Plus de 500 SMS reçus par semaine en moyenne: le numéro belge anti-harcèlement est (malheureusement) un succès

Le premier numéro anti-harcèlement de Belgique a été lancé il y a un peu plus de trois semaines par NextRide. La bonne nouvelle, c'est que les trolls n'ont pas eu sa peau comme cela a été le cas en France, et qu'il existe toujours. La mauvaise nouvelle, c'est qu'il rencontre un certain succès. Premier petit bilan avec Thomas Hermine, l'un des co-fondateurs du projet.

En France, il n'aura duré que 4 jours. La faute aux trolls, qui ont décidé que ce genre de service n'avait pas le droit d'exister et ont tout fait pour le saboter, avec succès malheureusement. Mais en Belgique, le numéro anti-harcèlement existe toujours.

Lancé par NextRide le 18 novembre dernier, son principe est simple: si une fille se fait draguer un peu trop lourdement par un mec, elle peut lui refiler ce numéro (0460/20.93.99) au lieu du sien. Quand il essaiera de la contacter, il recevra un SMS pour lui expliquer à quel point il a été lourd/débile (rayez la mention inutile) et qui lui dira: "Hey! Non, non, c’est pas qui tu crois. Tu sais, mettre les autres mal à l’aise, c’est pas cool. Quand on te dit “non”, bah… c’est non en fait. Apprends à respecter les femmes et leurs décisions"

1.500 SMS reçus

"Nous avions un double objectif en sortant ce numéro", nous explique Thomas Hermine, l'un des co-fondateurs du projet. "D'abord, un objectif de sensibilisation: le fait de sortir ce numéro de téléphone a entraîné toutes une série d'articles dans les médias, ce qui fait qu'on a parlé de ce problème. Les transporteurs comme la STIB ou la TEC envisagent aussi d'y donner une suite."

L'autre objectif était de permettre aux gens d'utiliser ce numéro en cas de problème. Et malheureusement, le succès a été au rendez-vous avec déjà près de 1.500 SMS reçus, soit plus de 500 par semaine. "Malheureusement" car cela signifie que de nombreuses jeunes femmes se sont senties obligées d'utiliser ce numéro pour arrêter d'être harcelées...

Même si ce "succès" est à relativiser: "Il y a eu beaucoup de SMS la première semaine, du fait des articles dans la presse", concède Thomas Hermine. "Beaucoup de gens ont voulu tester ce numéro. On peut imaginer que les SMS qui sont envoyés désormais ne sont plus des tests, mais bien des "vrais SMS" de gens qui veulent se servir de la hotline."

Bientôt en Flandre

Du coup, comment réagissent les mecs quand ils apprennent qu'on leur a refilé un faux numéro et reçoivent ce fameux SMS? "C'est du 50/50. Certains ont l'impression de répondre à la personne à qui ils ont essayé d'envoyer un SMS et s'excusent. Ils n'ont pas très bien compris", rigole Thomas. "Mais ils s'excusent, il y a une certaine prise de conscience. Mais malheureusement, pour d'autres, c'est plus des insultes, ce genre de choses." Ce qui n'est pas vraiment rassurant: beaucoup de mecs concernés n'ont pas compris en quoi leur comportement était dérangeant.

Directement "inspiré de l'initiative française", le numéro belge a lui aussi dû faire face à ses propres trolls. "Il y a eu des tentatives d'envois massifs de SMS", avoue Thomas Hermine. "Nous avons vu les soucis rencontrés en France avec les trolls et nous avons anticipé le problème avec notre équipe de développeurs. Jusqu'à présent, nous n'avons pas eu de souci, j'espère que ça va continuer."

Surtout que l'équipe derrière ce projet ne compte pas s'arrêter en si bon chemin: "Le numéro n'existe qu'en français, donc c'est clairement dans nos projets de créer un numéro pour les néerlandophones", ajoute Thomas, qui ne précise pas quand ce numéro pourrait débarquer en Flandre. Reste à espérer que les femmes auront de moins en moins besoin des numéros anti-harcèlement à l'avenir. Mais ça semble mal parti.

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