Paul Magnette pourrait toucher presque 150.000 euros d'indemnités en quittant son poste de ministre-président

Sympa, le changement de job. En quittant sa fonction de ministre-président wallon pour se dédier entièrement à son rôle de bourgmestre de Charleroi, Paul Magnette (PS) pourrait toucher 220.000 euros d'indemnités de départ.

Toi, si tu quittes ton job d'employé, tu ne toucheras rien. Il faut être viré et recevoir le fameux formulaire C4 pour toucher des indemnités de départ. Mais dans le monde politique belge, ça fonctionne différemment. Quand tu démissionnes volontairement, suite aux pressions de l'opposition, tu peux encore toucher un joli pactole.

Paul Magnette, le golden-boy du Parti Socialiste, pourrait toucher jusqu'à 150.000 euros bruts d'indemnités de départ... s'il en fait la demande. Question à laquelle il n'a pas encore réfléchi, selon nos confrères de La Libre. Cette somme, Magnette pourrait la toucher pour avoir laissé son poste de ministre-président de la Région wallonne à Willy Borsus (MR).

Parcours

Comment est-ce possible? Les indemnités de départ sont calculées en fonction des années prestées. Un politicien peut demander deux mois d’indemnité parlementaire de sortie par année de travail en tant que sénateur, ministre fédéral ou régional. Même chose pour les députés qu'ils soient fédéraux ou régionaux.

Ancien prof de science-po, Magnette est rentré en politique en 2007 et il ne s'est jamais arrêté. Petit récap' de son parcours et de ses cumuls:

  • Juin 2007: il occupe un rôle de médiation à la ville de Charleroi.
  • Juillet 2007: il devient ministre wallon de la Santé, de l'Action sociale et de l'Égalité des chances.
  • Décembre 2007: ministre fédéral du Climat et de l'Énergie
  • 2009: membre du Parlement wallon, soit député
  • 2010-2011 : sénateur élu directement par le collège électoral français
  • 2011-2013 : ministre des Entreprises publiques, de la Politique scientifique et de la Coopération au développement, chargé des Grandes Villes
  • 2012 : conseiller communal à Charleroi avant de passer bourgmestre de la ville.
  • Janvier 2013: président du PS et toujours bourgmestre de Charleroi.
  • 2013-2014 : sénateur élu directement par le collège électoral français
  • 2014: il devient le ministre-président du gouvernement wallon. Mandat durant lequel il se fera remarquer internationalement pour son opposition au CETA, le traité de libre-échange entre l'Europe et le Canada.

Calcul

Magnette a donc déjà bourlingué 10 ans en politique. Et il peut demander des indemnités de sortie pour chacune de ces années étant donné que les ministres (fédéraux et régionaux) autant que les députés ou les parlementaires ont droit à cette compensation.

Seul hic: cette allocation est calculée sur le salaire de parlementaire et non de ministre. Soit 7341 euros par mois. Avec deux mois d'indemnités par années prestées, l'homme fort du pays noir a donc normalement droit à 20 mois d'indemnités de sortie. On peut donc imaginer une enveloppe de 146.820 euros bruts pour cette sortie.

Complications

La question des indemnités de départ octroyées aux ministres démissionnaires a fait l'objet d'une refonte radicale en 2014. Depuis la réforme votée cette année-là, les parlementaires wallons qui démissionnent ne peuvent plus demander d'indemnités.

Dans le cas de Magnette, il semblerait que son départ ne soit pas assimilé à une démission volontaire mais plutôt à une conséquence des objectifs de décumul et de bonne gouvernance. Comme l'explique Frédéric Janssens, greffier du parlement wallon, à La Libre: "Il est prévu que lorsqu’un député prend la décision de quitter le parlement dans le cadre de ce décret cumul, il peut demander une indemnité." En gros, dans le contexte actuel du décumul, il peut demander cette somme. Voilà!

Maintenant, il faut voir si Magnette va le faire, lui qui a quitté son poste de ministre-président avec beaucoup de fair-play et a été jusqu'à féliciter son remplaçant sur Twitter. Dans ce climat d'éthique politique, demander cette somme pourrait être assimilé à un mauvais calcul.

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