Et si Didier Reynders (MR) devenait... secrétaire général du Conseil de l'Europe

Le vice-premier ministre Didier Reynders voudrait finalement sortir de la politique belge. Plusieurs sources gouvernementales nous confirment qu'il est à la recherche d'un nouveau poste de choix: être secrétaire général du Conseil de l'Europe. Un choix qui n'est pas forcément une surprise: le libéral planifie depuis longtemps sa carrière personnelle.

Si vous posez la question rue de la Loi sur les futurs plans de Didier Reynders (MR), vous recevrez toujours une réponse amusée voire cynique: du type "Didier a toujours des plans", ou "quel écran de fumée est-il encore en train de préparer" ou encore un "si vous le devinez, faites-le-moi savoir". C'est peu de le dire: Reynders s'est construit une solide réputation de joueur solitaire lors des 20 années passées à la rue de la Loi.

Droits de l'homme

Plusieurs sources au sein du gouvernement fédéral nous confirment que le vice-premier ministre MR travaille à la prochaine étape de sa carrière. D'un niveau international: Didier Reynders veut devenir secrétaire général du Conseil de l'Europe. À ne pas confondre avec le Conseil européen de l'UE dont la présidence est assurée par Donald Tusk, qui lui même a succédé à Herman Van Rompuy.

Le Conseil de l'Europe, c'est 47 pays, tous européens en prenant compte la Russie, la Turquie et l'Arménie. Cette organisation internationale, que l'on doit aux Anglais et à Churchill à la sortie de la guerre - ce qui n'est pas courant dans l'Histoire - se concentre maintenant surtout sur le respect des droits de l'Homme et sur la démocratie. C'est d’ailleurs le Conseil de l'Europe qui adopté de la Convention européenne des Droits de l'homme.

L'organisation internationale n'a pas vraiment de pouvoir politique, elle recommande, elle pointe du doigt les États récalcitrants, aux yeux de tous. Notons toutefois que les Russes, les Turcs, les Biélorusses, les Moldaves et les Macédoniens qui en font tous partie ne sont pas réputés pour leur côté démocratique. Mais chaque État doit se prononcer contre la torture et la peine de mort.

Quand soudain, le secrétaire général surgit

Le poste de secrétaire général est une fonction assez prestigieuse. Sans pour autant qu'elle ait un véritable impact. Actuellement, c'est l'ancien ministre des Affaires étrangères norvégien Thorbjørn Jagland qui est en place. Son second mandat touche à sa fin, bien qu'il court jusqu'en 2019. Mais dans ce genre d'organisations, mieux vaut prendre de l'avance et user de tous les moyens diplomatiques pour arriver à sa fin. C'est que ferait actuellement Didier Reynders.

Jagland était récemment l'invité d'honneur des journées diplomatiques belges fin 2017. C'est à cette occasion que tous les ambassadeurs et leurs équipes diplomatiques se rencontrent à Bruxelles pour quelques jours. "On ne savait pas trop ce qu'il faisait là", peut-on entendre en coulisses, "ça devient beaucoup plus clair aujourd'hui".

Le repas chez Bruneau

Reynders a joué un rôle important dans la presse nationale ces derniers mois. D'abord pour ce repas chez Bruneau en compagnie des leaders de la N-VA. Et particulièrement embarrassant pour Bart De Wever (N-VA) et Jan Jambon (N-VA), qui étaient assis à la table. Parce que Reynders a rendu la chose publique: la possibilité d'aller vers des élections anticipées. On ne sait pas très bien qui s'en est tiré dans cette histoire, mais ça n'a finalement pas beaucoup d'importance.

Car les principaux dégâts se situent plutôt dans la relation entre la N-VA et le Premier ministre Charles Michel. Reynders et Michel sont des rivaux de longue date. C'est avec Michel que la N-VA doit faire des affaires, pas avec Reynders, raisonne le Premier ministre. Certaines sources au sein de la coalition affirment toutefois que le clan Reynders ne se serait pas mal comporté si le gouvernement était tombé: il aurait alors eu les mains libres pour accéder à une fonction internationale.

Et puis arrive Bruxelles

En revanche, il est beaucoup plus étonnant que Reynders se soit présenté ou presque comme candidat à la présidence de la Région bruxelloise ces dernières semaines. Le libéral a plusieurs fois adressé des coups acerbes au PS et s'est prononcé en faveur d'une coalition avec la N-VA dans la capitale. Encore une fois, ses collègues dans et en dehors de son parti se demandent à quoi il joue. Rappelons qu'en 2014, Reynders était candidat au poste de Premier ministre sans aucun intérêt pour Bruxelles, mis à part celui de devenir bourgmestre d'Uccle (2012).

2014 a été une année de grande déception pour Reynders. Durant l'été, lui et Charles Michel ont négocié la coalition suédoise, qualifiée alors de kamikaze. Il était persuadé à cette époque que Kris Peeters (CD&V) allait devenir Premier ministre, tout comme la personne concernée d'ailleurs. Mais Wouter Beke (CD&V) en a décidé autrement et a préféré le poste de Commissaire européen pour son parti. C'est lors de cette nuit cruciale que Reynders se serait décidé à s'engager en faveur d'une carrière internationale.

Depuis, le ministre des Affaires étrangères n'a pas perdu cette ambition internationale. C'est pourquoi il se verrait bien à la tête du Conseil de l'Europe, dont les bureaux sont situés à Paris et à Bruxelles, ce qui n'est pas pour lui déplaire (le siège restant lui à Strasbourg). Et puis, ça l'éloignera de certaines polémiques, comme la dernière en date concernant la disparition de 10 milliards d'euros de fonds libyens gelés en Belgique.

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