Theo Francken (N-VA) sous haute pression: les demandes de son départ s'accumulent après "un deuxième mensonge en 24h"

Theo Francken (N-VA) et Charles Michel (MR) viennent de connaître deux jours difficiles. En cause, le renvoi de migrants soudanais avec l'aide de la police politique du pays dictatorial. Après les révélations par une ONG de possibles tortures et mauvais traitements, le secrétaire d'Etat, appuyé à l'époque par le Premier ministre, est mis sous pression. "Deux mensonges" plus tard, le voilà presque contraint à démissionner.

Deux jours que la question des migrants soudanais fait rage à la Chambre. Theo Francken, qui se croyait en position de force, est tout doucement en train de basculer dans l'incertitude. La pression monte, les appels à la démission fleurissent.

Il est non seulement reproché au Secrétaire d'État d'avoir collaboré avec un régime dictatorial pour identifier et renvoyer "les illégaux" chez eux, mais aussi d'avoir menti. Et à deux reprises.

Tout commence hier à la Chambre où le Premier ministre Charles Michel est amené à s'expliquer devant le mécontentement de l'opposition. Le ton monte, les questions sont dures. Theo Francken ne bronche pas de toute la séance. Charles Michel tente de s'en sortir comme il peut, sans les applaudissements de la N-VA.

La majorité a tangué

C'est que la majorité a peu petit peu tangué hier en séance. En cause, des propos de Charles Michel sur le plateau de "A votre avis" sur la RTBF: le Premier ministre promettait de ne plus expulser de Soudanais tant qu'une enquête indépendante ne déterminait les propos rapportés par une ONG dans la presse.

"Absurde", avait jugé Theo Francken dont les propos ont été diffusés une demie-heure avant la séance de jeudi sur VTM: "Il ne doit pas dire qu'il n'y aura plus de rapatriements jusqu'à la fin janvier, car il n'y en a pas de planifié. Il n'y en avait pas non plus de prévu, donc c'est absurde." Ambiance. La tension est palpable entre les deux hommes.

Ce jeudi toujours, face aux témoignages des migrants, mais aussi devant l'existence présumée de quotas d'arrestation, jusqu'ici niés par Jan Jambon (N-VA), ou encore suite à une intervention musclée de la police au parc Maximilien, Ecolo dépose une motion pour interdire de fait les rapatriements forcés, et ce, jusqu'à nouvel ordre.

Cette motion ne sera finalement pas adoptée, remplacée par la motion de la majorité. On a cru un moment que la N-VA ne s'y plierait pas, mais ça n'a pas été le cas. La majorité sauve la face, pour un temps. Une victoire quand même pour l'opposition: aucune date n'est fixée. L'enquête devra d'abord déterminer la véracité des témoignages de migrants. Fin janvier n'est plus la date butoir.

Excuses

Mais coup de théâtre ce vendredi. En fait, des vols étaient bien prévus au départ, pour le mois de janvier. Le secrétaire d'État affirme qu'il ne l'a appris que mercredi, soit après la première intervention de Charles Michel sur la RTBF et avant ses propos tenus sur VTM. Theo Francken s'excuse auprès du Premier ministre et s'explique: "Les rumeurs en matière de migration créent quasi toujours un appel d'air. Je ne voulais pas donner un mauvais signal en indiquant que les Soudanais ne seraient plus renvoyés", s'est justifié M. Francken.

Charles Michel, qui croyait avoir corrigé le tir entre son intervention à la RTBF et ses réponses à la Chambre ce jeudi, s'est finalement trompé en déclarant qu'il était "exact qu'aucun rapatriement n'était programmé avant la fin du mois de janvier". Il doit certainement en vouloir à son secrétaire d'État, mais n'a pas encore fait de déclaration ce vendredi.

"Franken buiten!"

L'opposition, elle, fulmine. Benoît Hellings (Ecolo) parle d'un "deuxième mensonge en 24 heures". Elio Di Rupo demande la démission de Theo Francken "s'il s'avère qu'il a menti". Olivier Maingain demande lui à Charles Michel de prendre ses responsabilités et "de révoquer Theo Francken qui méprise la démocratie" en ajoutant "le mensonge à l'insulte".

"Francken buiten", exige pour sa part la FGTB. Plus tôt dans la journée et plus surprenant, c'est Karel De Gucht, ancien ministre des Affaires étrangères (Open VLD), qui demandait la démission du secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration: "Dans une démocratie digne de ce nom, les politiques doivent assumer les conséquences."

Theo Francken n'a pas réagi à ces demandes répétées.

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