La guerre se poursuit: les coursiers de Deliveroo occupent toujours le siège bruxellois pour faire plier la direction

Depuis mercredi soir, une petite vingtaine de coursiers de Deliveroo se relayent pour occuper le siège bruxellois de la compagnie, et cette action se poursuivra toute la matinée. Cette après-midi, une délégation spéciale rencontrera Kris Peeters (CD&V) pour faire avancer l'enquête que le ministre leur a promise depuis des mois. La direction a elle annoncé qu'elle ne discuterait pas tant que les coursiers occupent le bâtiment. C'est pour l'instant le blocage.

La deadline du 31 janvier approchant à grands pas, les coursiers de Deliveroo multiplient les actions dans l'espoir de faire revenir la direction sur sa décision d'imposer à tous le statut d'indépendant. Après plusieurs rassemblements, opérations "zéro commande" et une grève générale ces dernières semaines à Bruxelles, Liège, Gand, Malines et Anvers, le Collectif des Coursier-e-s/KoeriersKollectief, qui rassemble la plupart des travailleurs réguliers, a décidé d'occuper le siège bruxellois de la capitale, situé rue du Monastère à Ixelles.

L'occupation a débuté ce mercredi après-midi et se poursuit ce jeudi toute la matinée, indique le Collectif sur sa page Facebook. Pour rappel, cela fait des mois que ses représentants multiplient les rencontres par mail, téléphone et en vis-à-vis avec la direction de la compagnie pour négocier ce changement de statut. Car une fois leur contrat avec la SMart rompu, ils se verront imposer une rémunération horaire et non plus à la livraison, ce qui représente, pour certains, une diminution de salaire de 30 à 40 %. Comme tout indépendant, leurs protection sociale, assurances et autres frais (de téléphone et de réparation de vélo notamment) seront à leur charge.

La loi De Croo pour dégrader encore les conditions de travail des coursiers réguliers

D'autant plus que Deliveroo vient d'être reconnu par le gouvernement comme une plateforme numérique, dans le cadre de la loi De Croo sur l'économie collaborative. Cela signifie que les coursiers bénéficieront d'un régime fiscal préférentiel (une taxation allégée à 10 % sur leur salaire ainsi qu'une exonération de TVA et de cotisations sociales), si et seulement ils ne gagnent pas plus de 5.100 euros par an. Une manière donc pour Deliveroo de se débarrasser des coursiers à temps plein pour privilégier des étudiants et livreurs occasionnels.

Pour l'instant, "la direction n'a envoyé personne pour tenir cette discussion et souhaite lever le siège par voie judiciaire", indique ce matin la CNE à Belga. "Elle n'a pour le moment pas obtenu son jugement en référé pour pouvoir le faire", poursuit le syndicat chrétien. Ils sont donc une vingtaine à occuper encore les lieux, se relayant les uns les autres pour apporter à boire et à manger.

Rencontre avec Kris Peeters

À 14 heures, une délégation de coursiers a rencontreé le ministre de l'Emploi, Kris Peeters (CD&V) à son cabinet (rue Ducale à Bruxelles), pour savoir où en est l'enquête sur les pratiques de Deliveroo. Celle que le ministre a commandée à l'inspection sociale en octobre dernier, mais qui n'a jusqu'ici débouché sur rien de concret. Mais malgré cette réunion, aucun accord n'a été trouvé: quatre coursiers occupent toujours le siège de l'entreprise ce jeudi soir.

De son côté, Deliveroo fait toujours la sourde oreille. La société collaborative n'entend pas rencontrer les coursiers tant qu'ils occupent le siège de Deliveroo à Ixelles. Pour l'heure, Deliveroo entend toujours maintenir l'échéance du 31 janvier pour imposer à ses livreurs le statut d'indépendant.

Ecolo, qui a rencontré les différents acteurs, reste persuadé qu'un arrangement peut être trouvé, "notamment par l'établissement d'une convention collective de travail", explique Gilles Vanden Burre, député fédéral. Il espère un geste fort de Kris Petters pour mettre en place "des conditions de travail dignes du 21e siècle.

Petit aperçu de leur occupation hier soir:

Déjà lu?