En Allemagne, les socialistes grands gagnants de la nouvelle coalition?

En Allemagne, les démocrates chrétiens de la CDU et les sociaux-démocrates de la CSU ont réussi à s'entendre avec les socialistes du SPD pour former une nouvelle coalition. Leur slogan, "Un nouveau départ pour l’Europe", semble bien ambitieux. Mais la nouveauté sera-t-elle vraiment au rendez-vous?

Il aura fallu attendre plus de 5 mois de négociations interminables et sans cesse échouées après les élections législatives du mois de septembre pour parvenir à la formation de cette nouvelle coalition, la 3e pour la chancelière Angela Merkel.

Un mariage de raison

Mais c’est un mariage de raison, affirme Helmut K. Anheier, Président et Professeur de Sociologie de la Hertie School of Governance de Berlin, qui la décrit «"sans amour, très mal-aimée, et privée de toute vision générale". Il affirme qu’elle est une bonne chose pour la stabilité allemande à court terme, mais qu’elle aboutit à un résultat bien plus incertain pour la démocratie, compte tenu de la montée en puissance des populistes.

Des extrémistes de plus en plus puissants

Un récent sondage national indique que le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) aurait recueilli plus de voix que le SPD s’il y avait eu des élections aujourd’hui. Désormais, il représente donc le plus grand parti d’opposition.

En outre, les partis extrémistes (l’AfD et son équivalent d’extrême gauche, Die Linke) occupent quasiment un quart des sièges du Parlement allemand, une première depuis la république de Weimar.

C’est une conséquence directe de la participation du SPD dans le gouvernement de Merkel, affirme Anheier. Si celui-ci avait accepté de rester dans l’opposition, il aurait pu profiter de ces 4 années pour renouveler son programme, tout en remettant en cause les décisions prises par Merkel, et les positions des partis extrémistes. Le débat public n’en aurait été que plus riche.

Il estime que le président français Emmanuel Macron ne devra pas s’attendre à obtenir une grande aide de l’Allemagne pour réformer l’Union Européenne: "Tous les problèmes et risques que les gouvernements de coalition précédents ont échoué à résoudre seront encore négligés".

Le SPD a raflé des ministères importants

L’orientation du nouveau gouvernement devrait être plus social démocrate, compte tenu que le SPD est parvenu à s’approprier plusieurs portefeuilles clés, remarque The Guardian. L’accord de coalition lui concède en effet le ministère des Finances, celui des Affaires étrangères et celui du Travail. En outre, il récupère également les ministères de la Famille, de la Justice et de l’Environnement. C’est Martin Schulz, le dirigeant du SPD, qui devrait occuper lui-même le poste de ministre des Affaires Étrangères. Olaf Scholz, le maire de Hambourg, devrait quant à lui succéder à Wolfgang Schäuble aux finances.

L’accord de coalition suggère que la politique économique se concentrera désormais sur un "partage solidaire des responsabilités", et une ouverture pour augmenter les contributions allemandes au budget européen, plutôt que sur des budgets équilibrés, comme cela avait été le cas sous le règne de Schäuble.

Quant à la CDU, qui est pourtant majoritaire au sein de cette coalition, elle a récupéré relativement peu de postes au sein de ce nouveau gouvernement.

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