La mauvaise ambiance au sein de l'Agence de contrôle nucléaire met-elle en danger la surveillance de nos centrales?

À l'heure où la sortie du nucléaire fait débat, un audit épingle la gestion de l'Agence de contrôle du nucléaire. La Libre a pu éplucher le rapport et consulter les réponses des travailleurs: manque de motivation, sentiment d'injustice, management remis en cause... Certains d'entre eux estiment ne pas pouvoir faire leur job correctement. De là à mettre en péril la surveillance de nos centrales?

Début janvier, l'Agence fédérale de contrôle nucléaire faisait savoir au Soir que le réacteur de Doel 3, à l'arrêt depuis mi-septembre, connaîssait des dégradations importantes, notamment au niveau du béton d'un bunker. Alors qu'il était censé reprendre son activité en avril, le réacteur va finalement rester à l'arrêt trois mois supplémentaires, au moins.

Electrabel, l'exploitant, est pointé du doigt pour le manque d'entretien de ses centrales. On se dit alors que l'Agence fédérale de contrôle nucléaire fait son job. Pour rappel, comme elle le précise sur son site, le rôle de l'AFCN est de "de veiller à ce que la population, les travailleurs et l’environnement soient protégés d’une manière efficace contre le danger des rayonnements ionisants.".

Seulement, un audit réalisé par Idewe vient jeter le trouble. La Libre a pu consulter cette grande enquête interne. Dedans, une série de questions ouvertes adressées directement aux travailleurs de l'agence. Ils épinglent "l'incompétence managériale" de leur direction, "le manque de vision". Au point que certains qualifient leur travail de "compliqué et peu motivant".

Une réponse en particulier inquiète: “Quand on approfondit un dossier important pour la sûreté nucléaire, on met d’autres dossiers importants en danger. Je n'ai pas le sentiment de faire correctement mon travail".

Pas une première

D'où cette question: la sûreté de nos centrales et leur contrôle sont-ils en danger? La direction de l'AFCN semble remettre en cause le sérieux de l'audit réalisé par Idewe. Pourtant, ce n'est pas la première fois que des problèmes sont pointés au sein de l'Agence fédérale. Ces critiques ont même mené à un grand plan d'actions qui n'a pas été suivi d'actes si on en croit une source syndicale.

Un administrateur reconnaît lui-même que "le management nie certains problèmes et qu'il a tardé à réagir". En 2012 déjà, toujours selon La Libre, Joëlle Milquet avait demandé au grand patron de l'Agence d'y remettre de l'ordre. Les syndicats estiment que la situation s'est empirée.

Outre ces problèmes internes, une possible sortie du nucléaire en 2025 fait craindre un désinvestissement dans l'Agence de la part d'Electrabel. Car plus Electrabel produit d'électricité, plus l'AFCN reçoit d'argent. "Cette absence de vision sur le financement et les futures missions de l’AFCN ne la rend pas attractive. Des collaborateurs quittent l’AFCN et il pourrait être plus compliqué de recruter de nouveaux profils nécessaires au suivi du dé­mantèlement des centrales et de la gestion des déchets nucléaires", reconnaît un administrateur.

Un autre tente toutefois de rassurer: "Jusqu’ici, le travail de terrain n’est pas impacté. Nous voulons éviter que ce soit le cas à l’avenir.” Eh bien nous aussi.

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