message est passé auprès du secteur. Il faut que ça change. Ce n'est pas normal de ne pas pouvoir payer par carte. Il faut plus de transparence. Le blocage dessert les taxis. Leur sort n'est pas amélioré alors que la concurrence est renforcée puisque la Flandre et la Wallonie distribue des licences Uber en veux-tu, en voilà", explique le Ministre-Président de la région bruxelloise, pour qui Pascal Smet, bien silencieux dans ce dossier, veut "la mort des taxis", ni plus, ni moins.

"Il (Pascal Smet, ndlr) a dit qu'il incarnait le mouvement "progressiste et moderne". Je ne suis pas là pour donner des labels, mais on ne peut pas être de gauche et défendre Uber, comme les autres plateformes. C'est vrai que les gens aiment bien les utiliser, mais il y a toujours quelqu'un derrière pour vous livrer. Ceux-là font un travail pénible, dangereux, et leur avenir est plus qu'incertain. Ils se retrouvent pieds et poings liés à des géants anonymes. Je ne pourrai jamais défendre cette manière de fonctionner et personne ne me fera changer d'avis", ajoute Vervoort.

Le "double discours" du SP.A

Car Rudi Vervoort ne se contente pas d'enfoncer un peu plus Smet dans ce dossier. Il part tout simplement en guerre contre un système incarné par Uber. "Il faut prendre conscience que socialement, c'est imbuvable comme système. Quand je vois ces gamins à vélo avec leurs paquets UbertEats ou Deliveroo sur le dos, je me dis qu'on rentre dans une forme d'esclavage. Ils travaillent pour un salaire de misère avec un statut inexistant. Les restaurateurs n'en profitent pas non plus puisque les plateformes captent une marge de 30% En bref, elles prennent l'oseille et se tirent", ajoute l'un des ténors du PS.

Au passage, Rudi Vervoort prévient: Pascal Smet doit revoir sa copie pour le "plan taxis" et surtout se concerter avec les partenaires sociaux s'il veut que le PS le suive: "Si le ministre de la Mobilité revient avec le même projet en seconde lecteur, en disant qu'il a dialogué mais que c'est quand même lui qui a raison, je le dis calmement: ce sera non, du côté du Parti socialiste". Car dans le discours de Vervoort, une rupture claire apparaît avec le SP.A au niveau régional et il met au passage la pression sur les socialistes flamands.

"Pascal Smet va quand même très loin en disant qu'on est vendus à un secteur mafieux. Pour un parti frère, le SP.A, c'est quand même grave", assène-t-il. "Surtout qu'on niveau communal, ils (le SP.A, ndlr) ne tiennent pas ce genre de propos. J'aimerais qu'ils accordent leurs violons. C'est le SP.A qui tient un double discours. Il est gentil au niveau local et nous tape dessus au niveau régional. Je veux lancer un appel à leur président (John Crombez, ndlr): il faut mettre de l'ordre dans le SP.A à Bruxelles. Revenir à la raison."

C'est ce qui s'appelle un sacré coup de gueule. Et pas sûr que tout le monde apprécie la sortie médiatique de Rudi Vervoort du côté du SP.A...

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