Au tour de la Corse: mais que veulent vraiment les nationalistes après leur victoire?

La Catalogne fait des émules. Cette fois en Corse où les nationalistes ont obtenu un score historique lors des élections territoriales du premier tour, celles qui précèdent le changement de statut de l'île de Beauté. Autonomistes et indépendantistes se sont alliés pour sortir victorieux. Mais il n'est pour l'instant pas question de séparation, contrairement à ce qu'il s'est passé en Espagne.

Avant le scrutin, une élue nationaliste tentait de rassurer: "La Corse ne sera pas indépendante au 1er janvier!" Il s'agissait pourtant du premier tour d'un scrutin qui doit déterminer le statut de l'île. Mais il n'est pas question d'indépendance à proprement parler. Les Corses devaient choisir leurs représentants et modifier l'organisation de leurs institutions suite à la grande réforme territoriale.

Le but? Faire des économies, principalement. En date du premier janvier, la Corse deviendra une collectivité unique qui fusionne l'actuelle Collectivité territoriale (CTC) et les deux départements de l'île. S'il n'est pas question de renforcer l'autonomie ou de tenir compte de ses spécificités géographiques, on ne peut toutefois s’empêcher d'observer que ce sont bien les nationalistes qui ont gagné.

Une première en France

Alliés aux indépendantistes, les autonomistes ont obtenu un score historique en récoltant la moitié des voix. Mais "il n'est absolument pas question d'un scénario à la catalane", préviennent les deux figures emblématiques des vainqueurs.

Il s'agit toutefois d'une première en France métropolitaine. Même si la Corse va obtenir un nouveau statut pour la quatrième fois depuis 1982. Le précédent projet de fusion avait échoué en Alsace en 2013 au terme d'un référendum. Pas cette fois.

Concrètement, il n'y aura aucun transfert de compétences de l'État vers la future "collectivité territoriale unique". L'île continuera à s'occuper de ses compétences départementales comme la gestion des transports scolaires, de l'eau ou encore du social (enfance, handicap, personnes âgées...).

Mais les nationalistes sortent renforcés, eux qui étaient déjà en place depuis les élections territoriales de 2015. Leurs revendications n'ont pas changé: ils veulent une "autonomie renforcée". Les deux leaders du parti indépendantiste (Corsica Libera) et nationaliste, Jeau-Guy Talamoni et Gilles Simeoni, se sont accordés pour ne pas évoquer l'indépendance avant 2021, la date des prochaines élections territoriales, pour mettre en avant leurs autres revendications.

"Autonome renforcée"

Il reste que la liste commune (La Corse libre) a explosé tout le monde au décompte final. Repoussant à plus de 30% la Droite régionale, Les Républicains ou encore la République en marche. Les deux hommes forts se sont mis d'accord pour l'obtention d'un statut d'autonomie dans les trois ans et sa mise en oeuvre dans les dix ans. Ce nouveau statut permettrait à la Corse de recevoir quelques compétences en plus. Il permettrait aussi à l'île "de sortir de la logique de subventions, d'assistanat, a résumé Gilles Simeoni. Pour cela, la Corse pourrait mettre la main sur différentes taxes comme la TVA et voudrait obtenir un "véritable pouvoir législatif".

Seul bémol à cette victoire triomphante, le taux de participation. Seuls 53% des 234.000 électeurs se sont prononcés, un record historiquement bas. Cette victoire des nationalistes s'inscrit toutefois dans une lame de fond en Europe que ce soit en Catalogne, en Vénétie, en Lombardie ou même en Flandre ces dernières années.

Rendez-vous le dimanche 10 décembre prochain pour voir si les indépendantistes et les autonomistes confirment leur bon score.

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