Theo Francken (N-VA) est-il allé trop loin? Voici ce qui lui est exactement reproché

Depuis plusieurs semaines maintenant, Theo Francken joue au chat et à la souris avec les migrants du parc Maximilien, à Bruxelles. S'étant même félicité de "nettoyer" le parc, le secrétaire d'État à l'Asile et aux Migrations a dû revenir sur ses propos. Aujourd'hui, les accusations sont encore plus graves: on reproche à Theo Francken d'avoir livré des migrants au régime soudanais.

Cette fois l'opposition n'y va plus par quatre chemins. Theo Francken est accusé de "collaborer" avec le régime soudanais en vue d'identifier et de rapatrier des migrants sur leur territoire. Le souci, c'est que le Soudan est une dictature. Ces migrants risquent le pire en étant rapatriés.

Hier, les jeunes de chez Ecolo n'ont pas hésité à caricaturer Theo Francken en soldat nazi. Theo Francken a demandé à ce qu'Ecolo s'excuse mais Zakkia Khattabi a refusé: "On n'aurait sans doute pas fait les choses de cette manière, mais la photo est à la mesure de leur indignation", a-t-elle fait savoir au Soir. Groen se désolidarise mais refuse aussi de s'excuser. Depuis, la caricature a été supprimée par les modérateurs de Facebook. Ecolo J crie à la censure.

Du côté du PS aussi, on ne mâche plus ses mots. Au contraire du MR, où on se la joue discret et où on continue à soutenir la politique du secrétaire d'État. Seul l'ancien ministre Hervé Hasquin a dit ce qu'il pensait haut et fort: "C'est le régime de Vichy qui se débarrasse des juifs allemands".

Démission

Bref, pour la première fois depuis sa prise de fonction, l'homme fort de la N-VA semble vraiment en danger. Plusieurs personnalités demandent d'ailleurs clairement son départ, du PS à Ecolo, en passant par la Ligue des droits de l'homme.

Mais Theo Francken, en pleine mission diplomatique à l'ONU aux États-Unis, tente de se défendre. Sa rencontre avec une délégation soudanaise dimanche dernier fait partie d'une procédure "normale". Elle doit permettre l'identification de migrants illégaux afin d'entamer leur expulsion au cas où il ne demanderait pas l'asile en Belgique. Pour justifier ses contacts avec le régime soudanais, Theo Francken indique que tous les autres pays européens font pareil.

La logique de Theo Francken est toujours la même: il veut éviter un nouveau Calais à Bruxelles et il enjoint donc les migrants à se rendre à l'office des étrangers. Régulièrement, il organise des expulsions au parc Maximilien, souvent critiquées par le secteur associatif et les plateformes citoyennes. Son argument est béton: les migrants qui y résident ne sont qu'en transition vers le Royaume-Uni.

Légal?

Mais est-ce que son action auprès du régime soudanais est-elle légale? Il n'existe en fait aucun cadre juridique en la matière. Il s'agit avant tout de contacts diplomatiques, qui se font par définition dans le plus grand des secrets. Cela se fait avec d'autres pays, comme ce fut le cas récemment avec la Chine, le Sénégal ou le Vietnam par exemple. Et il est vrai que des pays européens ont fait de même avec le Soudan. D'ailleurs l'UE a déjà accordé quelque 215 millions d'euros au Soudan pour freiner les migrations, toujours selon Le Soir.

Situation cocasse: une vieille interview de Theo Francken accordée à La Libre est ressortie sur les réseaux sociaux hier. Le secrétaire d'État déclarait qu'il était "impossible" d'entamer des négociations avec le Soudan, puisqu'il devrait alors "négocier avec un dictateur", en l'occurrence el-Bechir qui est poursuivi par la CPI pour crime contre l'humanité. En attendant, Theo Francken étant à New York, ce sera à Jan Jambon de venir défendre la politique du secrétaire d'État.

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