La tension monte entre les États-Unis et la Corée du Nord, mais un conflit est-il possible?

Ça fait maintenant plusieurs mois que la tension est à son comble entre Washington et Pyongyang. Mais au delà de la guerre de communication, pourrait-on assister à un conflit armé? 

Avant-hier, Trump promettait "le feu et la colère" si la Corée du Nord n'arrêtait pas ses menaces, hier la patrie de Kim Jong-un a répondu en menaçant d'envoyer quatre missiles sur l'Ile de Guam, territoire américain. Mais plus que des mots, les deux dirigeants vont-ils passer à l'acte?

Nous avions déjà posé la question au mois d'avril à Antoine Bondaz, enseignant à Sciences Po Paris et expert sur la question, et sa réponse a été claire: "un conflit armé est hautement improbable". Et il semble que la situation n'a pas beaucoup changé, malgré les menaces improvisées de Donald Trump.

Personne ne veut passer à l'acte

Une attaque américaine sur le sol coréen a très peu de chance de se produire car "si l'objectif de ces frappes est de neutraliser les capacités nucléaires et balistiques de la Corée du Nord, les chances de réussite sont très faibles, et en plus, on ne connait pas forcément toutes les installations du régime", nous expliquait Antoine Bondaz.

Inversement, "La Corée du Nord n'a aucune envie d'attaquer les États-Unis", indique ce jeudi dans La Libre Juliette Morillot qui a coécrit "La Corée du Nord en 100 questions". La Corée du Nord n'est "pas suicidaire", mais elle veut être prise au sérieux et ne plus de se sentir menacée.

Parce que oui, si on se place du point de vue coréen, les menaces adressées par la plus grande puissance mondiale peuvent aussi effrayer. La Corée du Nord "demande la même chose depuis des années", à savoir sa sécurité (d'où l'arme nucléaire), son autonomie économique (mise à mal par les sanctions) et "la possibilité de parler d'égal à égal avec les autres grandes puissances", explique toujours Juliette Morillot.

Traité de paix

Antoine Bondaz ne disait pas autre chose: "les Coréens veulent un traité de paix et l'établissement de relations diplomatiques".

Mais face aux menaces des États-Unis, la Corée du Nord opte pour les essais nucléaires ou les tirs balistiques. D'abord dans un but de communication, mais aussi "pour des raisons techniques. On fait un essai nucléaire ou balistique pour améliorer ses technologies et pour développer un programme", nous précisait encore Antoine Bondaz.

En fait, le plus grand danger se situe dans un potentiel conflit entre les deux Corées: "La dernière fois que le Pentagone a communiqué sur la possibilité de faire des frappes, ils ont évalué les conséquences d'un conflit ouvert à un million de morts, rien que pour la péninsule coréenne." C'était en 1994 lors de ce qu'on a appelé "la première crise nucléaire". Aujourd'hui, Séoul, la capitale de la Corée du Sud, compte plus de 25 millions d'habitants et se situe (toujours) à moins de 100km des frontières du pays voisin.

"Trump joue avec le feu"

Juliette Morillot estime pour sa part que "Trump joue avec le feu", elle poursuit: "Si les Coréens du Nord pilonnent Séoul, ils feront des centaines de milliers de victimes en quelques jours sans même avoir à recourir à l’arme nucléaire."

Enfin, le dernier danger réside plutôt dans la personnalité des deux personnages. Trump est imprévisible, beaucoup se posent d'ailleurs la question de savoir s'il a une véritable stratégie à l'égard de la Corée du Nord. "Il y a un an, il était prêt à manger un burger à Washington avec Kim Jong-un. Mais dans les faits, il veut se différencier un maximum de Barack Obama". C'est pourquoi il entreprend une politique extérieure plus interventionniste.

De l'autre côté, on a Kim Jong-un, souvent présenté comme fou. "Faux" pour Juliette Morillot qui ne dit toutefois pas qu'il n'est pas "dangereux". Les Nord coréens sont en fait très rationnels et appliquent ce qu'ils ont dit depuis le premier essai nucléaire: à savoir assurer leur sécurité. Et ça marche puisque tout le monde leur fout plus ou moins la paix. Leur devise est simple: si tu veux la paix, prépare la guerre. Mais ça ne veut pas dire qu'ils vont la faire.

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