“Un esprit de laisser-faire, laisser-aller”: la mauvaise gestion du Siamu est connue depuis 22 ans

La gestion catastrophique du Siamu a été révélée par La Libre en décembre dernier. Un rapport de la Cour des comptes pointait de gros manquements, notamment au niveau de l'attribution des marchés publics. Ils étaient complètement laissés aux agents du Siamu. Si la responsabilité de la secrétaire d'Etat Cécile Jodogne semble être engagée, cette mauvaise gestion n'est pas nouvelle: un rapport qui date d'il y a 22 ans pointait les mêmes constats. 

Le Siamu est le Service régional d'incendie et d'aide médicale urgente de Bruxelles. En décembre dernier, un rapport de la Cour des comptes faisait un constat pour le moins accablant: non-respect des règles des marchés publics, absence de contrôle, personnel parachuté, méconnaissance du rôle de chacun...

Depuis ces révélations, le parlement bruxellois mène son enquête au sein du Siamu non sans tomber sur quelques surprises. Tous ont été entendus: aussi bien les dirigeants de l'aile administrative que ceux de l'opérationnelle (pompiers). Il en ressort que la responsabilité de Cécile Jodogne (DéFi), secrétaire d'État en charge du Siamu, est engagée. Non pas pour avoir participé à ces agissements, mais pour ne pas avoir réagi assez vite.

1996

Sauf que cette mauvaise gestion n'est pas nouvelle. Après les premières révélations de La Libre, nous vous démontrions, témoignages à la clé, combien le système tout entier était gangrené, et ce, depuis de longues années.

Si on devait encore en avoir la preuve, La Libre a mis la main sur un rapport qui date de 1996 et qui pointe les mêmes constats: dysfonctionnements, laxisme, mauvaise communication entre les deux ailes et “un esprit de laisser-faire, laisser-aller”.

“Les fonctions de manager ne sont pas suffisamment assumées à plein temps. Le personnel opérationnel qui les assume combine des tâches administratives avec des tâches opérationnelles d’officier pompier", assure le rapport. Soit exactement le même constat que faisait pour nous Eric Labourdette, président du secteur zones de secours du SLFP depuis 2004, et actif au SIAMU depuis plus de 30 ans.

Responsabilités politiques

Pour Vincent De Wolf, chef de groupe MR au Parlement bruxellois, Cécile Jodogne n'a pas répondu assez vite et assez fort. Il estime que la Secrétaire d'État "était au courant de tout". En place depuis 2014, Cécile Jodogne "a répondu sommairement à la Cour des comptes, se cachant derrière une ré­forme lente et décriée. Et elle n’a pas jugé utile d’avertir le gouvernement bruxellois des constats établis par la Cour. Du moins pas avant la révélation par le groupe MR du rapport", s'indigne Vincent De Wolf dans La Libre, même s'il reconnait que "les ministres qui se sont succédé auraient pu rétablir l'ordre".

Eric Labourdette pointait déjà les responsabilités politiques en décembre dernier: "Certains membres du personnel administratif ont été parachutés par le monde politique, issus des cabinets ministériels". Juristes, comptables, spécialistes des marchés publics... les cabinets de Charles Picqué, Rachid Madrane, Emir Kir et Rudi Vervoort (PS) sont cités au gré des différentes législatures. C'est tout un système qui est visé: "Les services publics bruxellois sont tellement noyautés par la politique que tout le monde se renvoie la balle dans cette histoire".

En attendant, Cécile Jodogne a transmis le rapport de la Cour des comptes au procureur du Roi en vue de "qualifier juridiquement" d'éventuelles fautes répréhensibles. Au parquet maintenant de mener son enquête.

Déjà lu?