Le rapport tant attendu sur le Soudan et Francken est sorti, il n'y aurait pas eu de cas de torture 

Aujourd'hui, l'affaire Soudan-Francken a pris fin. Le rapport d'enquête est sorti et a été examiné ce matin par le kern. Selon celui-ci, il n'y aurait pas eu de cas de torture, voilà qui va permettre à Theo Francken de souffler. Les rapatriements vers le Soudan devraient reprendre sous certaines conditions, a déclaré le Premier ministre Charles Michel.

"Les Soudanais expulsés ont-ils été torturés?" Et aussi: "Est-ce que le Secrétaire d’État à l'Asile et à la Migration était au courant des faits? Aurait-il pu faire quelque chose?"

Les réponses à ces questions à propos d'une affaire, qui occupe la Rue de la Loi depuis fin 2017, ont été dévoilées aujourd'hui. C'est Dirk Van den Bulck, le chef du Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides, qui a rédigé ce rapport pour Jan Jambon, le ministre de tutelle de Francken. Ce rapport devait examiner si oui ou non des Soudanais expulsés de Belgique dans le cadre de la politique du Secrétaire d’État à l'Asile et à la Migration Theo Francken (N-VA), ont été torturés.

Fin de l'affaire

Après avoir examiné le dossier ce matin, le kern (conseil restreint des ministres) a tenu une conférence de presse. Charles Michel (MR) s'est exprimé et a indiqué que selon le rapport, les missions d'identifications et les retours vers le Soudan pouvaient reprendre moyennant le respect de certaines recommandations. Lors de cette conférence de presse, on a également appris qu'il y avait des "doutes sérieux" quant aux témoignages de torture diffusés. Après une rencontre cette après-midi avec le commissaire général aux réfugiés et aux apatrides Dirk Van den Bulck, le gouvernement se prononcera sur "les leçons politiques à tirer" de cette affaire.

Retour sur la polémique

Ce rapport a été un des moyens utilisés pour réduire la tension autour de Francken fin 2017 et gagner du temps pendant toute la durée de l'opération. Juste avant les vacances de Noël, Jambon avait découvert les témoignages de Soudanais potentiellement torturés. Ce sont ces témoignages qui ont mis le feu à aux poudres et fait trembler Francken.

Mais cette affaire a en fait duré plusieurs mois avant d'exploser en décembre dernier. Elle concerne donc des Soudanais qui résidaient illégalement en Belgique et qui ne souhaitaient pas demander l'asile dans notre pays mais qui voulaient se rendre au Royaume-Uni. La Belgique aurait alors travaillé avec le gouvernement soudanais, une dictature, pour identifier les migrants illégaux et les renvoyer dans leur pays. L'opposition est alors montée au créneau pour dénoncer l'acte et le fait d'avoir prévenu le régime soudanais. Mais il semblerait que la Belgique ne soit pas la seule à avoir fait ce genre d'approche: tous les pays européens l'auraient fait aussi.

Francken, le feu aux fesses

En décembre, un rapport avait conclu que les Soudanais renvoyés au pays avaient en effet été torturés et avaient reçu des coups de bâton. L'opposition s'était alors indignée et même au sein de la majorité, la demande avait été faite de suspendre les expulsions. C'est surtout lorsque le CD&V a sorti l'artillerie contre Theo Francken que cela a commencé.

"Je veux être ferme et clair à ce sujet", avait conclu le Premier ministre Charles Minchel (MR). "Il n'y aura plus de rapatriement au Soudan, au moins jusqu'à la fin du mois de janvier." Et devant les caméras de VTM, Francken avait répondu de manière virulente à Michel: "Le Premier ministre ne peut pas dire qu'il a décidé qu'il n'y aura pas de rapatriement, car il n'y en a pas de prévu avant la fin du mois de janvier".

Après ces propos, Theo Francken s'était excusé auprès de Michel. Mais l'affaire est devenue plus sérieuse lorsqu'il s'est avéré qu'un rapatriement était en effet prévu le 13 janvier.

"J'ai maintenu la communication comme quoi aucun vol n'était prévu" avait finalement déclaré Francken. Mais dans les faits, ce n'est pas donc pas ce qu'il a appliqué. "Les rumeurs créent toujours un effet d'aspiration dans la migration, je ne voulais pas envoyer le mauvais signal comme quoi les Soudanais ne seraient plus renvoyés et que nous devenions ainsi la terre d'accueil de l'Europe." Une explication qui a donc mis en avant ses précédents mensonges.

Mensonges? Ou "maintien de la communication"?

"Il a menti", a déclaré l'opposition avec acharnement en augmentant ainsi la pression sur Theo Francken. Karel De Gucht (Open Vld) avait déjà demandé le renvoi du Secrétaire d’État, en raison de "l'inaptitude humaine" pour ce travail. Ce n'est que lorsque le CD&V est venu avec un vote à ce sujet, soutenu notamment par l'eurodéputé Ivo Belet, et le président du parti Wouter Beke, que l'affaire a pris la tournure d'une vraie crise. Et quand Gwendolyn Rutten a également interrogé Francken, le président de la N-VA, Bart De Wever avait réagi comme un bazooka: "Si Francken doit partir, le gouvernement tombera. C'est aussi simple que ça."

Finalement, le Premier ministre a réagi lui aussi avec acharnement: "Je ne laisse personne me faire du chantage". Bref, tout ça avait créé de grosses tensions entre les principaux partenaires de la coalition, qui sont finalement retombées sans faire d'étincelle. De Wever a précisé que, même si le rapport s'avérait être négatif sur la conduite de l’État belge et que les les tortures étaient confirmées, Francken ne se retirerait pas. Les partenaires de la coalition ont dû se contenter de cette explication et le gouvernement est retourné à ses affaires.

La tension avait déjà disparu depuis un moment et personne dans la majorité ne voulait faire face à un nouvel épisode. En tout cas, les résultats de ce rapport vont faire souffler un homme, Theo Francken.

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