Reçus-collés: comment une manœuvre politicienne laisse plus de 200 étudiants dans l'incertitude

C'était le grand foutoir hier au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Majorité (PS-cdH) et opposition (Ecolo, MR, DéFI et PTB) ne se sont pas accordés sur une proposition d'Ecolo pour faire évoluer favorablement le dossier des "reçus-collés". Conséquence: les étudiants vont devoir attendre près d'un mois de plus pour être rassurés sur leur avenir.

Reprenons les choses dans l'ordre: le 25 octobre dernier, le Conseil d'État redonne de l'espoir à quelque 209 étudiants en médecine et dentisterie, en permettant à 7 d'entre eux de s'inscrire en deuxième année. Cette décision a été suivie par une autorisation du ministre Marcourt pour tous les étudiants concernés.

Il s'agit des fameux reçus-collés, ces étudiants qui ont entamé leurs études en 2016, qui ont réussi une première année, mais qui n'ont pas obtenu un classement suffisant en 2017 lors du concours pour passer en deuxième. Le comble, c'est que certains de ces étudiants n'ont pas réussi l'examen d'entrée de ce mois de septembre.

Pour rappel, la décision du Conseil d'État d'autoriser 7 étudiants à passer en première année est le fruit d'une bourde du gouvernement fédéral, celui-ci n'a pas publié à temps les quotas des numéros Inami distribués en 2022, en fin de cursus.

Autorisation provisoire

Le souci, c'est que l'autorisation du ministre Marcourt n'est que provisoire et doit d'ailleurs faire l'objet d'une confirmation de la Cour Constitutionnelle. Pour l'heure, "le décret existant ne permet pas d'inscrire de facto ces étudiants en deuxième année", nous prévient Barabara Trachte, députée communautaire Ecolo.

L'autorisation du ministre est donc d'une grande fragilité et ne se base que sur la décision du Conseil d'État pour 7 étudiants. C'est pourquoi Ecolo a voulu prendre les devants en déposant en urgence une proposition de décret, pour généraliser la situation et rassurer une bonne fois pour toute les étudiants.

Le PS joue sa carte

Le futur de cette proposition était discuté hier en séance plénière au sein du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Et ça a été tout un bazar. La majorité (PS-cdH) - de nouveau main dans la main - a voulu d'emblée rejeter cette initiative jugée... précipitée. Mais vu que les rangs de la majorité n'étaient pas fort garnis en début de séance, l'opposition (Ecolo-MR-DéFi-PTB) a réussi à imposer un débat et un vote sur le texte.

Pour Christiane Vienne, cheffe de groupe PS en FWB, le texte d'Ecolo pouvait ne pas être assez solide juridiquement. Du coup, elle a exigé un avis du Conseil d'État, comme le règlement le lui permet. Conséquence: le vote, et l'attente des étudiants, pourraient être repoussés d'un mois.

De vifs échanges ont alors eu lieu, l'opposition n'entendait pas se laisser faire et exigeait à son tour l'urgence qui aurait eu le mérite de diminuer l'attente de quelques jours. Il n'en sera rien: la majorité, dont les bancs se sont regarnis en fin de séance, a approuvé le renvoi vers le Conseil d'État, mais a rejeté dans la foulée la demande d'urgence.

Ecolo et Philippe Henry, député wallon, ne mâchent pas leurs mots: "Le stratego PS-CdH n'est pas très sérieux ni respectueux de la situation des étudiants." Car le problème est bien là: si le PS veut reporter le vote, "c'est parce qu'il veut imposer son propre texte, il n'y a pas d'autres mots", nous confirme Barbara Trachte.

Les unifs tentent de s'adapter, la FEF est dépitée

En attendant, les étudiants sont dans l'expectative. Mais les universités prennent les devants même si elles laissent entendre que rien ne sera simple: "Nous sommes déjà bien avancés dans l’année académique, ce ne sera donc pas simple, surtout si l’arriéré de première est important", a déclaré le doyen de l'UCL, Dominique Vanpee, au Soir. "Nous allons travailler sur deux niveaux. D’abord via un assouplissement dans l’accès aux travaux pratiques réalisés durant les premières semaines tout en assumant ceux qui sont à venir. Ensuite, nous allons mobiliser nos services d’accompagnement, travailler avec nos conseillers pédagogiques pour améliorer leur méthode d’apprentissage."

Le doyen de l'UMons, Alexandre Legrand, tempère quelque peu les inquiétudes, toujours pour Le Soir: "La plupart d’entre eux s’étaient inscrits en sciences biomédicales dans l’attente d’une éventuelle décision favorable à leur égard. En choisissant leurs cours de manière optimale, ils ont pu suivre environ 70 % de cours communs aux deux cursus. Le problème est donc limité."

Reste que du côté de la FEF, le ras-le-bol a atteint son paroxysme. Maxime Mori, son président, ne mâche plus ses mots: "Ce dossier a tout connu ou presque. Les manœuvres politiciennes doivent cesser. Les étudiants s'en foutent de savoir pour qui ils vont voter, il veulent d'abord en savoir plus sur leur avenir".

On ne peut que lui donner raison.

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