Scandale en vue? Le gouvernement belge envisagerait de construire... une nouvelle centrale nucléaire

Le gouvernement fédéral est en train d'étudier les différents scénarios possibles, pour trouver une solution au pacte énergétique, toujours bloqué par la N-VA, et à la sortie du nucléaire en 2025. Parmi les options sur la table figurerait la construction d'une nouvelle centrale nucléaire. Si si, c'est une information très sérieuse qui nous vient de nos confrères de La Libre.

En pleine négociations houleuses sur la sortie du nucléaire en 2025, tel qu'écrit noir sur blanc dans la loi et dans l'accord de gouvernement, et alors que nos réacteurs sont vétustes et se mettent en pause pour un oui ou pour un non (dernièrement Doel 3), cette annonce fait clairement l'effet d'une bombe.

En effet, le gouvernement fédéral plancherait sur la construction d'une toute nouvelle centrale nucléaire, indique ce jeudi La Libre Belgique sur base d'informations "recoupées à plusieurs sources". Cette hypothèse figurerait parmi les pistes de réflexion sur la table, pour résoudre l'inextricable pacte énergétique.

Ni confirmé, ni infirmé

Plus précisément, le gouvernement fédéral a demandé à Johan Albrecht (professeur à l'université de Gand et expert énergie à l'Institut Itinera) ainsi qu'au Bureau du plan de chiffrer l'impact de différents scénarios possibles. Et selon La Libre, la construction d'une nouvelle centrale nucléaire en 2040 s'y retrouve. Contacté par le journal, le cabinet de la ministre fédérale de l'Énergie Marie Christine Marghem (MR) s'est bien tenu de confirmer ou d'infirmer l'information. De son côté, le Premier ministre Charles Michel s'est contenté de répondre évasivement à la Chambre cette après-midi que "toutes les possibilités pourraient être envisagées", propos relayés par L'Écho.

Pour le moment, il ne s'agit donc que d'une réflexion "tout à fait théorique" tenant compte d'"hypothèses minimalistes" et "maximalistes", souligne Belga en reprenant également la nouvelle. Le Conseil des ministres restreint (Kern), soit le Premier ministre entouré des vice-Premiers ministres du gouvernement, examinera ce vendredi la "méthodologie" de l'exercice de chiffrage du pacte.

Et derrière cette idée explosive... la N-VA? Il est clair que la construction d'une nouvelle centrale nucléaire était un point du programme électoral des nationalistes flamands. Montés au gouvernement, ils n'ont plus remis cette proposition sur la table, en tout cas jusqu'à aujourd'hui. En 2015, ils avaient même marqué leur accord sur une sortie du nucléaire en 2025. Mais depuis la fin de l'année, ils bloquent le pacte énergétique, au motif que la sortie du nucléaire en 2025 ne permettrait pas, à ce stade, d'atteindre les objectifs financiers et d'approvisionnement de l'électricité. Pour le parti de Bart De Wever, au moins les deux réacteurs les plus récents devraient rester en activité. Pourtant, les quatre ministres belges de l'Énergie (Marie-Christine Marghem (MR), Bart Tommelein (Open VLD), Jean-Luc Crucke (MR) et Céline Fremault (cdH)) s'étaient, eux, mis d'accord sur cette sortie du nucléaire.

"L'agenda caché du gouvernement?"

Il fallait s'en douter, cette annonce a provoqué une levée de boucliers dans les rangs de l'opposition. Après avoir réagi à la Chambre, nombreux sont les élus qui se déchaînent en ce moment sur les réseaux sociaux. "Vous avez répondu que "vous étudiez toutes les possibilités" à ma question de savoir si vous envisagiez de construire une nouvelle centrale nucléaire. Vous l'envisagez donc", a, par exemple, tweeté le porte-parole du PTB Raoul Hedebouw, visant le Premier ministre.

"Pacte énergétique: les chiffres, le gouvernement belge les connaît. Trois ans perdus: le pays a besoin d'autre chose. Nous apprenons maintenant que la construction d'une nouvelle centrale nucléaire est à l'étude: est-ce exact? Quelles sont les avancées?", s'interroge pour sa part le cdH sur son compte Twitter. "Je n'entends pas de démenti à propos de l'étude sur la construction d'une nouvelle centrale nucléaire. Est-ce l'agenda caché du gouvernement?", remet une couche Michel de Lamotte (cdH).

La ministre bruxelloise de l'Énergie, Céline Fremault (cdH), a, quant à elle, témoigné de son incompréhension. "Si c’est exact, c’est réellement problématique, contraire à la nécessaire vision de l’avenir énergétique et à l’encontre des déclarations récentes du Premier", a-t-elle tweeté.

"Encore un revers pour le Premier ministre fantôme?"

Le PS a également réagi par la voix de Karine Lalieux (PS). "Pourquoi réaliser ce genre d'étude si le gouvernement voulait vraiment sortir du nucléaire? Encore un diktat de la N-VA? Encore un revers pour le Premier ministre fantôme?", déplore-t-elle sur son compte Twitter. Jean-Marc Nollet (Ecolo) s'est, lui, contenté de commenter "De mieux en mieux...", sur son compte Twitter.

Pire encore, même le président du MR, Olivier Chastel, n'est pas du tout favorable à ce projet. Invité sur le plateau de l'émission "Jeudi en prime" de la RTBF, il a coupé court à toute spéculation. "Il n’est pas du tout question d’une nouvelle centrale nucléaire. Le chiffrage demandé nous permettra de démontrer que c’est impayable", a-t-il réagi ce jeudi soir.

Rappelons tout de même que la Belgique détient le triste record du monde de l'indisponibilité imprévue de ses centrales nucléaires. Alors que la moyenne mondiale se situe sous les 4 %, la Belgique caracole en tête avec plus de 25 %, loin devant l'Iran (13,5 %) et la République tchèque (8,8 %). Tu l'auras compris, cette nouvelle centrale est tout sauf une bonne idée.

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