Trump a-t-il promis de laisser tomber son mur pour sauver sa loi sur l'immigration?

Assiste-t-on à un changement de cap de la part de Donald Trump? Une de ses plus grandes promesses électorales était de construire un mur à la frontière mexicaine. Mais force est de constater que le Président a du mal à le mettre en place. Trump revoit donc sa stratégie: il a promis à deux leaders démocrates d’esquisser un nouveau plan sur la sécurité et l’immigration dans lequel le mur ne serait pas construit. Promesse démentie depuis.

Le chef de file des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, et la cheffe du parti démocrate à la Chambre, Nancy Pelosi, ont reçu une invitation de la part de Donald Trump à la Maison-Blanche. La discussion portait sur les centaines de milliers de "dreamers", ou ces personnes qui tentent leur chance de manière illégale aux États-Unis durant leur jeunesse. Pas plus tard qu'il y a deux jours, c'est le Pape François en personne qui interpelait le président américain à ce sujet.

Le gouvernement Trump a stoppé le programme DACA ce mois-ci et il concerne ces jeunes immigrants justement. Le Congrès a maintenant six mois pour trouver une alternative. Mais cela ne pourra se faire que si les démocrates coopèrent.

Le programme DACA pour "Deferred Action for Childhood Arrivals" a été mis en place sous l'administration Obama et permettait aux jeunes, arrivés illégalement dans le pays, de régulariser leur situation s'ils étaient mineurs.

D'après le démocrate Henry Cuellar, élu du Texas, Trump serait prêt à tout pour sauver sa nouvelle loi sur l'immigration. Pour cela, il aurait promis de ne plus y inscrire la construction du mur. Cette nouvelle positive pour les migrants a suscité l'enthousiasme de Pelosi et Schumer: "Nous voulons un nouveau plan pour plus de sécurité à la frontière, mais sans le mur". À cette condition seulement, "c'est acceptable pour les deux parties".

Sauf qu'ils ont sans doute parlé un peu vite. Si Trump lâche du leste, il ne compte pas pour autant abandonner la construction du rempart. Il veut simplement l'inscrire "dans une autre loi", toujours d'après Henry Cuellar.

Le démenti

Ceci explique la réaction de la porte-parole de la Maison-Blanche: "Bien que nous ayons parlé du programme DACA et de la sécurité aux frontières, aucune promesse n'a été faite sur une éventuelle non-construction du mur", a déclaré Sanders via Twitter. Mais elle n'était pas présente sur place au moment de la conversation entre les deux leadeurs démocrates et Donald Trump. La version de Sanders a aussi été contredite par trois autres participants.

Dans une précédente déclaration, la Maison-Blanche a fait savoir que la discussion avec Schumer et Pelosi avait été constructive et positive. "Le gouvernement attend avec impatiente le suivi des discussions avec toutes les parties concernées". Du côté démocrate, on semble également optimistes. Le Parti a parlé d'une rencontre "très productive". Assisterait-on dès lors à un tournant majeur de la présidence de Trump?

Pas trop vite.

Trump a réagi sur Twitter, comme il en a l'habitude, et il a mis les points sur les i: aucun accord définitif sur le programme DACA n'est intervenu et certainement pas l'abandon de son mur. Le président rappelle en plus que la construction est déjà en cours. Du moins "la rénovation des parties déjà existantes".

Changement de stratégie

Coup de bluff? Retour en arrière? Trump a peut-être voulu rassurer son camp. Parce que depuis quelques semaines, le président semble changer de stratégie.

Depuis ses échecs cuisants au Congrès, notamment concernant l'abrogation de la couverture santé d'Obama, Trump ne jure plus que par le compromis avec le camp d'en face. Il faut dire que les divisions au sein du Parti républicain le contraignent à revoir sa stratégie. La preuve, ni le président de la Chambre (Paul Ryan) ni le chef de la majorité du Sénat (Mitch McConnell) n'était présent à la rencontre à la Maison-Blanche.

Ça peut paraître paradoxal, mais Trump a plus de chance de faire passer ses grandes lois de manière bipartisane. Car le vote démocrate est plus discipliné et que seulement une partie du vote républicain suffit. Trump veut régler la question migratoire dans son pays à tout prix. Il pourrait donc faire pas mal de concessions pour y arriver. Car il faut convaincre ces mêmes démocrates. Mais il semble maintenant que l'une de ces concessions ne soit pas le mur.

Très embêtant pour les démocrates, car depuis un an, ils répètent qu'ils bloqueront toute loi qui viendrait financer le mur longeant la frontière entre l'Amérique et le Mexique.

Déjà lu?