Le cdH préfère finalement gouverner avec le PS que de quitter le pouvoir à Bruxelles

On y est presque! Deux mois après que Benoît Lutgen a décidé de retirer la prise, une solution se dégage (enfin) pour Bruxelles et la Fédération Wallonie-Bruxelles. Deux scénarios sont privilégiés: un statu quo dans la capitale et une majorité MR-cdH-Défi en FWB. Voici pourquoi. 

Il y a encore quelques semaines, c'était le grand flou autour des nouvelles majorités à Bruxelles et en Fédération Wallonie-Bruxelles. Mais il semble que les vacances aient fait du bien à tout le monde et deux scénarios sont maintenant privilégiés.

Si une majorité MR-cdH en Wallonie a pu rapidement se mettre en place, ce n'était pas gagné pour les deux autres institutions francophones. Mais les lignes semblent avoir bougé même si les discussions officielles ne reprendront que la semaine prochaine voire la semaine d'après, au plus tard.

Bruxelles: statu quo

Commençons par Bruxelles. Le cdH est face à un dilemme: s'il décide de quitter le gouvernement, il risque de fragiliser les institutions bruxelloises. Il en résulterait un gouvernement minoritaire (qui n'est pas soutenu par une majorité au parlement) jusqu'en 2019, date des nouvelles élections. Ça pose problème car certaines mesures importantes et qui tiennent à cœur au cdH doivent encore être appliquées. La plus emblématique étant la réforme des allocations familiales.

Et si le cdH décide de faire démissionner Céline Frémault, seule ministre humaniste de l'exécutif bruxellois, qui viendra la remplacer? Il est inimaginable que le MR monte avec le PS au gouvernement donc ça serait l'impasse. Et puis depuis le départ, l'entente au sein de l'exécutif bruxellois est bien meilleur qu'en Wallonie. Le 19 juin dernier lors de l'appel de Benoît Lutgen, ce dernier visait avant tout le PS wallon, accusé de s'écarter de l'accord du gouvernement suite à la pression électorale que lui impose le PTB.

En fait, selon La Libre, c'est le cdH bruxellois qui insiste pour conserver le statu quo et ainsi continuer à gouverner avec le PS et Défi. Benoît Lutgen n'aurait plus vraiment la main et serait, depuis le début, critiqué sur la méthode et le manque total de préparation quant à la suite des événements. On notera encore une carte blanche dans Le Soir écrite par Joëlle Milquet, ex-présidente du cdH, et Philippe Maystadt ancien ponte du feu PSC. Les deux anciennes grosses pointures demandent à chacun de prendre de la hauteur ainsi que ses responsabilités. Bref, laisser de côté les jeux politiques pour retrouver une stabilité du côté francophone face à la N-VA et face au péril populiste (comprendre le PTB).

Bref, on se dirige clairement vers un statu quo avec le PS, Défi, cdH et les trois partenaires flamands: Open VLD, SP.A et CD&V. Il semble acté qu'Ecolo ne participera à aucune majorité d'ici 2019, et ce scénario est privilégié par Défi depuis le début.

Fédération Wallonie-Bruxelles: MR-cdH-Défi

On en vient ensuite à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Là encore, il y a un scénario privilégié et hautement probable. Olivier Chastel (MR), encore en vacances, s'est prononcé dans les colonnes du Soir et c'est maintenant à lui de poser ses conditions.

Le président des libéraux tient à ce qu'il y ait un véritable projet francophone. Il veut donc une certaine cohérence entre les différents niveaux de pouvoir sans pour autant avoir des majorités totalement identiques. Il faut comprendre entre les lignes qu'Olivier Chastel veut conserver sa majorité avec le cdH en plus de Défi, toujours indispensable suite à l'absence d'Ecolo.

Mais Oliver Chastel a plusieurs messages à faire passer à Olivier Maingain, le président de Défi, justement. S'il veut un projet francophone, Olivier Chastel veut aussi "une paix communautaire". Les sujets institutionnels doivent être mis au frigo comme c'est le cas au Fédéral. Le MR ne veut froisser personne et connait les véhémences d'Olivier Maingain sur ce sujet. Il faut comprendre ici que le MR ne veut pas se fâcher avec la N-VA, son partenaire au fédéral.

Plus critique encore, Oliver Chastel demande à chacun de faire preuve d'humilité et de respecter le poids électoral de chaque parti. "On est tous nécessaires à la solution", admet le président des libéraux, mais "le MR représente 30 sièges parlementaires", quand Défi n'en compte que 3. Olivier Chastel demande donc "de le prendre en compte dans le cadre de la légitimité démocratique". En résumé, il remet chacun à sa place.

Deuxième condition d'Oliver Chastel mais qui tombe sous le sens: le MR ne gouvernera pas avec le PS sous cette législature. Le président garde toujours en travers de la gorge les élections de 2014 où le PS avait écarté les libéraux alors qu'ils avaient gagné 6 sièges en Wallonie et 7 sièges en Fédération.

Enfin, il y a peu de chance que le MR reste dans un gouvernement minoritaire avec le seul cdH. Pas évident de mettre en place un projet francophone quand on ne dispose pas de majorité au sein du parlement. Le MR préfère rester à quai plutôt que d'entrer dans un gouvernement bancal. Oliver Chastel rappelle qu'il n'est "pas à l'origine de la crise" et que donc il ne montera pas dans un gouvernement "à n'importe quel prix".

En bref, le seul scénario plausible est donc une majorité MR-cdH- Défi. On peut aussi imaginer que si Olivier Maingain obtient le statu quo à Bruxelles, il peut lâcher du leste en Fédération et monter à bord. Tous restent en tout cas suspendus à ses propositions qu'il énoncera le 20 août prochain.

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