L'Afsca savait pour les œufs contaminés mais elle n'a rien dit: une attitude "scandaleuse" qui inquiète jusqu'en Allemagne

La semaine dernière, on apprenait que des millions d’œufs contaminés avaient été introduits sur le marché hollandais et allemand. En cause? Une entreprise belge qui aurait utilisé un produit interdit pour le traitement des animaux. On apprend aujourd'hui que l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) était au courant de cette situation depuis le mois de juin. L'opposition demande des explications.

"Une telle absence d’information pendant deux mois sur une crise sanitaire - même potentielle - est tout à fait inacceptable. Dans ces matières, le principe de précaution et la transparence doivent s’appliquer immédiatement", telle est la réaction de Jean-Marc Nollet, chef de groupe Ecolo à la Chambre.

Il fait référence à une information parue dans Le Soir de ce samedi: l'Afsca savait depuis juin que des œufs contaminés s'étaient répandus sur le marché allemand et hollandais mais n'avait rien dit. La raison évoquée: une instruction judiciaire qui est apparemment en cours.

Pas de réactions

Depuis, ni le ministre de tutelle de l'époque Willy Borsus (MR), ni le ministre actuel Denis Ducarme (MR) n'ont réagi. Pourtant, "Quand on parle de santé publique, le principe de précaution doit prévaloir", s'insurge Patrick Prévot, député wallon socialiste.

C'est ensuite au tour des deux coprésidents d'Ecolo de demander des explications: Patrick Dupriez a laissé entendre qu'il interrogera "l'Afsca ou le ministre devant le parlement", Zakia Katthabi se pose elle la question de la gestion de l'agence fédérale. Ailleurs dans l'opposition, Jamal Ikazban, député bruxellois, juge l'attitude de "scandaleuse et irresponsable".

Allemagne et Pays-Bas inquiets

Le fait de ne pas avoir partagé l'information inquiète jusqu'en Allemagne. Là bas, plus d'un million d’œufs ont dû être rappelés. L'origine du problème est pourtant à trouver en Belgique: une entreprise située à Ravels dans la province d'Anvers qui propose de nettoyer les élevages de volaille a utilisé un produit interdit. Il s'agit du Fipronil, un insecticide qui peut être nocif pour les reins, le foie et la thyroïde.

Même chose aux Pays-Bas où la Nederlandse Voedsel en Warenautoriteit a bloqué 180 élevages de volaille. Tous ces œufs doivent maintenant être détruits. Par contre, aucun œuf contaminé ne se trouverait sur le marché belge: "Toutes les entreprises qui sont concernées par une potentielle contamination des œufs sont bloquées. On ne retrouve donc aucun œuf qui serait potentiellement contaminé sur le marché", explique Jean-Sébastien Walhin, le porte-parole dans un communiqué.

Plus d'ampleur?

Mais Patrick Dupriez s'interroge: "Il est possible qu'une contamination beaucoup plus forte ait eu lieu". Il faut savoir que ces derniers mois, de nombreuses mesures de confinement ont été imposées à différents élevages belges en raison de cas de grippe aviaire, écrit La Libre. Ce confinement a favorisé la présence de poux rouges, qui sont justement à l'origine de l'utilisation du Fipronil au printemps dernier.

Au-delà de cette polémique, c'est toute la chaîne alimentaire des produits industriels qui doit être plus transparente. C'est pourquoi Patrick Dupriez demande un renforcement des contrôles, notamment chez les fournisseurs.

"Transparence totale"

Denis Ducarme (MR), le ministre de tutelle qui a remplacé Willy Borsus, a finalement réagi par voie de communiqué. Il exige une transparence totale sur ce dossier et rappelle le principe de précaution. Aussi, tous les œufs concernés sont soumis à l'analyse, mais il ressort qu'en Belgique, "aucun de ceux-ci ne constitue pour l'instant un danger pour la santé de la population". Au contraire des Pays-Bas. Rien n'a été précisé concernant l'Allemagne. On sait juste que Denis Ducarme rencontrera ses homologues allemand et hollandais dans les prochains jours.

Reste que le ministre de l'Agriculture va demander un rapport détaillé à l'Afsca "depuis les premières informations à sa disposition pour ce qui concerne la problématique du Fipromil". La totalité des résultats sera connue pour début de semaine, précise encore le communiqué.

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