Les coursiers de Deliveroo mettent la pression et lancent une "opération ZÉRO commande" pour ce samedi

Les travailleurs de Deliveroo en ont assez. Après le rassemblement à Ixelles lundi, le "Collectif des Coursier-e-s", qui les représente, a contacté la compagnie et lancé un nouvel ultimatum. Si elle ne revoit pas le changement de statut et de contrat, prévu pour tous ses coursiers à partir du 31 janvier, une nouvelle grève aura lieu ce samedi. Mais, cette fois, "plus conséquente" que celle de lundi. Contacté par newsmonkey, le porte-parole du Collectif, Douglas Sepulchre, prévoit une soirée "très très mouvementée".

La crise continue de faire rage chez Deliveroo. En cause, l'obligation pour tous les coursiers de s'inscrire comme travailleurs indépendants, et ce à partir du 31 janvier. Plus possible donc de passer par la SMart, qui leur garantissait, entre autres, une rémunération horaire (et non pas à la livraison), une assurance en cas d'accident de travail, ainsi qu'une prise en charge partielle des frais de téléphone et de réparation du vélo. De quoi craindre une diminution de 30 à 40 % de leur salaire, selon des simulations réalisées par certains coursiers.

Et comme la direction ne daigne pas changer son fusil d'épaule, des dizaines de coursiers se sont déjà rassemblées lundi soir dans la rue du Bailli à Ixelles, à l'appel du Collectif des Coursier-e-s qui rassemble environ 250 membres (soit la plupart des travailleurs réguliers de Deliveroo). Le 8 janvier étant la date jusqu'à laquelle la compagnie avait demandé à ses employés "de garder leur calme".

"Nous avons refusé de livrer nos commandes et nous nous sommes rendus devant une dizaine de restaurants partenaires de Deliveroo (...) Ils ont tous acceptés de se déconnecter de l'application et de refuser de nouvelles commandes. Ainsi, autour de 20h30, Deliveroo était hors-service sur la zone d'Ixelles", voilà le bilan de cette grève que tire le Collectif sur sa page Facebook. Et tant que la grogne des coursiers ne sera pas entendue, de nouvelles actions seront possibles dans les jours et semaines à venir.

"C'est notre ligne rouge"

De fait, une "opération ZÉRO commande" est déjà planifiée pour ce samedi 13 janvier. Après le rassemblement de lundi, "on revient avec une grève plus conséquente à Ixelles mais aussi dans le centre de Bruxelles", annonce Douglas Sepulchre, le porte-parole du Collectif, contacté par nos soins. "On a recontacté Deliveroo, on leur a envoyé un mail et adressé de nombreux appels dans la presse. On attend une réponse maintenant", explique-t-il pour justifier cette nouvelle action.

"Nos revendications restent les mêmes. La dernière fois, ils n’ont pas répondu favorablement. Avec la grogne de la grève de lundi, ils ont proposé de nouvelles choses, mais qui n’étaient toujours pas satisfaisantes", continue-t-il en espérant que la direction reviendra, cette fois, avec de vraies propositions acceptables pour ses travailleurs. Sans quoi, "on ira jusqu’à ce qu’on gagne. Le contrat de travail est un argument non négociable: on ne deviendra pas indépendant. On veut pouvoir choisir entre être indépendant ou salarié, garder notre contrat à la SMart ou pas. Et ça, c’est notre ligne rouge", prévient Douglas.

D'ailleurs, la grève de samedi sera annulée "s'ils [Deliveroo, ndlr] acceptent de discuter avec nous et font preuve de raisonnabilité", concède le porte-parole du Collectif. "On sera prêt à négocier jusque samedi 17 heures, sinon on commence la grève à 18 heures", convient-il encore.

"#OnVaCuisiner"

Pour l'instant, l'événement créé hier soir sur Facebook par le Collectif des Coursier-e-s rassemble plus de 35 "participant(e)s" et plus de 100 "intéressé(e)s". Mais ces chiffres grossissent d'heure en heure. Toi-même, tu peux enfourcher ton vélo (ou rester à pied) et participer à l'événement, qui est ouvert au public.

À la manifestation de lundi, "Deliveroo parlait d'une cinquantaine de personnes, mais nous on comptait 70 à 80 personnes dont une soixantaine de coursiers grévistes", nous précise Douglas tout en souhaitant "au moins autant de participants" pour ce samedi. Il promet donc que la soirée sera "très perturbée" voire "très très mouvementée".

Pour le consommateur, "on espère qu’il sera impossible de passer commande dans le centre", ne cache-t-il pas. Au lieu de dégainer l'application, "on souhaite que les clients se joignent à nous, cuisinent eux-mêmes et nous soutiennent en partageant nos photos sur les réseaux sociaux avec le hashtag #OnVaCuisiner". Pour les Bruxellois, vous savez ce qu'il vous reste à faire ce samedi!

Ecolo et Groen dénoncent des conditions de travail "tout à fait inacceptables"

Heureusement, dans cette affaire, les coursiers ont le monde politique derrière eux, il ne manque plus que la volonté d'agir. Ainsi, en octobre, le ministre fédéral de l'Emploi, Kris Peeters (CD&V), avait demandé à l'inspection sociale d'ouvrir une enquête sur les pratiques de la société de livraison. Le 18 décembre, le ministre était même censé rencontrer le patron de la compagnie britannique. Mais il n'y a eu, jusqu'ici, aucun retour.

Ecolo et Groen comptent donc interpeller à nouveau Kris Peeters. "Étant donné les événements des derniers jours, une initiative législative s'impose pour empêcher ce type de comportement abusif et déloyal", exige ainsi le député fédéral Ecolo Gilles Vanden Burre dans un communiqué envoyé à la presse.

"Aujourd'hui, ces conditions de travail sont devenues tout à fait inacceptables et ne correspondent en rien à une vision de société digne du 21e siècle. Quand les nouveaux projets économiques ou de plateformes sont poussés à précariser l'emploi afin d'être rentable, ce n'est plus de l'innovation mais de la régression économique et sociale", dénonce le député.

Des pistes de solutions existent

Les deux partis verts affirment que des pistes de solution existent bel et bien, sur base d'expériences dans d'autres secteurs. Ils pointent, à ce titre, la Loi postale de 1991 qui stipule que "les travailleurs effectuant des activités de collecte, tri ou distribution d’envois de correspondance devront toujours être employés en vertu d'un contrat de travail". "Pourquoi ne pas appliquer une telle mesure pour les plateformes collaboratives, à partir d'un certain nombre d'heures prestées par mois?", s'interroge alors Gilles Vanden Burre.

De même, la Cour de Justice européenne (CJUE) a tranché, le 20 décembre dernier, que la société de transport Uber doit être soumise aux mêmes réglementations que celles imposées aux taxis et à leurs chauffeurs, et ce partout en Europe. Cette décision pourrait faire jurisprudence et s'appliquer, aussi bien, à Deliveroo. Selon Ecolo et Groen, "les coursiers à vélo devraient [alors] être considérés au même titre que d'autres coursiers transportant d'autres types de marchandises".

Pour résoudre cette crise, "il n'est pas nécessaire de créer un statut supplémentaire répondant aux spécificités du modèle Deliveroo, mais bien d'adapter notre législation à l'émergence de l'économie collaborative", insiste encore Gilles Vanden Burre. Et de conclure: "C'est avant tout une question de volonté politique". À bon entendeur...

Retour en images sur la manifestation de lundi

Attends-toi à un plus gros bazar samedi...

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