"La tolérance zéro" à Bruxelles: ça signifie quoi et ça sert à quoi concrètement?

opinionDeux émeutes à Bruxelles ont réussi à mettre le monde politique en émoi. Les discours se veulent durs face à des jeunes qu'ils ne comprennent plus vraiment. Une réponse sécuritaire qui inquiète s'il elle ne s'accompagne pas de mesures sociales. Mais qu'envisage réellement le gouvernement?

"Tolérance zéro", "pas de place pour le laxisme", "symptôme d'un cancer", "un certain type de jeunes", les déclarations du gouvernement fédéral sont sans détour. Elles visent à appliquer, au bout du compte, une réponse sécuritaire face aux deux incidents qui ont eu lieu en l'espace de trois jours à Bruxelles.

Et vu qu'on est en Belgique, les critiques entre régions n'ont pas tardé. Il est reproché à Bruxelles, surtout dans le nord du pays, d'avoir mené une politique trop laxiste dans certaines zones "de non-droit", comme certains élus les qualifient.

"D’abord punir, et puis discuter"

Des journalistes et éditorialistes du nord du pays mettent également le paquet: "Appels à une répression dure" (De Standaard), "D’abord punir, et puis discuter" (Het Laatste Nieuws), "Il faut une prise en charge musclée" (Het Nieuwsblad), voilà les titres que l'ont peut retrouver ces derniers jours et qui ont été compilés par Le Soir. Là encore, le travail de la Région bruxelloise est remis en cause: "Il faut tout doucement se demander s’il ne faut pas mettre Bruxelles sous curatelle du fédéral", écrit la Gazet Van Antwerpen.

Rudi Vervoort (PS), le ministre-président de la Région bruxelloise, a répondu "aux opportunistes" ce matin sur les antennes de la RTBF, dont la N-VA: "la N-VA profite des émeutes à Bruxelles pour faire campagne". Le ministre-président a l'impression qu'on lui fait la leçon.

Pourtant, Rudi Vervoort s'étonne qu'on n’ait pas fait un tel foin à Anvers, où des événements similaires ont eu lieu: "Il y a eu un certain nombre d’événements à Anvers ces dernières semaines, importants aussi, des émeutes avec plusieurs policiers blessés. On n'a rien entendu! Il se passe quelque chose à Bruxelles, certes condamnable, et du coup, subitement, on remet tout en question."

Couvre-feu?

Mais justement quelles sont les mesures que le gouvernement fédéral veut prendre pour corriger le tir? Qu'entend-il par "tolérance zéro"? Un couvre-feu, comme on le devine parfois? Une réponse uniquement sécuritaire? Les questions sont nombreuses, les réponses beaucoup moins.

Il y a d'abord un renforcement de la police qui semble mettre tout le monde d'accord. Philippe Close (PS), bourgmestre de Bruxelles, parlait hier d'un besoin urgent de 400 policiers en plus pour la Région bruxelloise. Une réponse au manque d'effectif constaté samedi dernier, lors de la victoire du Maroc contre la Côte-d'Ivoire qui a mené à de la casse dans le centre-ville.

Au niveau judiciaire, le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) entend ouvrir une information judiciaire pour chaque cas de violence envers les forces de l'ordre. Pas forcément en mettant les jeunes derrière les barreaux - ce qui prend du temps et ralentit l'enquête - mais en établissant des PV ciblés pour alléger la procédure et la rendre plus efficace.

Le syndicat de la police (SLFP) a lui exprimé son ras-le-bol: "Les jeunes doivent à nouveau avoir peur de la police". C'est pourquoi il demande aux autorités politiques "qu'un plan d'action répressif soit mis en place, la politique préventive ne servant à rien".

Questions sans réponse

Les incidents provoqués par quelques (jeunes) casseurs pourraient donc déboucher sur une politique plus répressive et stricte pour tous dans la capitale, et singulièrement dans certains quartiers. Pourtant, le monde judiciaire émet quelques doutes sur la définition même de la "tolérance zéro" et sur son utilité.

Beaucoup de questions restent pour l'heure sans réponse: où est la remise en cause d'une politique parfois stigmatisante du gouvernement fédéral? Quelle réponse apporter à la précarité grandissante à Bruxelles? Comment retisser du lien? Comment ces deux événements ont-ils pu se passer en l'espace de quelques jours? Est-ce qu'une réponse sécuritaire aura un effet sur le long terme?

Les réponses du gouvernement fédéral (et les commentaires dans la presse du nord du pays) ne répondent pas à ces questions. Au mieux, elles permettent de rassurer les citoyens/électeurs sur le court terme. La relative réflexion qui avait suivi les attentats du 22 mars 2016 a laissé place à l'hystérie.

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