"Pur calcul électoral": au tour des frères Dardenne de réclamer la démission de Theo Francken

Au tour des frères Dardenne de passer leur coup de gueule sur l'affaire des Soudanais expulsés et sa mauvaise gestion par le gouvernement. Dans une carte blanche publiée par Le Soir et De Standaard, les deux réalisateurs belges réclament ouvertement la démission du secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration Theo Francken (N-VA).

L'affaire des migrants soudanais passe mal. Il faut dire que Theo Francken (N-VA) est accus d'avoir collaboré avec le régime dictatorial du Soudan dans le but d'identifier et renvoyer tous les Soudanais arrivés "illégalement" sur le territoire belge, alors même qu'il se pourrait que ceux-ci aient été menacés et torturés une fois rentrés chez eux. Une enquête en cours doit aussi déterminer si le secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration n'a pas menti dans l'histoire.

Les voix grondent donc de plus en plus fort pour réclamer sa démission ou son éviction du gouvernement. Après, entre autres, l'opposition (Ecolo, PS et cdH) et, plus surprenant, l'ancien ministre des Affaires étrangères Karel De Gucht (Open VLD) ainsi que le président du CD&V Wouter Beke, c'est au tour des deux cinéastes belges, les frères Dardenne, de monter au créneau.

"Si votre gouvernement avait le sens de la responsabilité politique"

Dans une carte blanche publiée ce mardi par Le Soir et De Standaard, Jean-Pierre et Luc passent leur coup de gueule. Et ils ne mâchent pas leurs mots: "Le moment est grave parce qu'il concerne un principe que tout État de droit se doit de respecter: on ne peut rapatrier des demandeurs d'asile dans un État pratiquant la torture, dans un État où la torture pour ces rapatriés est possible", visant clairement Theo Francken et sa collaboration avec le régime dictatorial d'Omar el-Béchir.

Les frères jugent l?affaire des Soudanais expulsés "trop grave" et réclament ouvertement la démission du secrétaire d'État, en s'adressant directement au Premier ministre Charles Michel. "Si votre gouvernement avait le sens de la responsabilité politique, il aurait déjà demandé, c'est-à-dire obligé, son Secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration de démissionner sans entrer dans des discussions relatives à des enquêtes dont les résultats seront toujours contestables, ou à ses erreurs, fautes, manquements déontologiques, mensonges", déplorent-ils.

"Pourquoi votre gouvernement ne prend-il pas cette décision?"

Ils s'interrogent ensuite: "Pourquoi votre gouvernement ne prend-il pas cette décision?". Et avancent eux-mêmes une réponse "trop évidente". "Vous, Monsieur le Premier ministre et la majorité de votre gouvernement, donnez raison au Secrétaire d'État concernant le rapatriement des réfugiés soudanais ou plus précisément n'osez pas lui donner tort car la question des migrants est électoralement sensible, beaucoup trop sensible". Ce qui entache, pour eux, la crédibilité du Premier ministre Charles Michel et de tout son gouvernement.

Si la majorité ne semble pas vouloir recadrer de si tôt son secrétaire d'État, ce n'est, selon eux, que par "pur calcul électoral" et par "manque de courage politique". Les deux réalisateurs témoignent également de leur "incompréhension" et se rallient à la "colère des citoyens".

Pas prêt de partir

Ils ont donc décidé de marquer leur soutien au mouvement contre le secrétaire d'État, qui est en train de s'organiser au sein de la population. Il faut dire que la manifestation pour réclamer sa démission, qui s'est tenue à Bruxelles samedi dernier, n'avait réuni que quelque 200 personnes. Mais c'est toujours mieux que le rassemblement en soutien à Francken prévu trois jours plus tôt, qui n'avait même pas attiré dix personnes.

Hélas pour eux, le principal intéressé persiste et signe: il a encore affirmé dimanche sur VTM qu'il ne "pensait pas" à quitter le gouvernement. Et son président de parti, Bart De Wever, n'est pas non plus prêt à lâcher son poulain.

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