En mission en Afrique, Charles Michel et Xavier Bettel sont comme cul et chemise, mais c'est tout le contraire avec Mark Rutte

Les trois Premiers ministres libéraux ont tout pour s'entendre. C'est d'ailleurs ce qui aurait dû se passer quand les trois chefs d'État du Benelux se sont rendus au Mali pour une mission diplomatique commune. Sauf que Charles Michel et Xavier Bettel n'ont presque pas vu Mark Rutte qui a fait cavalier seul. Explication? "Rutte préfère d'abord penser à ses propres intérêts économiques", fait savoir l'entourage du Premier ministre.

À peine 20 minutes. Voilà le temps qu'ont partagé Charles Michel, Xavier Bettel et Mark Rutte avec le président du Mali Ibrahim Boubacar Keïta. Le trio Michel-Bettel-Rutte, les chefs d'État du Benelux, était pourtant censé visiter ensemble ce pays du Sahel, dont le Nord est dominé par les rebelles. Ils devaient ensuite se rendre au sommet UE-Afrique à Abidjan en Côte d'Ivoire, comme ils le font régulièrement lors de leurs consultations dans les sommets européens.

Mais apparemment, Rutte disposait de peu de temps: les Pays-Bas n'ont que très peu d'intérêts là-bas pour leurs entreprises. Et puis le mercantile Premier ministre n'était de toute façon pas intéressé. Il devait rejoindre le nord du pays où les soldats néerlandais sont disposés dans le cadre d'une mission des Nations Unies pour stabiliser la région. Lors de la conférence de presse conjointe du Benelux au Mali, Rutte a brillé par son absence. Il n'avait tout simplement pas le temps. Alexander De Croo (Open Vld), un autre libéral, qui est le ministre belge de la Coopération au développement, est venu le remplacer aux côtés des deux Premiers ministres restants, en plus du président.

Voici encore une nouvelle confirmation que les relations entre les Pays-Bas et la Belgique ne sont pas au top, malgré le fait que les deux chefs d'État sont jeunes et appartiennent à la même famille libérale. La semaine dernière, Rutte a glissé un petit tacle sur la chaîne NOS: "Vous voyez en Belgique ce qu'il se passe quand vous ne changez pas les balises à temps", a-t-il déclaré en parlant des réformes économiques aux Pays-Bas. En Belgique, Charles Michel l'a assez mal pris, et au bout du compte, Rutte s'est finalement excusé devant le parlement néerlandais.

La tension entre les Pays-Bas et la Belgique se ressent jusqu'à Bamako

Mais la tension demeure, elle est même plus profonde: au niveau européen, Rutte est pour le moins sceptique. Parfois même contre un certain développement de l'Union européenne. Pour Charles Michel, c'est tout le contraire: il est complètement pro-européen et se situe sur la même ligne que le Président Macron. Du coup, ça craque avec les Pays-Bas, comme c'est le cas avec les libéraux allemands. En secret, il espère même que les socialistes se joignent aux chrétiens-démocrates, plutôt que de voir les libéraux se joindre au parti d'Angela Merkel en vue d'établir une coalition. La politique européenne n'est parfois pas du tout une question d'idéologie.

Le contraste avec le Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, est saisissant. Sa délégation a pris le même avion que la délégation belge. Un Aibrus A321 de l'armée belge. Les deux chefs d'État, belge et luxembourgeois, ont tout simplement fait le voyage complet ensemble.

Xavier Bettel est quelqu'un de direct qui aime prendre les devants. Les deux ont visité le camp militaire de l'UE au Mali, celui qui sert de base d'entrainement pour les troupes maliennes. Bettel est venu rendre visite aux deux soldats luxembourgeois présents à Koulikoro mais aussi aux 143 Belges.

Le Sahel

Cent d'entre eux sont les gardiens du camp, les autres sont des instructeurs. Et les militaires ne prennent pas les choses à la légère. "Les terroristes de l'État islamique sont sur leur dernière jambe en Syrie. Mais tout le monde peut voir que le conflit a maintenant été détourné dans quatre-cinq pays du Sahel. Si vous voulez empêcher le Mali d'être dépassé, vous devez intervenir", nous a expliqué le Lieutenant Colonel Lieven Geeraert.

"Notre mission (dans le cadre de l'UE) a déjà mené à la formation de 12.000 soldats". Pas mal quand on sait que l'armée malienne ne compte que 30.000 soldats. "Mais les rebelles dictent leur loi dans le nord du pays. Des attaques prennent place aussi dans le sud à Bamako. La dernière date du mois de juin contre un camp allemand." La petite armée du Mali a besoin d'aide: "Il ne pourrait en être autrement dans un pays qui fait 41 fois la taille de la Belgique. Il est très difficile de contrôler un tel territoire. Les troupes peuvent mettre des jours à arriver sur le lieu d'un conflit", nous précise le Colonel Christiaan Vanhove, qui mène la mission européenne.

De son côté, la délégation belgo-luxembourgeoise est arrivée avec classe sur le camp d'entrainement en débarquant en hélicoptère. Les deux leaders libéraux ont ensuite assisté à un vrai entraînement des troupes maliennes. Avec les moyens du bord: les munitions se font rares au Mali, les soldats ont donc dû simuler les tirs avec leur... voix. C'est aussi ça le Mali.

Les deux Premiers ministres assistent à la scène en compagnie du ministre De Croo. L'atmosphère est détendue, et les trois y vont de leurs commentaires. Le Lieutenant Colonel avertit toutefois qu'il s'agit d'une mise en situation efficace: "L'illettrisme est un grand problème, 40% ne savent pas lire et écrire". D'où ces mises en situation plutôt que l'utilisation de manuels militaires.

"Nous ne pouvons pas tout résoudre non plus. Les problèmes du leadership malien, de leur logistique, de leur recrutement, du nombre d'officiers, tout doit se construire. Et ça démarre bien quelque part."

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