Quoi qu'en dise Paul Magnette, Elio Di Rupo doit faire un pas de côté: c'est une question de survie

opinionEn dégringolade dans les sondages, dépassé par sa gauche et infecté par les scandales, le Parti socialiste belge est au pied du mur. Certains lui prédisent le même sort que son homologue français, d'autres lui donnent encore une chance. Quoiqu'il en soit, cela passera par un renouvellement des idées et des hommes. Paul Magnette se montre loyal, mais il est temps pour lui de reprendre les rênes d'un parti à la dérive. À Elio Di Rupo de prendre ses responsabilités donc.

Le Parti socialiste s’apprête à vivre une rentrée politique agitée. En coulisses, Di Rupo tente de relancer la machine avec pas moins de trois rendez-vous. Ce lundi, le PS se réunit en bureau politique et enchaînera le 24 avec son congrès de rentrée. Le troisième rendez-vous est sans doute le plus important puisqu'il s'agit du fameux Chantier des idées, un congrès prévu en novembre et qui est censé redéfinir la ligne idéologique du parti.

Certains pensaient même que ce serait l'occasion parfaite pour Paul Magnette de prendre la tête du parti. Mais sa dernière interview accordée à La RTBF et à l'Écho n'en prend pas le chemin. L'ex-ministre-président de la Région wallonne a répété qu'il ne trahirait pas Elio Di Rupo car il n'est pas "un putschiste". Poursuivant sa logique, Magnette affirme que le mal qui touche la famille socialiste n'est "pas une question de personnes, mais d'idées et de valeurs". Il ne lui a en effet pas échappé que le socialisme est en crise en Europe et particulière au nord et au sud de la Belgique où le Parti socialiste s'est écroulé.

Besoin d'une preuve de plus?

Mais justement, Paul Magnette ne serait-il pas le plus à même de porter ce renouvèlement idéologique? Lui qui au printemps dernier a impressionné par sa fermeté face au Ceta. Une fermeté qui lui donnera même une stature internationale. Ne l'a-t-il pas prouvé en se rendant plusieurs fois au JT de la RTBF en pleine crise de Publifin ou du Samusocial, quand Elio Di Rupo était aux abonnés absents? Ne l'a-t-il pas prouvé quand déjà en 2007, il avait été envoyé par ce même Elio Di Rupo à Charleroi pour remettre de l'ordre dans la fédération hennuyère suite au scandale de la Carolorégienne? Ne l'a-t-il pas prouvé en prenant les devants et en proposant un décumul intégral pour tous les élus socialistes?

On peut toutefois accorder deux mérites à Elio Di Rupo. Celui d'être parvenu à maintenir une certaine unicité entre les différentes fédérations socialistes (hennuyère, liégeoise et bruxelloise), et le fait d'avoir permis au PS de rester en haut de l'affiche malgré quarante années au pouvoir sans discontinuité, un record absolu dans les démocraties européennes.

Mais force est de constater que ce n'est plus le cas aujourd'hui. Le Parti socialiste est divisé - le vote contre le décumul intégral du PS liégeois en est le dernier exemple - et le PS vient de se faire éjecter coup sur coup du fédéral et de la Région wallonne.

Chute libre

Pire, suite aux différentes affaires qui ont épinglé le début de l'été, le PS se fait dépasser par sa gauche avec un PTB tout puissant en Wallonie. Elio Di Rupo et ses troupes perdent près de 16 points et deviennent la troisième force politique du sud du pays (16%), dépassant à peine Ecolo. Du jamais vu en Wallonie. Et ce n'est pas mieux à Bruxelles où le PS dégringole en 5e position (10,9%), soit derrière DéFi, le PTB, Ecolo et le MR.

Il faut que quelque chose change. S'il est vrai qu'on ne peut pas parler de réelle divergence d'opinions entre les deux hommes ou de véritables querelles, Paul Magnette est considéré par beaucoup comme le successeur naturel d'Elio Di Rupo. Et puis l'homme fort de Charleroi s'est lui-même posé pas mal de questions suite aux affaires de Publifin et du Samusocial. S'il déclarait "être à 100% derrière Elio Di Rupo" en juin dernier au micro de la VRT, son discours a changé quelques semaines plus tard au même micro: "C'est aux militants de décider, mon avis personnel ne compte pas".

Justement, si Elio Di Rupo a souvent été considéré comme le président des cadres du parti et de l'appareil, Paul Magnette serait l'homme idéal pour convaincre ces militants et dans un second temps les électeurs. Des électeurs qui n'ont que moyennement apprécié la politique menée par Elio Di Rupo au 16 rue de la Loi quand celui-ci a donné un sacré coup de canif dans les allocations d'insertion.

Une fois à la tête du PS, Paul Magnette aura tout le loisir de mettre sur la table "des propositions socialistes qui correspondent au monde d'aujourd'hui". Un exemple? "Quand les entreprises belges exportent plus de 221 milliards de bénéfice vers les paradis fiscaux, cet argent pourrait servir à revaloriser les petites pensions, les bas salaires et les services publics", déclarait-il ce samedi à la RTBF.

À n'en pas douter, le PS reviendrait aussi à ses fondamentaux avec Paul Magnette: la lutte contre les inégalités et la redistribution égale des richesses. Son livre "La gauche ne meurt jamais" ou son soutien à Benoît Hamon plutôt qu'à Manuel Valls ou Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle nous ont déjà donné de sérieux indices quant à l’orientation politique que devrait prendre le PS sous sa direction. Souhaitons-lui un peu plus de réussite qu'au vainqueur de la primaire.

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