Donald Trump et Kim Jong-un se rencontreront en mai: invitation surprise ou piège tendu par la Corée du Nord?

Donald Trump et Kim Jong-un se rencontreront au mois de mai prochain. Le leader de la Corée du Nord a envoyé une invitation à son homologue américain par l'intermédiaire d'un officiel sud-coréen, à laquelle il a répondu positivement. Sauf que la plupart des experts conviennent que Trump est en train de faire une grosse bêtise en tombant dans le piège tendu par Kim Jong-un.

Impensable il y a quelques semaines encore, cette annonce est aussi historique qu'inattendue. Cela fait deux ans que les tensions entre Washington et Pyongyang sont à leur paroxysme, à cause des programmes nucléaire et balistique de la Corée du Nord. Ces derniers mois, les tirs de missiles se sont enchaînés et le sixième essai nucléaire de l'histoire du pays a même été conduit en septembre dernier.

La réponse de Donald Trump à l'invitation de Kim Jong-un a été annoncée, ce jeudi tard dans la soirée, par le conseiller national sud-coréen à la Sécurité, Chung Eui-yong, lors d'une conférence de presse à la Maison-Blanche. C'est pendant un long entretien ce lundi entre Kim Jong-un et Chung que le leader nord-coréen a fait part de "son désir de rencontrer le président Trump le plus vite possible". Chung a ensuite transmis oralement cette proposition au président américain. Les deux dirigeants rivaux se rencontreront donc au mois de mai.

"Les grands progrès" de la Corée du Nord

Dans sa grande annonce, Chung a précisé que Kim Jong-un lui avait affirmé qu'il s'était engagé à œuvrer à la "dénucléarisation" de la péninsule coréenne et qu'il avait même promis de s'abstenir "de tout nouveau test nucléaire ou de missile" pendant d'éventuelles négociations.

De son côté, Trump a confirmé sur Twitter dans la nuit qu'il acceptait cette invitation. Saluant "les grands progrès" que la Corée du Nord est en train de réaliser, il souligne toutefois que les sanctions, imposées tant par le Conseil de sécurité des Nations unies que par les États-Unis, "resteront en place tant qu'un accord n'est pas conclu". Aucun plan pour parvenir à une entente entre les deux pays n'a donc été élaboré, et la date et lieu exacts de leur rencontre n'ont même pas été arrêtés.

Mais depuis les Jeux Olympiques d'hiver en Corée du Sud, le Nord semble plus enclin à faire preuve de diplomatie avec le reste du monde. Kim Jong-un a rétabli la ligne téléphonique avec le Sud, et un troisième sommet intercoréen (après ceux de 2000 et 2007) se tiendra même fin avril dans le village de Panmunjom, au milieu de la Zone démilitarisée (DMZ) qui divise la péninsule.

Scepticisme

Malgré ces signes d'ouverture, la plupart des experts sont sceptiques quant à cette rencontre américano-nord-coréenne. "Un travail diplomatique long et soigneusement préparé précède souvent un sommet", explique, par exemple, l'expert sur la Corée Robert E. Kelly. "Trump plonge la tête la première, c'est pourquoi les analystes réagissent avec hésitation à cette nouvelle", poursuit-il.

La plupart disent aussi que Trump est en train de tomber dans un piège tendu par Kim Jong-un: une rencontre avec Trump constituerait une énorme victoire pour sa propagande. Trump ne parviendra certainement pas à "une dénucléarisation permanente", malgré ce que Kim Jong-un a affirmé à Chung. Au lieu de cela, le leader nord-coréen se donne la chance d'organiser un moment photo privilégié avec un président américain. Le prix à payer, le gel des essais nucléaires et balistiques pour les deux prochains mois, est une bagatelle pour la Corée du Nord comparé aux avantages à rencontrer Trump.

Il faut dire que pendant plus de deux décennies, les dirigeants nord-coréens successifs - d'abord Kim Il-sung, puis Kim Jong-il, et maintenant Kim Jong-un - ont essayé de rencontrer un président américain pour discuter d'égal à égal sur l'avenir de la péninsule coréenne. Mais aucun président américain n'avait jusqu'ici accepté; Jimmy Carter et Bill Clinton se sont tous deux rendus en Corée du Nord, mais après leur mandat présidentiel.

"Un coup incroyable"

Jeffrey Lewis, directeur du programme de non-prolifération en Asie de l'Est au Middlebury Institute of International Studies, définit cette invitation comme "littéralement la fin d'un film nord-coréen". Le scénario de ce film étant: la Corée du Nord développe des armes nucléaires et des missiles balistiques, forçant le président américain à venir à Pyongyang.

"La réunion est un coup incroyable pour Kim", poursuit Lewis. "Le message qu'il donne est celui-ci: Saddam et Kadhafi ont été désarmés et ils sont morts, j'ai achevé mon programme d'armement nucléaire. Et je vais avoir un sommet avec le président des États-Unis."

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