Une question s'impose: dois-tu te dépêcher de faire un bébé suite à la réforme des allocations familiales?

La commission de l'Action sociale du Parlement wallon a voté à l'unanimité la réforme des allocations familiales. La Wallonie est ainsi la première région du pays à valider son modèle suite à la 6e réforme de l'État. Et ce n'est pas rien: les allocations familiales pèsent 2,25 milliards d'euros, soit 15% du budget wallon. Ecolo pointe néanmoins quelques réserves. La cohabitation de deux systèmes au sein d'une même famille pourrait influencer ton choix de l'agrandir.

Que les choses soient claires dès le départ: on ne fait pas d'enfants pour obtenir de l'argent. En principe. On peut toutefois se montrer prévoyant et anticiper au mieux l'avenir en connaissance de cause. Et il y a une chose que tu dois savoir avant d'agrandir ton clan: la réforme des allocations familiales a toutes les chances de modifier les règles en vigueur le 1er janvier 2019.

Unanimité?

D'abord parce que la réforme vient de passer le stade de la commission parlementaire. Initiée à la base par le gouvernement précédent (PS-cdH), cette réforme des allocations familiales découle de la défédéralisation de certaines compétences suite à la 6e réforme de l'État. Elle a été reprise par la nouvelle majorité (MR-cdH) transitant de l'ex-ministre Maxime Prévaut à la ministre de l'Action sociale actuelle, Alda Greoli (cdH). Cette réforme a fait l'unanimité en commission, faisant de la Wallonie la première Région à adopter son nouveau modèle. Il lui reste donc à passer le stade de la séance plénière (dans 15 jours) pour entrer en vigueur l'année prochaine, si aucun retard administratif n'est prévu.

Une unité toutefois relative puisqu'Ecolo n'avait pas de droit de vote en commission et s'abstiendra lors de la séance plénière. Matthieu Daele (Ecolo), député wallon, a émis plusieurs réserves sur cette grande réforme.

Mais d'abord, que prévoit-elle comme changements cette réforme? Chaque enfant né après le 1er janvier 2019 recevra une allocation de 155 euros par mois jusqu'à ses 18 ans et de 165 euros de 18 à 24 ans. Cette réforme met fin au système de rang: peu importe que ton enfant soit le premier ou le troisième, chacun bénéficiera des mêmes primes. Avec un montant de base plus élevé que dans l'ancien système pour chaque enfant.

Trois effets pervers

Si la ministre de la Culture Alda Greoli (cdH) se félicite "d'un système plus lisible avec plus d’égalité entre enfants". Mathieu Daele (Ecolo) se montre beaucoup plus mesuré, et ce, pour plusieurs raisons.

Il pointe d'abord la possible cohabitation des deux systèmes au sein d'une même famille. Imaginons une famille de trois enfants dont le dernier naîtrait en 2019. Si le montant par enfant est plus élevé, le total ne l'est pas. Avec la suppression de l'augmentation des allocations familiales selon le rang de l'enfant, une famille peut perdre jusqu'à 100 euros par mois (voir tweet). Multiplié par 18 ans, cela pourrait faire une différence de plus de 20.000 euros. De quoi te faire réfléchir avant d'agrandir la petite famille.

Ce constat est partagé par la Ligue des Familles qui était entendue en commission ce . Si l’association se dit satisfaite "à 80%" de la réforme, elle pointe aussi cette cohabitation perverse de deux systèmes. C'est pourquoi la Ligue des Familles demande "une compensation, uniquement pour ses familles".

Le réseau wallon de lutte contre la pauvreté est globalement beaucoup plus mesuré. Eux voulaient profiter de la réforme pour faire des allocations familiales un véritable outil pour réduire les inégalités: "Non pas que les allocations puissent sauver le monde en ce qui concerne la pauvreté. Mais elles ont leur place dans l’arsenal", peut-on lire dans l'Avenir ce mercredi. Il est vrai que ces revenus sont essentiels pour une famille sur cinq.

Interrogé par newsmonkey, Matthieu Daele partage le même constat: "Les compléments sociaux sont insuffisants", nous rapporte-t-il. Il s'agit en fait de correctifs qui permettent une meilleure adaptation à la réalité du terrain. Un parent seul recevrait par exemple davantage de revenus. Ce sera bien le cas, mais sans doute pas assez: "A ce stade, le modèle wallon n’aura qu’un faible impact sur le taux de pauvreté", maintient Christine Mahy du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, dans des propos toujours rapportés par l'Avenir.

Incohérence entre Bruxelles et la Wallonie

Mathieu Daele nous fait part d'un troisième effet pervers: il s'agit du plafonnement des rémunérations des parents. Plutôt que d'utiliser des grilles, comme c'est le cas pour d'autres allocations, le système met en place un système de paliers. Si bien qu'à un euro près, on peut se retrouver perdant.

Ce plafonnement des rémunérations influence justement les montants des suppléments sociaux. Une femme qui élèverait seule son enfant pourrait ainsi perdre jusqu’à 165 euros par mois si son patron décidait de l'augmenter pour passer la barre des 30.386 euros par an. Même constat concernant le deuxième pallier à 50.000 euros (deux parents) mais dans une moindre mesure. Cela peut quand même faire un trou dans le budget familial de 2.000 euros par an. Pas négligeable si on le multiplie sur plusieurs années.

Enfin, on peut pointer l'incohérence entre la Région wallonne et la Région Bruxelles-Capitale. "Benoît Lutgen vantait il y a quelques années un modèle francophone unique pour les deux Régions. On doit constater que la ministre cdH en Wallonie avance sans la ministre cdH de Bruxelles", constate Matthieu Daele.

C'est en effet le blocage complet dans la capitale. Laurette Onkelinx assurait même vouloir trouver une majorité alternative, avec Ecolo, si aucune solution n'était trouvée à court terme.

Au niveau wallon, difficile de savoir si les remarques d'Ecolo et des deux associations vont être prises en compte. Sans doute pas au vu de l'unanimité. Si tu veux agrandir ton clan, tu sais ce qu'il te reste à faire: concevoir un bébé en mars et pas en avril, ils bénéficieront ainsi tous du même système. Et si tu en es à ton premier, mieux vaut, au contraire, attendre les beaux jours de l'été.

À moins que tu préfères laisser la place à la spontanéité, ce qui est très bien aussi.

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