La victoire de l'extrême-droite allemande, coup de pouce ou danger pour "l'Europe plus forte" de Macron?

Rendre l'Europe plus forte, tel est le mantra d'Emmanuel Macron. Depuis son arrivée au pouvoir, le Président français rêve de reformer le vieux couple franco-allemand pour entraîner à sa suite les autres membres de l'UE. Affaiblie par le résultat des élections, Angela Merkel va-t-elle chercher un appui du côté français ou adopter les mesures prônées par sa coalition?

L'amitié franco-allemande est un enjeu fondamental pour l'Europe: c'est notamment grâce à elle que l'Union européenne a pu prendre les proportions qu'elle a aujourd'hui. Lorsqu'ils agissent de concert, ces deux poids lourds, à la fois politique et économique, peuvent donner un élan très important à l'Union des 27.

Depuis 1984, année de la fameuse entente scellée entre le Président français François Mitterrand et le chancelier allemand Helmut Kohl, cette amitié s'est quelque peu érodée. Ni François Hollande, ni Nicolas Sarkozy ne sont parvenus à raviver pareille flamme entre les deux pays.

Depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron rêve de reformer ce couple avec Angela Merkel. Lors d'un discours donné en Grèce il y a quelques semaines, le Président français a déclaré avoir "l'ambition folle à nouveau de vouloir une Europe plus forte". Et le résultat des élections allemandes pourrait lui donner un joli coup de pouce mais aussi jouer en sa défaveur. Le parti de la chancelière (CDU-CSU) étant sorti très affaibli, il va soit chercher des appuis du côté français soit suivre les lignes fixées par les membres de sa coalition. Problème: parmi ses probables partenaires, certains sont plutôt opposés au projet européen.

AfD anti-euro et coalition discordante

Au Bundestag, le Parlement allemand, le CDU-CSU va devoir se battre avec l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Ce parti d'extrême-droite ayant obtenu 12,6% des voix aux élections fédérales ce dimanche, il a légalement droit au chapitre. Même si son idéologie ouvertement anti-islam, anti-réfugiés et anti-euro lui vaut d'être qualifié par les autres partis de "honte pour l'Allemagne". Ce parti opposé à l'ouverture des frontières en Europe risque de poser de sérieux bâtons dans les roues de Merkel. Quotidiennement.

Autre obstacle à l'ouverture européenne de la chancelière: le FDP. Ce Parti libéral-démocrate (Freie Demokratische Partei) est plutôt opposé à l'intégration de nouvelles idées politiques au niveau européen. Et avec 10,7%, ce parti va très certainement former la "coalition jamaïcaine", au pouvoir avec le CDU-CSU et Grüne (les Verts). Sauf que le FDP est franchement opposé au projet budgétaire européen de Macron. "Si l'idée, c'est de doter la zone euro de son propre budget, d'un tunnel d'argent partant d'Allemagne qui irait directement aux autres États d'Europe, alors cet accord financier se fera sans nous", avait déclaré le leader du FDP Christian Lindner.

Cette alliance "Jamaïque", "ce serait le parti de non, le parti de oui et un chancelier progressiste. Ce ne sont pas les conditions idéales pour un grand marché franco-allemand", ajoute Thomas Kleine-Brockhoff, analyste politique au German Marshall Fund, dans cet article de Reuters.

Europe plus forte?

Macron a beau plaider pour une Europe plus forte, marteler que l'alliance des pays européens est une priorité et réclamer un budget pour la zone euro, il peine à récolter une adhésion folle à ses idées. Seule une petite moitié des Français (46% selon un sondage réalisé au printemps) semble encore totalement convaincue par l'Europe.

En Allemagne, la montée de l'extrême-droite semble indiquer la même chose: l'AfD au Parlement ne signifie pas le retour du Troisième Reich mais le rejet manifeste de l'ouverture européenne. Un million d'électeurs ont voté contre l'accueil accordé aux réfugiés. Pour récupérer ces électeurs, Angela Merkel devra les convaincre qu'une Europe forte est possible: entendre une Europe qui sait gérer l'accueil des réfugiés. Et pour avoir une Europe forte, il faut renouer l'amitié franco-allemande. Mais c'est loin d'être gagné.

Déjà lu?