La répression continue en Turquie: Ankara interdit tous les événements publics LGBT

Le Gouverneur d'Ankara a pris une mesure très dure ce week-end: désormais et jusqu'à nouvel ordre, plus aucun événement public LGBT ne peut être organisé dans la capitale turque. Après l'interdiction de la Gay Pride depuis trois ans, c'est un pas de plus vers la répression de la communauté LGBT dans le pays.

Être homosexuel en Turquie n'est pas pénalement punissable, mais les personnes LGBT doivent se heurter à une atmosphère homophobe de plus en plus lourde dans le pays. Après l'interdiction, chaque année depuis 2015 de la Gay Pride à Istanbul - alors que c'était l'un des plus grands événements du genre dans un pays musulman - les autorités d'Ankara ont décidé d'aller plus loin dans la répression.

Le Bureau du Gouverneur d'Ankara a ainsi posté samedi sur son site internet une déclaration qui "interdit toutes les projections de films, représentations théâtrales, tables rondes, interviews et expositions à destination de la communauté LGBT...". Et ce, "à partir du 18 novembre jusqu'à nouvel ordre". Tous les événements organisés par et à destination des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, intersexuées, travesties et queer sont donc désormais bannis de la capitale turque. Car cela vaut autant pour la communauté LGBT, LGBTT, LGBTI que LGBTQ.

"Assurer la paix et la sécurité"

La raison invoquée? Comme pour la Gay Pride, il s'agit d'une mesure décidée dans le but "d'assurer la paix et la sécurité" dans la province. L'annonce du Bureau du Gouverneur précise avoir découvert "un certain nombre" d'événements organisés via les médias et les réseaux sociaux, et cela pose, selon lui, des problèmes pour maintenir l'ordre public.

"Une partie de la société avec des aspects différents en termes de classe sociale, de race, de religion, de secte ou de région pourrait donc inciter explicitement une autre partie [de la société] à la rancune et à l'inimitié, ce qui représente un danger ouvert et imminent pour la sécurité publique", justifie d'ailleurs encore la déclaration.

Juste après l'interdiction d'un festival de cinéma LGBT

Bien évidemment, les réactions des associations de défense des droits de l'homme du monde entier ne se sont pas fait attendre. "Nous sommes indignés par les nouvelles de la Turquie, selon lesquelles le gouverneur d'Ankara a annoncé une interdiction à durée indéterminée de tous les films, tables rondes, expositions et autres événements publics #LGBTQ. Comment ces événements pacifiques peuvent-ils constituer une menace pour la sécurité publique? Cette interdiction doit être levée", a, par exemple, tweeté Human Rights Campaign, le groupe de défense des droits des personnes LGBT le plus important aux États-Unis.

D'autant plus que quelques jours avant, les autorités de la ville ont aussi pris la décision d'interdire le festival de cinéma Pink Life QueerFest, organisé chaque année depuis 2011 par l'Association de Solidarité LGBT Pink Life et l'ambassade d'Allemagne en Turquie. Une série de films devait être projetée les 16 et 17 novembre derniers dans les cinémas de la capitale turque.

Les organisateurs du festival sont outrés et ont réagi dans la presse turque. "Suggérer que ces projections pourraient être provocantes ou ciblées par des groupes terroristes ne sert qu'à légitimer les personnes et les institutions qui produisent des discours haineux envers nous et qui voient notre existence comme une menace", peut-on lire dans une traduction du journal Hürriyet. Les organisateurs comptent même engager des poursuites judiciaires contre le Bureau du Gouverneur pour faire sauter cette interdiction.

Car il n'y a "aucun motif légal ou légitime" pour une telle interdiction qui touche en plein coeur les droits fondamentaux de la communauté LGBT.

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