Trop c'est trop: avant que n'éclate le "dieselgate", Volkswagen utilisait des singes pour tester les gaz d'échappement

Nouveau rebondissement dans l'affaire Volkswagen, aussi appelée le "dieselgate": avant que le scandale n'éclate, le constructeur automobile avait utilisé des singes pour tester la toxicité des émissions de ses moteurs diesel sur la santé humaine. Sauf que les moteurs en question étaient dotés du logiciel frauduleux qui visait à tromper sur le taux d'émissions polluantes dégagé par les véhicules. Et que gazer des singes pour disculper ses moteurs, il y a plus éthique comme stratégie de la part d'un géant de l'automobile.

Petit piqûre de rappel: en septembre 2015, l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) révélait au grand jour l'affaire Volkswagen (ou "dieselgate"). Une vaste fraude dans laquelle le groupe automobile a utilisé, pendant plus de 5 ans, un logiciel truqué pour minimiser les émissions polluantes de ses moteurs diesel et essence, et donc respecter les normes fédérales. En tout, plus de 11 millions de Volkswagen, Audi, Seat, Škoda et Porsche, à travers le monde entier, ont été rappelées. Et le groupe VW a été condamné à payer une amende de plus de 20 milliards de dollars.

Mais visiblement, un scandale peut en cacher un autre. Un peu avant que l'affaire n'éclate, des scientifiques de l'association European Research Group on Environment and Health in the Transport Sector ont mené en 2014 une expérience hors du commun dans un laboratoire d'Albuquerque aux États-Unis, rapporte le New York Times qui a eu vent de cette partie du procès toujours en cours contre Volkswagen. L'expérience avait été financée par le constructeur automobile allemand dans le but de prouver que ses moteurs diesel dotés de la toute dernière technologie (en l'occurence le logiciel truqué) étaient moins nocifs pour la santé humaine que les plus anciens. Mais la méthode utilisée laisse sans voix: pour mener ce test, les chercheurs ont utilisé des singes et les ont littéralement gazés.

10 singes devant le pot d'échappement d'une Beetle

Plus précisément, dix singes ont été installés pendant quatre heures dans une chambre étanche à l'air, devant des dessins animés. Pendant qu'ils profitaient du petit écran, les macaques inhalaient en fait les fumées émises par le pot d'échappement d'une Volkswagen Beetle diesel qui tournait à plein régime dans la pièce à côté.

Bien évidemment, les scientifiques n'étaient pas au courant que la voiture utilisée pour le test était équipée du logiciel frauduleux en question, et qu'elle était donc bien plus polluante en conditions réelles sur la route que ce que VW prétendait officiellement. Encore une fois, les résultats (qui n'ont jamais été publiés) ont été délibérément manipulés pour tromper les tests d'homologation et laver les véhicules de tout soupçon.

"Aussi immonde qu'absurde"

Mis au courant par cette nouvelle révélation, Volkswagen a immédiatement réagi dans la presse allemande. "Nous estimons que cette méthode scientifique était une erreur et nous excusons pour celle-ci", a expliqué le constructeur automobile dans un communiqué, tout en rejetant la responsabilité sur l'institut de recherche. Sans toutefois commenter le fait d'avoir caché aux scientifiques la présence du logiciel truqué dans la voiture.

De son côté, le ministre-président de la Basse-Saxe, Stephan Weil, qui est aussi actionnaire majoritaire de la compagnie automobile allemande, n'en revient pas. "Faire inhaler de force des gaz à dix singes pour prouver que le plus gros des émissions toxiques n'y est plus, c'est tout aussi immonde qu'absurde", a-t-il commenté dans la presse allemande.

C'est clair que cette histoire ne va pas redorer de si tôt l'image de Volkswagen...

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