À qui la faute? l'Afsca se trouve des excuses après le scandale Veviba

Ça y est, l'Afsca a (enfin) remis son rapport aux parlementaires suite au scandale alimentaire Veviba. Et il était attendu: l'agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire était clairement dans le viseur de plusieurs élus. Sa passivité dans ce scandale, voire sa complicité, ont été pointées du doigt. À raison? L'Afsca s'en défend mais se trouve aussi pas mal d'excuses.

10 pages. 10 pages pour s'expliquer, s'excuser, mais aussi pour se défendre. L'Afsca a remis son rapport suite au scandale Veviba à la demande de Denis Ducarme (MR), ministre de tutelle. Tous les parlementaires ont pu consulter ce rapport qui sera discuté demain à la Chambre.

L'Afsca devait y faire toute la lumière sur son travail fourni chez Veviba lors de ces deux dernières années. Si l'Afsca comprend "que les consommateurs aient des questions quant à cette affaire de fraude", son administrateur délégué, Herman Diricks, nuance, en déclarant que cette affaire "est fâcheuse pour (eux) aussi" et que "l'ampleur de la fraude et l'organisation de cette dernière ont surpris et sont inacceptables".

Jusque là tout va bien. L’Afsca reconnaît même que nous sommes face à un scandale alimentaire de grande ampleur, qu'il ne faudrait pas minimiser par l'absence de dangerosité apparente dans notre assiette. Mais dans la foulée, Herman Diricks explique que "les contrôleurs et inspecteurs de l'Agence ne sont pas toujours suffisamment armés pour lutter contre la fraude, surtout quand celle-ci est bien organisée". Le PS n'aura pas manqué d'épingler sur Twitter le passage qui pointe la perte d'une centaine de collaborateurs au sein de l'Agence par rapport à 2014.

La faute à la justice?

Pour l'Afsca, si l'instruction judiciaire a traîné, c'est du fait de la justice: l'agence "est intervenue plusieurs fois auprès des gestionnaires du dossier afin d'accélérer l'instruction". Herman Diricks affirme toutefois ne pas avoir été mis au courant d'un risque pour la sécurité de la chaîne alimentaire sans quoi "des mesures auraient été prises immédiatement".

Tout au long du rapport, l'Afsca s'en défend et explique avoir toujours donné suite aux signalements et aux infractions, comme pour le cas de viandes avariées envoyées au Kosovo en septembre 2016. l'Agence estime avoir fait son boulot avec les renseignements dont elle disposait. Elle a d'ailleurs dressé une liste de l'ensemble de ses visites chez Veviba et dans les autres entreprises du groupe Verbist: aucune d'entre elles n'a révélé de problème majeur. Seule une autre constatation d'irrégularité, qui a été transmise au parquet.

L'Agence reconnaît toutefois les "limites" de l'instruction: "Nous devons repenser dans le futur la manière dont nous allons aborder des enquêtes relatives à de telles fraudes", a expliqué Herman Diricks, pour qui "la collaboration avec la justice doit être optimisée" où "les aspects techniques, juridiques et de communication s'entremêlent".

Mais pour le reste, l'Afsca estime donc avoir fait le job: pour avoir contrôlé convenablement dans la mesure de ses capacités, pour avoir transmis à la justice les cas problématiques, tout en se défendant de connaître depuis le départ l'ampleur du scandale alimentaire.

Autodéfense

Qu'en pense Ecolo qui a été le premier parti à pointer du doigt les manquements de l'Afsca et à demander une réforme en profondeur de l'Agence? Pour la présidente de la commission parlementaire Muriel Gerkens (Ecolo), ce rapport est "à relativiser", car il a été écrit par l'Afsca elle-même. On a vu mieux en termes d'objectivation.

C'est pour cette raison que deux audits externes ont été demandés par le ministre Ducarme. Ils devraient selon l'Echo être dispo rapidement pour qu'ils puissent rendre leurs conclusions dès cet été.

Si l'on veut croire aux arguments de l'Afsca, on ne peut s’empêcher de penser que ce n'est jamais vraiment de sa faute, comme pour la crise du Fipronil, comme pour la viande de cheval dans les lasagnes, comme pour ce jambon qui n'en est pas vraiment un, comme pour la crise de la dioxine...

À moins que le véritable scandale soit ailleurs? Peut-être est-il temps de revoir notre manière de consommer dans cette immense industrie alimentaire qui semble échapper à tout contrôle.

Déjà lu?