C'est tendu entre Ecolo et le cdH après le scandale Veviba: voici pourquoi

Veviba est le scandale alimentaire du moment. Au-delà de la responsabilité de l'Afsca, une députée Ecolo a pointé du doigt le bourgmestre de Bastogne Benoît Lutgen (cdH) et le ministre de tutelle pour une histoire de collusion. Le président du cdH contre-attaque ce matin et parle de "méthodes dignes de Donald Trump". Ambiance.

Depuis quelques jours, le secteur de la viande est en ébullition. En cause, l'entreprise Veviba à Bastogne qui dessert 30% du marché de la viande en Belgique. Il est notamment reproché à cet atelier de découpe du groupe Verbist d'avoir falsifié des dates de congélation. Un camion à destination du Kosovo emmenait par exemple dans sa remorque de la viande âgée de douze ans. Miam.

"Système CDH"

Si Ecolo a directement pointé du doigt la responsabilité de l'Afsca (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire) qui était au courant depuis 2016, des documents lui ont permis d'affirmer une certaine collusion entre le groupe, Benoît Lutgen, bourgmestre de Bastogne, et l'administration wallonne et son ministre de tutelle: René Collin (tous cdH).

On peut y lire une demande de Benoît Lutgen à la Région pour étudier "préfaisabilité d'un Centre d'interprétation de la viande et d'un Centre d'engraissement permettant la formation et la recherche expérimentation". Coût de l'étude: 50.000 euros. Une demande qui suit une rencontre: celle de Benoît Lutgen avec le patron du groupe Verbist, en plus du chef de cabinet de René Collin. Le but du bourgmestre: établir une place forte de la viande sur sa commune.

Il n'en fallait pas plus pour la députée Ecolo, Hélène Ryckmans, de parler "de système cdH": "Ces demandes de subsides entre copains, c'est juste hallucinant, surtout quand on sait que le cdH, quelques jours plus tard, allait faire tomber le gouvernement sur des questions de gouvernance", déclare-t-elle dans l'Avenir.

Le point trumpien

La réponse des humanistes s'est faite en deux temps: d'abord celle du ministre de l'Agriculture René Collin qui a parlé de "populisme" sur les antennes de la Première. Il estime que la demande de cette étude de faisabilité s'est fait au service "de l'intérêt général" et que de toute façon, en bout de compte, le subside n'a pas été accordé.

Mardi en commission conjointe de l’Agriculture et de l’Économie, l'affaire Veviba a fat l'objet de débat. Très vite, les discussions ont tourné autour de cette polémique. René Collin a même évoqué la possibilité d'aller en justice contre la députée. Hélène Ryckmans modifiait légèrement son propos, indiquant que le cdH, comme tout le monde, avait été abusé par le groupe Verbist.

Pour le reste, on a appris que le groupe Verbist avait récolté pas moins de 5,5 millions d'euros de subsides en tout genre depuis 2000. La Région réclame maintenant cet argent.

Ce mercredi matin, Benoît Lutgen sort la tronçonneuse: pour lui, Ecolo a "des méthodes dignes de Trump. Je ne savais pas qu’Ecolo allait verser dans la démagogie et utiliser des méthodes de propagande". L'objet de son courroux: un tweet du député bruxellois Alain Maron (Ecolo). On y voit une capture d'écran du JT de la RTBF sur laquelle on découvre une carcasse de viande de Veviba et le nom de Lutgen. Le bourgmestre de Bastogne a précisé qu'il s'agissait en fait d'un éleveur de Vaux-Sur-Sûre qui porte le même nom que lui. Quand le hasard ne fait pas bien les choses.

Benoît Lutgen précise que sa démarche était de renforcer le secteur pour y développer de l'emploi, notamment par la formation. "C’est comme si on vous disait, 'vous avez aidé les emplois à VW Forest', vous êtes donc responsable des fraudes sur les moteurs VW". C’est de l’amalgame et du populisme. Je pensais que ce type de méthode viendrait de l’extrême droite", déplore-t-il pour la RTBF. Ça frappe très fort.

Changer de modèle

Via communiqué, Ecolo tente de recentrer le débat sur le modèle actuel de la filière de la viande. Où la quantité est privilégiée par rapport à la qualité. Ecolo veut également faire la lumière sur le nombre d'aides précises qu'a reçues l'industrie agroalimentaire. Et veut établir "une comparaison par rapport à la filière de transformation de circuit court".

Pour Ecolo, il ne faut jamais perdre de vue que c'est l’industrialisation de l’agroalimentaire qui est la principale cause de ce scandale. Réponse de René Collin: l'ensemble des ministres cdH qui se sont succédé au département wallon de l'Agriculture, Benoît Lutgen, Carlo Di Antonio et lui-même (tous cdH), ont veillé à développer une agriculture sans OGM, biologique, avec des circuits courts, des halls relais.

Mais la hache est loin d'être enterrée entre les deux partis. Sur Twitter la coprésidente des Verts Zakia Khattabi accuse Benoît Lutgen d'avoir "dérapé", et de jeter "un un écran de fumée et n'apporte aucune réponse aux interrogations légitimes".

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