Ça chauffe entre la Russie et le Royaume-Uni: Theresa May annonce l'expulsion de 23 diplomates russes

Le ton monte dangereusement entre le Royaume-Uni et la Russie. Après une réunion du Conseil de sécurité nationale ce matin, la Première ministre Theresa May annonce qu'elle rompt les contacts bilatéraux avec Moscou et qu'elle expulsera 23 diplomates russes de son pays. En cause, l'affaire de l'ex-espion russe empoisonné début mars à Salisbury, et dans laquelle la Russie fait la sourde oreille.

Ce qui était à craindre est arrivé. Theresa May avait donné à la Russie jusqu’à ce mardi minuit pour expliquer la présence de Novitchok (un puissant agent toxique conçu par la Russie soviétique) sur le territoire anglais. Pour rappel, c'est à cette substance que l'ex-espion russe Sergueï Skripal, sa fille Youlia et un policier ont été empoisonnés le 4 mars dernier dans la ville de Salisbury. Mais Moscou a fait la sourde oreille, exigeant plutôt que Londres lui livre un échantillon du produit pour preuve.

Ce matin, la Première ministre britannique avait donc réuni son Conseil de sécurité nationale, dans le but de discuter d'éventuelles sanctions contre la Russie. Selon la dirigeante, il ne fait aucun doute que l'attaque a été commise soit par l'État russe lui-même, soit par quelqu'un qui a pu se procurer du Novitchok. Dans tous les cas, Moscou a commis l'erreur de perdre le contrôle du produit extrêmement dangereux.

Suspension des contacts bilatéraux

En conséquence, Theresa May vient d'annoncer devant le Parlement "la suspension des contacts bilatéraux" entre les deux pays et l'expulsion de 23 diplomates russes (sur les 59 accrédités) du sol britannique. En outre, les ministres et la famille royale britanniques ne se rendront pas en Russie cet été pour la Coupe du monde de football.

Ce soir, le Conseil de sécurité de l’ONU se réunira en urgence pour décider d'éventuelles autres mesures. Mais le Royaume-Uni peut déjà compter sur le soutien de ses principaux alliés: la Belgique, la France, l'Allemagne et les États-Unis, qui ont tous vivement condamné cet empoisonnement.

Pire incident diplomatique depuis la Guerre froide

De son côté, la Russie nie toute implication. Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a même qualifié d’"absurdités" les accusations de Theresa May. Son homologue britannique, Boris Johnson, a rétorqué qu'il s'agit de "la première utilisation d’un agent innervant sur le continent européen depuis la seconde Guerre Mondiale", soulignant à quel point l'heure est grave. Mais la Russie n'en a que faire. L'ambassade russe au Royaume-Uni a même demandé l'ouverture d'une "enquête conjointe", tout en prévenant que Moscou riposterait si des mesures étaient décidées à son encontre. La suite de l'histoire risque bien de ne pas être rose.

D'autant plus que ce n'est pas le premier incident du genre. D'après une enquête de Buzzfeed parue en juin 2017, 14 personnes au moins, tous des oligarques russes et leurs partenaires d’affaires britanniques, sont mortes au Royaume-Uni ces dernières années, dans des conditions qui "suggèrent l’implication de la Russie". Mais les autorités britanniques ont préféré classé ces affaires "par peur des représailles".

Cette escalade de tension entre les deux puissances est considérée comme la plus grave depuis la Guerre froide et la crise des missiles en 1970-1980.

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