L'Europe a un gros problème: 90% des votants ont dit "oui" à l'indépendance en Catalogne

Après une journée de vote sous forte tension, les premiers résultats non officiels sont sans appel en Catalogne: le "oui" à l'indépendance l'emporterait à près de 90%. Malgré une participation décevante, le gouvernement catalan a rapidement annoncé sa volonté de s'affranchir de l'Espagne... qui nie la tenue de ce vote.

"Aujourd'hui, avec cette journée d'espoir et aussi de souffrances, nous avons gagné le droit d'avoir un État indépendant qui prenne la forme d'une République": pour Carles Puigdemont, le président indépendantiste catalan, il n'y a pas d'autres choix. La Catalogne se doit d'être indépendante après la journée de vote de dimanche. Et encore: il a tenu ce discours avant que les premiers résultats ne soient rendus officiels par le gouvernement catalan peu après minuit. Ces résultats sont sans appel: sur les quelques 2,26 millions de personnes qui ont voté, près de 2 millions ont dit "oui" à l'indépendance. Soit près de 90% des votants. Un score écrasant.

42,3% de participation

Bizarrement, le gouvernement catalan a passé sous silence la faible participation au moment de communiquer ces premiers résultats non officiels: seuls 42,3% des électeurs sur les 5,34 millions que compte la Catalogne se sont déplacés pour voter.

Ont-ils eu peur des violences policières qui ont rythmé la journée, faisant au total 844 blessés parmi la foule? Ou ne se sont-ils pas sentis concernés par ce vote, prouvant par cette occasion leur attachement à l'Espagne? Impossible de le savoir. Mais le gouvernement catalan est désormais en position de force et il le sait.

"Nous sommes des citoyens européens et nous souffrons d’atteintes à [nos] droits et libertés", a ajouté Carles Puigdemont. "Mon gouvernement va, dans les jours qui viennent, transmettre les résultats du scrutin de ce jour au Parlement, garant de la souveraineté de notre peuple, afin qu’il puisse agir conformément à la loi référendaire." D'après ce texte de loi, l'indépendance doit être proclamée si le "oui" l'emporte à ce scrutin. C'est bien parti pour, même si les résultats officiels pourraient être communiqués dans plusieurs jours.

Quid de Madrid?

Sauf que Madrid ne l'entend pas de cette oreille. Après avoir envoyé les policiers charger la foule, Mariano Rajoy a préféré nier ce vote.

"Aujourd'hui, il n'y a pas eu de référendum d'autodétermination en Catalogne. L'État de droit reste en vigueur avec toute sa force", a déclaré le Premier ministre espagnol. Dans la soirée, la Maire de Barcelone Ada Colau avait appelé à la démission de Rajoy, qualifié de "lâche" après les violences policières. Sauf que celui-ci n'entend pas démissionner, ni reconnaître l'indépendance de la Catalogne. Et que le résultat du vote ne risque pas de le faire changer d'avis pour autant.

Le gouvernement catalan a appelé l'Union européenne à "agir" face aux agissements de Madrid. Est-ce que l'UE jouera également un rôle d'arbitre et se risquera à encourager l'indépendance catalan? C'est peu probable. En attendant, un appel à la grève générale a été lancé par plusieurs appels syndicales pour le 3 octobre en Catalogne: "Nous appelons toute la société, les organisations patronales, les chefs d'entreprise, les syndicats, les travailleurs, les indépendants, les institutions et tous les citoyens de Catalogne à un arrêt du 'pays'". Histoire de montrer la force et la volonté du peuple catalan.

Déjà lu?