"À Molenbeek, les prédicateurs sont toujours dans les rues": le cri du cœur d'une des victimes des attentats de Bruxelles

Deux ans après les attentats de Bruxelles, l'une des victimes a pris la plume. Dans une tribune, Walter Benjamin s'en prend notamment aux politiques, à qui il reproche de ne "pas être à la hauteur du danger terroriste", que ce soit en Belgique ou ailleurs.

Walter Benjamin fait partie des centaines de personnes blessées lors de l'attentat de Zaventem en mars 2016. Quelques jours après les commémorations des attaques de Bruxelles et la nouvelle attaque terroriste qui a visé la France, ce franco-belge a décidé de sortir de son silence dans une tribune écrite sur le site du Huffington Post, au titre évocateur: "Victime de l'attentat de Bruxelles, j'en veux aux politiciens de ne pas être à la hauteur du danger terroriste".

"L'Europe a toujours une vision romantique de l'islamisme radical"

"La compassion, c'est noble, les symboles c'est bien, mais ça ne suffit plus... Il est facile d'aller pleurer en ville, d'allumer des bougies, de poser des nounours... et ensuite de rentrer chez soi avec le sentiment du devoir accompli", écrit-il. Il reproche notamment aux politiques de ne pas en faire assez pour intégrer la population musulmane dans la société.

"A Molenbeek, les prédicateurs sont toujours dans les rues, le nombre de jeunes qui se radicalisent augmente, la sécurité n'a pas été vraiment renforcée, les mentalités reculent de plus en plus vers l'obscurantisme. L'Europe a toujours une vision romantique de l'islamisme radical. Alors qu'il nous faut tirer des leçons!", assène-t-il, ajoutant: "Je pense que si l'on avait intégré cette population (musulmane, ndlr) au sein de notre société, en y mettant de vrais moyens, on n'en serait pas là. Est-ce le système éducatif qui en est la cause? Est-ce vraiment une question d'islam? Est-ce un problème identitaire? Est-ce le milieu social? Dans le cadre de l'attentat de l'aéroport de Zaventem, ce sont des jeunes nés en Belgique qui ont commis ces horreurs... "

Tendre la main aux jeunes

Il exhorte les politiques à réellement agir et ne pas se contenter de discours de façade. "Les politiciens depuis une vingtaine d'années jouent un jeu dangereux et sont responsables de cet état de choses. Je ne cherche en rien à excuser ce que ces salauds (les terroristes, ndlr) ont fait, jamais je ne pourrai leur pardonner d'être désormais handicapé à vie, mais j'en veux à nos dirigeants pour leur déni de la réalité", écrit Walter Benjamin, qui ne veut pas se tromper de combat. Ici, il appelle vraiment à tendre la main vers les jeunes pour leur éviter de sombrer dans le radicalisme.

"Il faut mettre en place des solutions pour maîtriser ces forces obscures qui gangrènent ces jeunes et les font basculer dans un islam radical, qui n'est pas l'islam", ajoute-t-il. "Il faut aider cette communauté à s'intégrer vraiment à notre société, et être par contre intraitable avec ceux qui prônent un islam radical, cultivent la haine de l'Occident et de nos valeurs, ceux qui gangrènent nos rues et ne respectent pas nos lois. Pour que plus un seul jeune ne décide de semer la mort."

Un message fort d'un homme meurtri. Cela suffira-t-il à faire bouger les choses?

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