"- 15 % sur tous les vêtements": voilà pourquoi il vaut mieux se méfier de ce genre de promotion dans les magasins

Entre les périodes de soldes, il n'est pas rare de tomber sur des samedis "-15", "-20" voire "-30 % sur tout le magasin". Ce sont des journées qui tombent à pic, surtout en ce moment alors que tu as envie de refaire toute ta garde-robes pour l'été. Mais ne saute pas trop vite de joie devant ce genre d'annonces, les apparences - ou plutôt les étiquettes - sont parfois trompeuses.

En consommateur et amateur de shopping, on s'est rendu il y a quelques semaines à l'un de ces "week-end promotions" dans un magasin de la chaîne de prêt-à-porter Point Carré. Heureux de voir que toute la collection était à -15 %, on a évidemment fait une razzia sur les vêtements. Qui ne le ferait pas? Mais une fois rentré à la maison, surprise: la plupart des étiquettes étaient recouvertes d'un autocollant qui cachait un prix bien moins élevé que le prix visible sur l'étiquette. Avec une différence de 3-4-5-6, voire parfois de presque 10 euros. Bien évidemment, à la caisse, la réduction de 15 % s'était appliquée sur le prix visible (le plus élevé). Donc, même promotion déduite, on a payé certaines pièces plus cher que le prix de base caché sur l'étiquette. Une belle arnaque, en somme.

Le problème, c'est que cette situation est loin d'être rare. "Chaque année, on a des consommateurs qui nous envoient des photos d'étiquettes qu'ils ont soulevées. Ils sont perdus parce que c'est contraire au bon sens et c'est compliqué de comparer les prix", nous confie au téléphone Julie Frère, la porte-parole de Test-Achats. Toi-même, tu es peut-être déjà tombé sur des étiquettes à double prix. La question est: une telle pratique trompeuse est-elle légale? "Nous, on est très critique sur ce point", nous répond-t-elle en soulignant que la loi est hélas devenue très floue sur le sujet.

Le chaos au niveau de la loi

"Avant, on avait une réglementation très claire: le commerçant était obligé de se baser sur le prix de référence", qui est défini comme le prix le plus bas affiché pendant 30 jours avant l'annonce d'un nouveau prix (au début des soldes par exemple), explique-t-elle. "Les réductions devaient toujours s'appliquer sur ce prix de référence", poursuit-elle. La loi belge estimait alors que "ne pas se baser sur le prix de référence était une pratique déloyale qui devait toujours être sanctionnée". Le problème, c'est que la Belgique allait plus loin dans la protection des consommateurs que ce que prévoyait l'Union européenne. Et pour cela, "elle a été condamnée par la Cour de justice de l'Union européenne en juillet 2014 parce qu'elle pratiquait une règlementation sur les prix trop stricte".

Depuis, la notion de prix de référence a disparu et c'est le chaos. Pour évaluer la légalité d'une pratique commerciale, il y a désormais deux cas de figure à prendre en considération. Dans le premier cas - extrême - le commerçant suit l'une des pratiques considérées comme déloyales et reprises dans la "liste noire" figurant dans une directive européenne. À ce moment-là, il est immédiatement sanctionné et doit indemniser ses clients. Le second cas reprend, lui, toutes les pratiques qui ne se retrouvent pas dans cette fameuse liste noire. Ici, la solution est alors "d'analyser au cas par cas". Et c'est ce qu'il convient de faire dans la situation que l'on t'a exposée un peu plus haut.

Mais analyser soi-même la légalité d'un cas "est vraiment compliqué parce que les prix sont très volatiles et sont modifiés régulièrement en fonction de l'offre et la demande", souligne Julie Frère. Même pour l'inspection économique qui effectue les contrôles, c'est devenu moins évident: "Maintenant, ils doivent rentrer dans une espèce d'analyse chronologique des prix pour savoir si c'est légal ou pas". De plus, "il y a souvent des cas borderline" face auxquels il est difficile de se prononcer sur la légalité.

Avant coup, la seule solution est de faire du repérage...

Que faut-il faire alors? "Pour voir si c'est loyal, il faut vérifier que le prix sur lequel est basée la réduction a été pratiqué suffisamment longtemps avant l'annonce d'un nouveau prix". Si le commerçant augmente le prix juste avant les soldes, alors c'est clairement une pratique déloyale. Mais hélas, la loi ne précise pas la durée qu'elle entend derrière ce "suffisamment longtemps". C'est donc "de nouveau au cas par cas". De plus, le SPF Économie a établi certaines lignes directrices, "mais il n'y a aucune obligation légale pour les commerçants de s'y conformer", déplore Julie Frère. Très technique et pas très rassurant pour toi tout cela!

Comme il t'est impossible, en tant que consommateur, de suivre le bilan commercial de tous les magasins de vêtements, la seule chose qui est dans tes cordes est de faire du repérage. Avant de te jeter sur une nouvelle paire de chaussures sur laquelle tu as flashée, il vaut mieux noter son prix et comparer son évolution au fil des jours. "C'est surtout important quand ce sont des achats avec un budget conséquent, des électroménagers par exemple", conseille Julie Frère. On te l'accorde, cela prend beaucoup de temps et d'énergie, et c'est aussi le risque que les chaussures te passent sous le nez pour cause de rupture de stock!

...Et après coup, d'y aller au culot

Comme cela arrivera donc certainement encore, le jour où tu te trouves face à des étiquettes à double prix, le truc à faire est de le signaler au SPF Économie. Pour ce faire, rends-toi sur la page pointdecontact.belgique.be, clique sur "nouveau signalement" et remplis ensuite le formulaire. Attention, tu n'auras pas de suivi de ta plainte en tant que particulier, mais rassure-toi elle sera prise en compte. "C'est très intéressant pour le SPF Économie, car ces signalements leur permettent d'avoir des statistiques pour orienter leurs contrôles de manière plus ciblée sur telle ou telle entreprise", précise Julie Frère.

Et puis, tu peux toujours y aller au culot en retournant voir le vendeur et en lui demandant des explications. Pourquoi pas aussi exiger que le commerçant applique la réduction sur le prix le plus bas de l'étiquette. Julie Frère te pousse, en tout cas, à le faire: "le vendeur peut refuser, c'est sûr, mais ça lui fera une mauvaise réputation. On est dans un monde où les entreprises font attention à leur réputation, donc c'est quand même une arme".

Te voilà prévenu, tu sais ce qu'il te reste à faire pour ne plus te faire entuber à ta prochaine virée shopping!

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