La N-VA met Charles Michel (MR) dans l’embarras: "Je ne laisserai personne torpiller le pacte énergétique"

Parfum de crise au sein de la majorité fédérale. Cela concerne le pacte énergétique et particulièrement la sortie du nucléaire en 2025. La N-VA menace de bloquer l'accord intervenu lundi soir entre les quatre ministres de l’Énergie. Charles Michel a réagi de manière ferme. Mais l'opposition fustige sa dépendance au parti de Bart De Wever.

Lundi soir, les quatre ministres de l'Énergie parvenaient à trouver un accord sur un projet qui doit établir les grandes lignes de la politique énergétique et climatique de la Belgique. Mais mardi soir, coup de tonnerre, le député N-VA Andries Gryffroy annonce dans l'émission Terzake que son parti ne soutiendra pas ce pacte.

Conséquence: la N-VA bloquera l'accord là où elle possède une majorité, c'est-à-dire aux gouvernements flamand et fédéral. En cause, la durabilité et la faisabilité financière du pacte qui seraient compromises. Le point qui pose le plus de problèmes au parti nationaliste est la sortie du nucléaire d'ici 2025, une deadline "intenable" selon le député.

Charles Michel (MR) n'a pas tardé à réagir, lui qui était encore au sommet de Paris sur le climat mardi avec Emmanuel Macron et Schwarzenegger. Si notre Premier ministre y a fait un discours remarqué et salué, il connaît beaucoup plus de difficultés dans son propre pays, et précisément au sein de sa propre majorité.

Il a néanmoins voulu apporter une réponse ferme dans un communiqué: "Je ne laisserai personne torpiller le pacte énergétique. L’objectif reste, ainsi que la Belgique s’y est engagée, de sortir du nucléaire. Nous l’avons rappelé dans l’accord de gouvernement et je l’ai réaffirmé au Parlement."

"Diktat de la N-VA"

Une réponse qui ne convainc pas du tout l'opposition francophone qui l'accuse régulièrement d'être à la botte de la N-VA et de Bart De Wever. "C'est le rôle de Charles Michel de convaincre la N-VA", a estimé André Antoine dont le parti est en majorité avec le MR en Wallonie. "Je suis en colère. Vous avez un effet d'annonce, mais il n'y a jamais d'annonce de faits. Charles Michel a beau proposer, c'est quand même la N-VA qui dispose", a-t-il regretté pour la RTBF. Le député Michel de Lamotte (cdH) appuyait même les propos: "Existe-t-il encore un gouvernement fédéral?".

Car si Charles Michel entend ne pas se laisser faire, il renvoie "la patate chaude" aux régions, selon le député. Le Premier ministre a déclaré qu'il revenait à présent aux Régions de lui dire "comment on arrive à tenir la date de sortie du nucléaire".

Ecolo n'a pas de mot assez dur pour qualifier l'attitude du Premier ministre: "C'est une première marche arrière à 180 degrés. Charles Michel s'est écrasé devant le diktat de la N-VA", a estimé le député Jean-Marc Nollet (Ecolo-Groen). "M. Michel communautarise le débat, en soulignant l'absence de répartition des efforts".

"Faire porter le chapeau aux régions"

Du côté du PS, Karine Lalieux abonde dans le même sens pour la RTBF: "Charles Michel torpille lui-même le pacte énergétique et ne trouve rien de mieux que faire porter le chapeau aux régions! C’est indigne d’un Premier ministre alors même que le Fédéral est compétent pour le nucléaire, le gaz, c’est-à-dire près de 80% de notre production électrique ! Sans compter d’autres leviers essentiels comme la fiscalité environnementale ou le rail."

Olivier Maingain et DéFi entendent eux contourner le veto de la N-VA, via une majorité alternative. "À Charles Michel d'en avoir le courage", a-t-il précisé dans un communiqué.

Après la crise catalane et la politique migratoire de Theo Francken (N-VA) qui ont fait du remous , voilà que le choix du MR de s'allier avec la N-VA au sein de la majorité fédérale est à nouveau critiqué. La coalition kamikaze qu'on lui promettait après les élections est tout doucement en train de prendre forme. Même si Charles Michel se félicite régulièrement de la politique - surtout économique - menée par son gouvernement.

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